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Des données sur Deepak Balgobin et son «laptop éklaté»…

31 juillet 2022, 16:00

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Des données sur Deepak Balgobin et son «laptop éklaté»…

Sa phrase a provoqué l’hilarité générale. Le «laptop pou éklaté» du ministre des TIC a suscité bien des réactions et des moqueries depuis sa conférence de presse de samedi dernier, où il tentait d’expliquer l’affaire «sniffing». Puis, il a porté plainte aux Casernes centrales après avoir reçu des menaces, dit-il. Contacté, il nous a seulement répondu : «Moi, j’ai le sens de l’humour.» Qui est l’homme ? Comment est-il perçu dans sa circonscription ?

En un clic, sa déclaration a tissé sa toile dans toutes les conversations durant la semaine écoulée. «Ou vinn dir (NdlR : le rapport de Girish Guddoy) ki linn konekté computer pou pran dé minit lor sa imans trafik ki pasé-la, laptop lamem ti pou fini éklaté…» affirmait le ministre des Technologies de l’Information et de la communication (TIC), Deepak Balgobin, en conférence de presse le samedi 23 juillet. Pas de bogue, ni de lapsus. «Moi, j’ai le sens de l’humour», nous a-t-il simplement déclaré. Une caractéristique bien dosée qui fait d’ailleurs partie intégrante du personnage, indiquent ceux qui le connaissent. Entre-temps, les citoyens n’y sont pas allés de main morte pour le critiquer. Une pluie de commentaires a défilé, enflammé et inondé les réseaux sociaux, tournant ses propos à la dérision. S’en sont suivies deux dépositions à la police du ministre dont une, après des menaces présumées de mort d’un Facebookeur. Un Anonymous, qui espérons-le, ne faisait que… plaisanter.

Qui est l’homme au juste ? Âgé de 42 ans, Darsanand Deepak Balgobin a été élu sous la bannière du Mouvement socialiste militant (MSM) dans la circonscription n°9 (Flacq/Bon-Accueil). Originaire de Mare-La-Chaux, il détient un diplôme en Hotel Management du Singapore Hotel Association Tourism Education Center, une licence en Tourism and Hospitality Management de l’Université de technologie de Maurice et un Master in Business Administration de l’université Anglia Ruskin en Angleterre. Il a exercé comme directeur des ressources humaines et des affaires externes de l’hôtel Shanti Maurice de juillet 2010 à juillet 2017. Il a également été Executive Director du National Productivity and Competitiveness Council (NPCC) de janvier 2018 à novembre 2019 et Chairman de la Mauritius Housing Company Ltd de mars 2017 à octobre 2019 avant d’être crapahuté en politique.

Ministre des TIC depuis le 12 novembre 2019, Deepak Balgobin est associé à divers projets comme la numérisation de l’acte de naissance, l’application Mo rendez-vous dans les bureaux de l’État, de nouvelles législations sur la cybercriminalité alignées sur la Convention de Budapest, la création d’un nouveau conseil sur l’intelligence artificielle et le lancement du satellite MIR-SAT 1, entre autres. Un projet de chatbot en intelligence artificielle et machine learning prendra forme d’ici quelques mois. Selon des collègues assurant la couverture des questions parlementaires, il est l’un des rares ministres à répondre sans recourir systématiquement à ses fonctionnaires.

Que pensent les partenaires, opposants et mandants de l’homme à la tête des TIC ? Vikash Nuckcheddy, son colistier au no 9, le côtoie depuis son enfance. «Nous étions voisins et avons grandi ensemble. Les Balgobin et les Nuckcheddy, c’était comme une seule et même famille. J’ai connu son papa, qui était très actif dans le social. D’ailleurs, le papa de Deepak Balgobin et moi avons été conseillers du village de Mare-La-Chaux de 1991 à 2012. On a travaillé sur des projets de développement dans la région.» Selon lui, Deepak Balgobin a marché sur les traces de son père en termes d’engagement social.

Celui qui ambitionnait à devenir ministre du Tourisme, selon un article de presse, et qui a finalement hérité de celui des TIC depuis le deuxième mandat de l’Alliance Morisien, tique-t-il finalement dans ce domaine, surtout après l’épisode du «laptop ki ti pou éklaté» ? «Quand on devient ministre, ce n’est pas toujours dans la filière dans laquelle on exerce. À Maurice, les exemples sont nombreux. Steve Obeegadoo, spécialisé en droit, est au ministère du Logement. Idem pour Bobby Hureeram et Anil Baichoo, entre autres. Ce qui importe, c’est la volonté de travailler pour le pays. Et je crois que Deepak Balgobin l’a et qu’il s’est largement investi auprès des citoyens», déclare-til. Comme candidat, Vikash Nuckcheddy le dépeint comme un être de proximité. «Pendant les cinq semaines de campagne électorale, nous étions à pied d’œuvre ensemble du matin au soir. Il a toujours une politique de proximité. D’ailleurs, vous verrez que sur sa page Facebook, il fait souvent des balades dans les villages. Dans la région, les gens nous connaissaient bien», ajoute celui qui a été président du Lions club de Flacq.

Dans sa circonscription, Deepak Balgobin est adulé pour cette «proximité», mot qui revient régulièrement. Des travailleurs manuels aux conseillers de village et de district, entre autres mandants, la majorité s’accorde sur cette caractéristique de l’homme public. Sooruj Mannick, expert-comptable de profession qui a travaillé au no 9 pour le Parti travailliste (PTr), le connaît depuis qu’il occupe son fauteuil ministériel. «J’ai eu des conversations et rencontres avec lui dans des activités. Cet élu est bien vu dans la circonscription. Il travaille et présente bien ses dossiers», observe-t-il. Par rapport au laptop ti pou éklaté, il constate «pas mal de commentaires péjoratifs». «Mais comme le ministre me l’a dit : si les mandants sont avec lui, il n’y a pas de problème. Je pense qu’on aurait pu faire un brainstorming avec les conseillers et spécialistes avant toute conférence de presse. Le ministre a surtout une expérience en hôtellerie et ne peut pas forcément répondre sur des aspects techniques», affirme-t-il. Un élément sur lequel rebondit le candidat du Mouvement militant mauricien (MMM) au no 9, Chetan Baboolall : «Tout le monde en rit mais je ne crois pas que c’était un joke puisque c’était la conférence de presse du gouvernement.»

Kistnensamy Beemadoo, ancien Acting Chief Librarian à l’université de Maurice, qui organise des réunions sociales pour le ministre à Centre-de-Flacq, l’a connu durant la campagne électorale de 2019. «Mo trouv li enn hard worker. Li sin- ser dan so parol. Li fer seki li dir.» Il assimile le laptop éklaté à une blague qui est passée de travers. Pour Dewmit Chooramun, marchand de légumes depuis 40 ans à Flacq, le pays «roule à travers du cinéma. Il y aura toujours des commentaires chaque jour. Pour moi, le ministre est quelqu’un d’actif et d’abordable. Li enn zenfan lakour. Partou dan Flacq ou trouv li».

Kajal Sewnundun, conseillère de village de Brisée-Verdière, abonde dans ce sens. «Il nous a aidés pour des projets de développement ainsi que pour les personnes âgées. N’importe quand vous avez besoin de son service, il répond présent. Pou nou li korek», soutient-elle. Elle ajoute que le ministre a l’habitude de plaisanter et que c’est ainsi qu’il faut interpréter la prémonition de l’ordinateur explosé. «Li enn minis teknolozi. Enn laptop pa pou crash koumsa kan met boukou data ladan. Sirman linn badiné», avoue-t-elle. Quant à Bibi Mariam Toofail, conseillère de district à Brisée-Verdière, elle mentionne également son sens de la proximité… et de l’humour. «So response touzour pozitif. Li la pou nou. Mo dir ou enn zafer: kapav linn fer enn fars. Parski enn minis ICT pa kapav res seryé tout long lavi. Kapav inn pran so déklarasion tro seryé» déclare-t-elle en éclatant de rire.

Avant d’être nommé ministre, Deepak Balgobin a fait l’actualité dans deux cas. Premièrement, en décembre 2018, une employée du NPCC a fait des allégations de harcèlement sexuel contre lui. «Ces informations allaient faire l’objet d’une question parlementaire», déclare Veda Baloomoody, membre du MMM. Celle-ci ne fut pas posée finalement selon le Hansard de décembre 2018. D’ailleurs, quelques jours après sa plainte, la victime alléguée devait se rétracter. Vikash Nuckcheddy crie «à la théorie du complot». Kistnensamy Beemadoo revient sur le fait que 52 femmes travaillaient avec lui auparavant. «Pou ena sa bann zafer-la. Ena dimounn pa kontan ou, zalou ou ek pou fer kitsoz pou ou pa gagn promosion. Lerla ou bizin for. Les zot kozé ou fer ou travay», rétorque-t-il. D’après Kajal Sewnundun, en deux ans où elle l’a côtoyé, Deepak Balgobin a toujours été respectueux des femmes. À cela, Bibi Mariam Toofail estime que si la plaignante s’est ravisée, c’est que le cas ne tenait pas. Deuxièmement, une famille de Trou-d’Eau-Douce devait accuser le ministre d’occuper illégalement son terrain. «J’ai eu l’occasion de lui en parler. Deepak Balgobin m’a dit qu’il y a eu confusion entre lui et un autre ministre. Il n’est pas du tout impliqué», rétorque le colistier du ministre.

Sur la scène politique, Vikash Nuckcheddy le perçoit comme un homme qui tend toujours la main à autrui. Son défaut ? «De vouloir aider les gens…» De son côté, Kistnensamy Beemadoo apprécie son style vestimentaire et sa verve qui reflète la clarté et la brièveté : «Kan li kozé tou dimounn konpran. Li koz enn langaz bien simp. Li pran so letan li kozé. Ou pou gagn letan asimil seki li pe dir.» Sauf pour le laptop éklaté où les propos n’ont pas été si digestes. Une petite pilule au goût amer qui n’a pas permis aux internautes de replonger dans la matrice. «Arivé sa. Parfwa bann mo pa sorti dé ou labous. C’est humain», répond-il.

Reconnaissant sa capacité d’écoute et sa disponibilité pour ses mandants, certains interlocuteurs évoquent toutefois la longue attente pour la concrétisation des projets infrastructurels. Chetan Baboolall mentionne «des promesses technologiques et de développementen attente de concrétisation». Sur cet aspect, Kistnensamy Beemadoo cite un arrêt d’autobus à Boulet-Rouge. «Dépi dézan nou pé atann. Inn dir pou fer prozé-la. Mé li tardé pou konkrétiz so promes», indique-t-il. De même, Kajal Sewnundun trépigne d’impatience de voir sortir de terre un terrain de football et un centre récréatif pour les séniors à Pont-Bondié. «Zordi, démin… pa pé gagn enn repons. Nou ena enkor dézan, pa kone ki kapav arivé», explique-t-elle. Pour Bibi Mariam Toofail, Deepak Balgobin incarne la gentillesse et l’altruisme avant tout. «Dépi mo konn li mo pa trouv li ena okenn défo. Li enn bon garson, li zenn ek li ena enn bel lavenir devan li…»

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