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«Une décision prise sans pression»

4 juillet 2008, 20:00

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● <B>Quel est votre état d?esprit au lendemain de votre démission ? </B>

Je suis serein et pleinement satisfait de mon parcours au sein de la force policière J?ai le sentiment d?avoir accompli ma mission en tant que commissaire de police (CP).

● <B>Peut-on savoir pourquoi vous avez décidé de partir en préretraite ? </B>

J?ai passé huit années à la tête de la force policière. Après mûre réflexion, j?ai décidé qu?il était temps de tirer ma révérence. Vous savez, dans la vie, il faut savoir s?arrêter. Peut-être serait-il intéressant de préciser que je suis le CP post-indépendance qui est demeuré le plus longtemps à son poste.

● <B>Oui, mais pourquoi avoir décidé de tirer votre révérence ? </B>

Ecoutez, je ne souhaite pas entrer dans les détails de cette décision. Disons que j?ai mes raisons et elles sont personnelles.

● <B>J?imagine que l?on vous a un peu forcé la main ? </B>

Votre imagination me paraît un peu fertile ! Non : aux termes de la Constitution, nul ne peut forcer la main à un commissaire de police qui n?a commis aucune faute professionnelle pour qu?il quitte son poste. Cette décision est mienne et elle a été prise sans aucune pression.

● <B>Cette décision intervient quand même après trois ans de spéculations et de pressions ? et j?insiste sur le terme « pressions » ? quant à votre départ. Est-ce que finalement ces pressions-là se sont avérées trop fortes ? </B>

Je vous arrête encore une fois pour dire qu?il n?y a pas eu de pressions pour que je parte. Si on se fiait aux spéculations, j?aurais dû partir il y a trois ans de cela. Pourtant, le PM m?a donné l?occasion de demeurer à la tête de la force policière durant les 36 derniers mois.

<I>«Nul ne peut forcer la main à un commissaire de police qui n?a commis aucune faute professionnelle pour qu?il quitte son poste. Cette décision est mienne.»</I>

● <B>Mais l?on pourrait vous répondre que pendant une grande partie de ces 36 mois, vous n?avez été commissaire de police que de nom ? </B>

Ça, c?est votre appréciation. Moi, je vous dis que pendant ces 36 mois, personne ne s?est ingéré dans mon travail, je n?ai reçu d?ordre de personne et tout s?est fait dans la transparence.

● <B>Donc pourquoi avoir pris autant de temps avant de vous décider à prendre cette décision ? </B>

Comment cela «autant de temps» ? Je suppose que le titulaire d?un poste constitutionnel doit au moins disposer d?un certain temps de réflexion pour décider de son avenir professionnel ! Après avoir passé 34 ans et demi au sein d?une organisation, un départ se doit d?être planifié.

● <B>Etait-ce une décision difficile à prendre ? </B>

Bien sûr. Tout comme beaucoup de décisions que l?on doit prendre dans la vie.

● <B>Même vos détracteurs reconnaissent ? même à contrec?ur ? votre compétence. Comment votre départ va-t-il aider la force policière ? </B>

Je ne comprends pas trop vos propos. De quelle manière mon départ peut-il aider la force policière ? Croyez-vous que le départ de mon prédécesseur avait aidé la force policière, ou que demain le départ de mon successeur va aider la force policière ? Plusieurs sont partis avant moi, et ceux qui s?installent maintenant devront faire de la place à d?autres dans le futur. Cependant, l?institution a besoin de visionnaires.

● <B>En tout cas, ce qui est aussi clair ? et c?était le sens de ma question ? c?est que votre départ découle non pas d?une question de compétence, mais d?une relation conflictuelle avec l?actuel pouvoir. Ai-je raison de dire cela ? </B>

Vous m?avez demandé si vous avez raison. Je vous réponds sans détour : vous avez tort. J?entretiens des relations très cordiales avec toute la classe politique, mais j?ai su maintenir la neutralité que mon poste exigeait.

● <B>Quelle est la nature de vos relations avec le Premier ministre ? </B>

Mes relations avec le Premier ministre étaient celles qu?un commissaire de police doit avoir avec le chef du gouvernement dans un Etat de droit.

● <B>Quand vous êtes-vous parlé ? </B>

A chaque fois que la situation l?exigeait. Ne me demandez pas le nombre d?occasions car franchement je ne les ai pas comptées.

● <B>Navin Ramgoolam se plaît à dire que c?est lui qui vous a nommé. Comment vos relations ont-elles dégénéré dans ce cas-là ? </B>

Ce n?est un secret pour personne qu?il y a huit ans de cela, j?ai été choisi par le PM actuel ? c?était lors de son premier mandat ? pour diriger la force policière.

Par la suite, j?ai eu le privilège de conserver mon poste sous le précédent gouvernement, avant de retourner au service du Premier ministre actuel. Je note que vous insistez à parler de relations conflictuelles sans même me citer un cas de désaccord entre le Premier ministre et moi-même, pendant le temps que j?officiais aux Casernes centrales.

● <B>Disons les choses autrement : est-ce vrai que Navin Ramgoolam vous reproche, ou vous reprochait, une trop grande proximité avec Paul Bérenger alors que lui était dans l?opposition ? </B>

Au contraire, le PM a apprécié ma neutralité. Il était conscient qu?un chef de police se doit d?être loyal to the government of the day.

● <B>Dites-moi, quelles sont les conditions que vous avez imposées pour accepter de vous retirer ? </B>

Soit vous êtes mal informée, soit vous vous trompez de personne. Je me suis retiré du service sans aucune condition.

● <B>Dans ce cas-là, qu?allez-vous faire exactement au sein de cette nouvelle cellule antiterroriste ? Ce n?est donc pas vous qui avez demandé à y être affecté ? </B>

A ce jour, je ne suis en présence d?aucune offre formelle, mais si on m?en donne l?occasion, j?aurai l?honneur de continuer à servir le pays.

● <B>J?avais plutôt l?impression qu?en fait, on vous mettait au placard?</B>

Si diriger une cellule antiterroriste nouvellement mise en place dans un pays qui dépend beaucoup du tourisme, c?est être mis au placard, alors il faudrait redéfinir et valoriser l?expression être mis au placard.

● <B>Quel est votre plus grand regret après ces huit années passées à la tête de la force policière ? </B>

Je n?ai aucun regret. Mais la nature de la vie elle-même fait qu?il y a toujours quelques regrets ici et là. En tant que professionnel, je préfère me concentrer sur les aspects positifs de notre métier et de la vie en général.

● <B>Actuellement règne la perception que la police est dépassée par les événements, qu?elle n?est pas adéquatement formée. Est-ce aussi votre opinion ? </B>

Vous avez raison de dire que c?est une perception. Et elle est fausse. Il faut relativiser. Croyez-vous qu?il aurait été possible d?attirer près d?un million de touristes dans le pays si la situation du law and order était si mauvaise que ça !

Savez-vous que la situation dans le pays est sujette à un contrôle constant des chancelleries étrangères à Maurice, qui n?hésiteront à aucun moment à émettre des avis négatifs pour le pays ? La police mauricienne dispose des ressources humaines et matérielles pour relever n?importe quel défi à venir. Attention, il ne faut pas interpréter mes propos comme disant que tout va bien au sein de la force policière. Il y a certainement des secteurs qui demandent une attention particulière, mais en général, la situation n?est pas aussi mauvaise que certains tendent à le faire accroire.

● <B>Avons-nous les hommes qu?il faut au sein de la police ? </B>

Il ne manque pas de potentiel au sein de la force policière. Mais le programme de formation doit être maintenu à un rythme accéléré afin d?assurer une relève adéquate.

● <B>Faut-il toujours que les responsables de la police soient à la solde des hommes politiques ? </B>

La police doit maintenir sa neutralité vis-à-vis des politiques afin d?inspirer confiance à toute la population. Aucun officier de police ne doit être à la solde des politiques et tel a toujours été le cas, du moins en ce qui me concerne.

● <B>Dans ce cas-là, pourquoi n?avez-vous pas insisté pour rester à votre poste ? </B>

Encore une fois, je vous répète que cela n?a rien à voir avec ma décision de partir à la retraite. Dans la vie, vous devez faire des choix et j?ai fait le mien. J?ai apporté tout ce que je pouvais à la force policière durant les huit dernières années et comme je ne suis pas une personne qui s?accroche à son poste, j?ai décidé qu?il était temps pour moi de me retirer.

● <B>Et que pensez-vous de celui qui sera très probablement votre remplaçant, Dhun Iswar Rampersad ? </B>

Dhun Iswar Rampersad a été un de mes proches collaborateurs. Je le remercie d?avoir held the fort pendant mon long congé. Je lui souhaite bonne chance. Je voudrais aussi saisir cette occasion pour dire au revoir à tous les membres de la force policière et leur souhaiter bonne chance.

Propos recueillis par <B>Deepa BHOOKHUN</B>

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