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Psychose d’une résurgence: quand le Covid-19 nuit à la santé… mentale
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Psychose d’une résurgence: quand le Covid-19 nuit à la santé… mentale
Confinement, port de masque, respect des gestes barrières, deuxième vague : le Covid19 n’en finit pas de susciter des craintes. Sans compter les séquelles déjà laissées aux Mauriciens. Jusqu’à quel point ces mesures barrières ont impacté leur santé mentale ?
Face à la réouverture des frontières et le nombre récent de cas positifs importés de Covid-19, les Mauriciens ont-ils toujours peur ? Tour d’horizon en cette Journée mondiale de la santé mentale.
«Pas question que ma mère sorte maintenant. Je me chargerai des courses. Au travail, tout le monde mentionne une deuxième vague du nouveau coronavirus. Donc, il faut que l’on s’y prépare», déclare Richard, 44 ans. Comme sa mère est de santé fragile, il préfère la tenir à l’écart de la foule. À la maison, les gels hydroalcooliques sont présents dans toutes les pièces tandis que les buffets sont remplis de provisions. «On a fait des achats dès la réouverture des frontières au cas où les supermarchés fermeraient de nouveau leurs portes. Dans les autres commerces, plusieurs Mauriciens ont fait de même. De plus, on note un renforcement des consignes sanitaires dans ces établissements. On n’est pas à l’abri du Covid-19», ajoute-t-il.
Perte d’emploi
De son côté, Rhena, 36 ans, qui a perdu son emploi de garde-malade depuis le confinement, ne cache pas sa préoccupation. «Je crains une résurgence de la maladie. Aussi, depuis juillet, je n’envoie plus mon fils à son centre de formation. Il reprendra en janvier 2021, si jamais le virus nous épargne», affirme-t-elle.
Comme eux, d’autres citoyens sont sur le qui-vive. D’ailleurs, plusieurs ont du mal à maintenir les gestes barrières, qui sont toujours recommandés, et à porter le masque, qui est une mesure obligatoire, indique Stéphane Maurymoothoo, président de la Plateforme Ti Travailleur Malheureux. «À Plaine-des-Papayes, 44 personnes ont écopé de contraventions. Comment les travailleurs des chantiers de construction font-ils pour travailler et respirer avec des masques ? Ce n’est pas facile. On doit toujours y penser. C’est comme si cela nous pourchassait. Même ma fille, qui est au collège, me dit qu’elle suffoque avec le masque sur son visage une journée durant. Définitivement, notre santé mentale est affectée», explique-t-il.
Déboussolés
Pour lui, les Mauriciens sont déboussolés depuis le Covid-19, surtout par rapport au port du masque. Néanmoins, dans les lieux publics, beaucoup de citoyens en font fi. «Le port du masque est une contrainte incontournable à laquelle a dû se soumettre l’ensemble de la population : enfants, adultes, artisans et ouvriers, riches et pauvres. Dans l’ensemble, tous ont respecté cette consigne sanitaire faisant partie intégrante des gestes barrières», souligne Laurent Baucheron de Boissoudy, psychologue clinicien et membre de la Société des professionnels en psychologie.
D’après le Dr Patrick How, président de l’Association des médecins privés, l’appréhension et l’inquiétude sont toujours là. Il distingue deux types de réactions chez les citoyens. «D’une part, il y a ceux qui ne s’en préoccupent pas. Ils ne portent pas de masques et n’observent pas les gestes barrières. Et ça, c’est inacceptable. D’autre part, nous voyons des personnes consciencieuses, qui suivent les règles à la lettre», soutient-il.
«Cela a généré beaucoup d’angoisse»
D’ailleurs, estime le Dr. Ameenah Sorefan, chef de service en psychiatrie au ministère de la Santé, psychologiquement, les citoyens commencent à être habitués. «Au début, quand on est personnellement frappé par une maladie, on est dans le déni. On pensait que ce virus n’allait pas toucher Maurice. Puis, on a vu ses effets. On a appris qu’il y avait quelques cas de contamination, puis un décès, suivi d’un autre et d’encore un autre, etc. Cela a généré beaucoup d’angoisse. On a très peur pour soi et pour les autres. Bien sûr, il y avait aussi de l’exagération, comme une espèce de psychose à écouter toutes sortes d’informations, surtout des rumeurs», explique-t-elle.
Ceci est venu se greffer sur le sentiment de panique et a empiré la situation pour des individus déjà fragiles ou psychologiquement et émotionnellement instables. Par exemple, l’idée de la propagation du virus a eu un impact négatif sur ceux souffrant de troubles psychiatriques comme l’anxiété et la dépression. «Ces derniers avaient peur de ne pas avoir leurs médicaments, de ne pas pouvoir aller voir leurs médecins, etc. Peut-être qu’ils n’ont pas suivi leur traitement à la lettre afin de garder certains médicaments et être sûrs de ne pas en manquer. Ce qui a dû occasionner des rechutes», ajoute-telle. Par conséquent, soutient le Dr Sorefan, il y a eu une augmentation du nombre de patients, qui sont retournés vers les centres de santé avec des troubles d’anxiété, de déprime et même ceux sujets à des maladies chroniques comme la schizophrénie.
D’un autre côté, le soutien familial, surtout durant le confinement, a été perceptible. Selon le Dr Sorefan, plusieurs adultes ont préféré garder leurs parents âgés à leur domicile pendant cette période. Car l’isolement peut augmenter la déprime. Ce qui fait que la solidarité a primé en famille. Selon Laurent Baucheron de Boissoudy, plusieurs aspects liés à la pandémie du Covid-19 ont eu un impact extrêmement différent sur les Mauriciens. «Le confinement a été une expérience particulière car même si elle était motivée par une situation stressante, à savoir le risque d’une contamination par ce virus, elle comportait aussi des facettes positives comme la réunion des familles, le plaisir d’être tous à la maison, la créativité en famille où l’on s’est mis à faire du pain, à planter des légumes, à bricoler et à s’occuper de sa maison, etc.», constate-t-il.
Quel aspect du Covid-19 a entraîné un impact psychologique plus important sur la santé mentale des Mauriciens ? Incontestablement, poursuit notre interlocuteur, l’impact direct sur les revenus et les salaires a été le plus traumatisant pour certaines personnes et pour des familles. Perdre son emploi, voir son commerce complètement désert, se retrouver au chômage : voilà des situations qui ont eu un impact direct sur l’équilibre psychoaffectif et psychologique de certains de nos concitoyens, ajoute-t-il. Quel segment de la population a été le plus sensible à ces effets psychologiques ? «D’après nos observations en tant que professionnels de santé psychologique et mentale, il est évident que les personnes âgées et les frontliners ont vécu et vivent encore une situation extrêmement éprouvante. Ils se sentent exposés, vulnérables, ils savent que le danger du Covid-19 est plus proche d’eux que des personnes plus jeunes ou moins exposées», répond Laurent Baucheron de Boissoudy.
Et depuis la réouverture des frontières, les Mauriciens sont-ils toujours envahis par la morosité, la sinistrose et la psychose ? Selon le Dr Sorefan, bien que la majorité de la population soit sensibilisée, quelques-uns font fi des règlements. «Tout le monde a une crainte. Mais on sait qu’il faut continuer à appliquer les gestes barrières», constate-t-elle. Quant au professionnel en psychologie, il soutient qu’une chose est certaine : les Mauriciens redoutent vraiment une deuxième vague. «Si dans l’ensemble, la crise de mars, avril et mai 2020 a pu être à peu près gérée… une deuxième vague aurait un impact beaucoup plus déstabilisant sur le psychisme et l’organisation sociale de notre pays», déclare-t-il.
Comment gérer un tel impact ? Selon Laurent Baucheron de Boissoudy, il est indispensable de créer des cellules d’écoute et de soutien pour encadrer psychologiquement les personnes les plus fragilisées par le virus et ses risques. Les mesures sanitaires de prévention, d’accompagnement et de soin doivent être optimales afin que les citoyens se sentent rassurés par une infrastructure efficace, compétente et solide. «Il faut aussi maintenir une bonne communication à travers les médias», souligne-t-il.
Le maintien des gestes barrières est également plébiscité. D’ailleurs, constatent les médecins, si un relâchement a été noté à la levée du confinement, la réouverture des frontières a remobilisé les troupes. «Bon nombre de compagnies ont recommencé à prendre la température. D’autres recommencent à inscrire les marquages au sol pour l’observation de la distanciation physique», soulignent-ils. Comme quoi, le spectre du Covid-19 rôde toujours...
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