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Sarojini Jugnauth : Et vive la Libye
En pleine bagarre ministère des Finances versus celui de l?Intérieur, via médias interposés, MBC comprise, avec arbitrage d?Harish Boodhoo, en présence de Ramgoolam, de Boolell, de Duval et de leurs journaux inféodés, le couple Jugnauth, Anerood et Sarojini, au lendemain de leurs noces d?argent, se rendent dans la Libye du colonel-frère Mwamar el Kadhafi, via Mother India. A son retour dans son île natale (encore sous le choc des épithètes caprines lancées, par le Premier ministre, en direction du directeur de sa télévision et radio nationales, étatiques et ministérielles) Mme Jugnauth consent à confier ses impressions de séjour libyen, à l?éternelle presse gouvernementale.
De son voyage en Libye, Sarojini Jugnauth s?émerveille surtout de la perfection constatée et du «travail bien fait». A Tripoli, une école maternelle de 300 enfants, de 3 à 5 ans, la reçoit. Elle y constate un «patriotisme à fleur de peau». «Je fus étonnée», s?exclame-t-elle, «de voir de si jeunes enfants chanter les louanges du Colonel avec tant de force et de vigueur». Colonel ! nous voilà ! Le personnel enseignant s?élève à 32. Toutes des femmes car les hommes, selon elle, ne s?intéressent généralement pas aux écoliers de cet âge. Même Anerood ? oublie ou omet d?interroger le journaliste gouvernemental de service.
Sarojini Jugnauth s?extasie encore car, à côté de l?école maternelle, se trouve une crèche où les parents d?élèves, pardon ! les mamans d?élèves peuvent y déposer leurs nourrissons, sachant que des personnes s?en occuperont, le temps voulu, avec l?amour maternel requis. Elle trouve l?idée excellente. Les mères de famille peuvent ainsi travailler sans se soucier de ce que deviennent leurs bébés.
Les autorités libyennes invitent ensuite la «première Dame de Maurice» (avec nos excuses à Lady Burrenchobay) à visiter une usine, satisfaisant les besoins textiles de la pléthorique armée libyenne du Colonel-Frère. Cet aspect «chiffon» de la visite officielle ne semble guère intéresser le journaliste gouvernemental de service. Un autre macho, sans doute ! A moins que pacifiste, il soit... Vite, on se rend au QG de l?Association des Dames de la Libye. Sarojini Jugnauth semble éprouver un plaisir? à peine voilé, le journal gouvernemental dixit, de se retrouver au milieu de féministes libyennes. Ambiance détendue. On s?assoit à même la moquette. On y sirote un thé fort et donc pas mauricien. L?on sait la Libye du Colonel guère empressée à acheter du thé local même de La Chartreuse. Un thé corsé mais pas Corson, semble-t-il. Trois tasses de rigueur. Entre chaque dégustation, petits gâteaux et cacahuètes (préférables à pistache et salissant). Des Libyennes chantent des mélodies, prisées par le régime du Colonel. Le Centre des Dames Libyennes sert aussi à partager ses connaissances. Avis aux fans de Dale Carnégie-Volcy, auteur du best-seller : Comment se défaire de ses amis ?
Vos impressions Mme Jugnauth ? Les institutions scolaires l?émerveillent. Il est vrai que tout se joue avant que l?enfant n?entre à l?école. Heureusement d?ailleurs ! «C?est la perfection. Du travail bien fait. Pour y arriver, il faut de la planification à long terme, remettre tout en ordre? Il faut que l?enseignant ait de l?amour pour son travail». Et là stupeur ! Le journaliste gouvernementaliste se mue en investigateur professionnel. Ciel ! où allons-nous ? Il ose alléguer que les enseignants mauriciens sont davantage des salariés que des éducateurs. Où va-t-il chercher cela ? Partagez-vous cette insinuation, Mme Jugnauth ? Silence embarrassé. Gêne et hésitations. «Je préfère pas répondre, en public, à cette question car il existe des instances internes, au ministère de l?Education, où les fonctionnaires concernés peuvent donner leur avis sur la qualité de notre corps professoral. Avant de le devenir, nos enseignants suivent des cours de formation. Après tout, il faut bien qu?ils travaillent». Comprenne qui pourra !
Question plus personnelle : l?épouse du Premier ministre est-elle la même que celle du chef de l?opposition et celle du Senior Crown Counsel ? R : J?essaye de rester la même personne. Q : Y réussissez-vous ? R : A ceux qui me connaissent d?y répondre. Q : Première Dame, vous continuez à travailler... R : J?ai toujours eu l?habitude de travailler. Que ferais-je chez moi de 9 à 16 heures ? Q : Y a-t-il changement dans votre vie ? R : Anerood entre parfois à des heures irrégulières. Cela me donne du temps à me consacrer aux cours que je suis actuellement au MIE. Q : Evoquez-vous avec lui des questions d?actualité ? R : Jamais. Mais je lui fais part des rumeurs concernant son gouvernement et qui parviennent à mes oreilles. Je suis en contact avec le public. Ses allégations m?interpellent même si elles sont souvent fausses. Il a ses problèmes professionnels et j?ai les miens.
Le journaliste gouvernemental : Merci, Mme Jugnauth d?avoir bienveillamment accepté de nous accorder cette entrevue. Il sera remercié et ne le sera pas.
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