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L?équilibriste

27 février 2008, 00:00

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<B>Par Raj MEETARBHAN</B>

Navin Ramgoolam ne finira pas d?étonner par ses talents d?équilibriste. Hier, il a exécuté un autre numéro étourdissant. Pourtant, l?exercice était difficile. Tous étaient suspendus aux lèvres du Premier ministre dans l?attente d?une phrase, voire d?un mot, qui indiquerait sa préférence dans le conflit Sithanen-Deerpalsing. Il a finalement jonglé si bien avec les mots que nul ne peut dire de qui il est solidaire et envers lequel il est critique.

En fin stratège, il a distribué des douceurs aux deux protagonistes du débat sur le ciblage de l?aide sociale. Pour rassurer le ministre Sithanen, il se dit favorable au principe du ciblage. Pour contenter la députée Deerpalsing, il se dit préoccupé par le sort de la classe moyenne. Match nul.

Chacun des deux peut prétendre avoir remporté la victoire et les faveurs du leader. D?ailleurs la téméraire députée de Belle-Rose?Quatre-Bornes va jusqu?à dire que «quand le lion rugit? les autres animaux doivent fermer la gueule.»

S?il est possible d?avoir différentes lectures de la forme, en revanche sur le fond du discours premierministériel il n?y a pas trop d?ambiguïté: les prestations ciblées ne remplaceront pas les mécanismes à base universelle. Navin Ramgoolam est arrivé à la conclusion, comme les NITA-wallahs, que le ciblage n?est pas applicable parce qu?il est difficile de définir un seuil d?éligibilité. Les subsides sur la farine, le riz et le gaz ménager seront maintenus parce que le PM est «préoccupé» par la classe moyenne.

Il est bien entendu que les conditions de vie se sont dégradées pour les classes moyennes avec les hausses massives qui sont intervenues récemment. Il est vrai qu?il faut trouver des moyens pour améliorer le pouvoir d?achat de ces classes, en pratiquant une nouvelle politique de salaires, par exemple. Mais les difficultés de cette catégorie de citoyens ne sauraient être un prétexte pour maintenir les subsides universels et perpétuer les aberrations économiques de l?Etat providence classique.

Parfois, on a du mal à suivre les incohérences du Premier ministre. Il affirme qu?il a annulé la mesure prise par l?ancien gouvernement sur le ciblage de la pension de vieillesse parce que «tout le problème est le barème». Mais, dans le cas de la subvention accordée par l?Etat pour les frais d?examens, il a bien fallu définir un seuil. Et, le gouvernement actuel l?a fait avec un grand bonheur.

En vérité, les subsides universels posent un problème mathématique. La question est bien formulée dans un document publié par la Banque mondiale en avril 2006 : l?ensemble des mécanismes de protection sociale coûte à l?Etat entre 2 et 3 % de son PIB. Or, un pour cent du PIB seulement suffira pour mettre en place un système de transferts sociaux pour sortir les plus faibles de la pauvreté. Il faut plus qu?un équilibriste pour nier la pertinence de ce fait irréfutable. Il faut un illusionniste.

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