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Plan de lutte contre l?école buissonnière
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Plan de lutte contre l?école buissonnière
Haro sur l?école buissonnière! Alors que l?école est obligatoire, chaque jour des centaines d?étudiants ne rempliraient pas leurs obligations. De l?adolescent qui sèche un cours à celui qui décroche totalement, l?école buissonnière préoccupe au plus haut point. Et les autorités ont décidé d?amender les lois existantes. Entre utiliser la sanction ou privilégier la prévention, les mesures préconisées dans le plan de bataille contre l?absentéisme scolaire font débat.
Devant le constat inquiétant, les autorités se devaient de réagir et un comité technique, réunissant, entre autres, les cadres du ministère l?Éducation, du ministère de la Femme et de l?Enfant, de la Brigade des Mineurs, a été constitué avec pour mandat d?élaborer un plan de lutte. Parmi ses points forts : des amendements à l?Education Act, une collaboration renforcée avec les municipalités et les conseils de districts pour lutter contre l?école buissonnière, la surveillance des maisons de jeux, la mise en place des programmes de pastoral care dans les écoles qui permettront à chaque établissement de disposer des services d?un psychologue et d?un assistant social à plein temps, et l?élaboration d?un « programme parental » qui viserait à « responsabiliser » les parents.
Un problème trop longtemps sous-estimé</B>
Dans les milieux éducatifs, on souligne d?emblée que l?ampleur du problème a trop longtemps été sous-estimée et que la situation a empiré face à l?impuissance démontrée par les établissements scolaires. « On s?est résigné à tolérer ce fléau sur la base que le problème d?absentéisme et de l?école buissonnière se manifeste en dehors de l?école, qu?il est hors du contrôle des chefs d?établissements et que, de toute manière, ils n?y peuvent pas grand-chose », analyse Om Varma, professeur-associé au Mauritius Institute of Education (MIE).
Et ce ne sont pas les « gens du dehors » qui diront le contraire. En un mois, soit de janvier à février 2008, les opérations menées par la Brigade des Mineurs et la Child Development Unit du ministère de la Femme et de l?Enfant révèlent une cinquantaine de cas d?école buissonnière. Sans parler des jeunes squattant les gares d?autobus et autres lieux publics pendant les heures de classe, d?un cas d?agression sexuelle sur mineur, de 14 cas de maisons de jeux accueillant les adolescents durant les heures de classe et d?une dizaine de boutiques vendant de l?alcool et des cigarettes aux adolescents. Ces dernières ont été verbalisées.
Ces opérations ont été menées dans les principales villes du pays, dont Rose-Hill, Curepipe, Port-Louis, mais aussi à Mahébourg et à Flacq.
La volonté politique est certes là et les amendements aux lois existantes devront être présentés avant la fin de l?année 2008. Mais l?expérience des pédagogues indique qu?au-delà de la loi et de son application, le problème de l?absentéisme scolaire est plus complexe. Et là, ils font volontiers référence à ces étudiants en fin de cycle secondaire dont les escapades se font au vu et au su du public. Et il faut souligner qu?une grande majorité d?entre eux s?absente durant le troisième trimestre.
« Mettez-vous à la place de l?un de ces étudiants qui serait encore présent à l?école durant le troisième trimestre. Aux yeux des autres, cela paraîtrait comme tout à fait bizarre ! Malheureusement, nous avons créé cette perception infondée que l?étudiant peut rester chez lui pour réviser. Et que dans tous les cas de figure, il aura recours aux leçons particulières qui sont devenues les principaux centres d?apprentissage », remarque Om Varma.
Du côté du ministère de l?Education, on avance qu?une modification de la durée du troisième trimestre et la mise en place d?un programme de révision et de rattrapage en fin d?année scolaire sont actuellement à l?étude.
Ce qui amène Harris Bachwa, porte-parole de la Fédération des Managers des Collèges Privés, à insister sur le fait que le combat contre l?absentéisme se gagnera si les autorités arrivent à imposer un certain pourcentage de présence obligatoire à l?école. « Il faudrait transposer le modèle universitaire dans le milieu secondaire, c?est-à-dire exiger un minimum de 80 % de présence à l?école pour que l?étudiant puisse être autorisé à prendre part aux examens », suggère-t-il.
Un engagement fort des parents</B>
L?autre talon d?Achille de tout programme de lutte contre l?école buissonnière et l?absentéisme demeure le fait que l?école mauricienne peine à prendre en compte la psychologie des adolescents et leurs rapports avec la société. Ajouté à cela, l?école, elle-même, serait un espace peu attractif et peu avenant pour les adolescents. Car pour nombre d?entre eux, aller à l?école revient à « perdre son temps ».
« Il y a un changement majeur dans le comportement des jeunes. Les médias ont redéfini le statut de l?adolescence.
Son statut au sein des familles a évolué. Malheureusement, la perception existe qu?on peut réussir sans aller à l?école. Or, les écoles devraient se repositionner comme des ??institutions apprenantes?? et les professeurs devraient davantage enseigner dans les classes au lieu de donner des leçons particulières, et attendre le PRB pour se motiver? Malheureusement, il faut reconnaître que le secteur éducatif a encore besoin d?un cadre légal qui redéfinisse ce qu?enseigner signifie à l?école », constate sévèrement Om Varma.
Et l?école ne devrait surtout pas être un lieu où les étudiants-zappeurs se comportent comme des consommateurs venus assister à quelques cours, avant de s?investir dans d?autres activités en dehors de l?école.
Par ailleurs, à en croire les pédagogues, toute stratégie de lutte contre l?absentéisme doit reposer sur un engagement fort des parents. Et là, on se réfère à ce qui se pratique à l?étranger où les parents sont mis à l?amende pour chaque absence de leurs enfants.
« On les appelle des responsible parties. Cependant, les parents mauriciens ont tendance à se dédouaner de leurs responsabilités, surtout ceux dont les enfants ont des performances moyennes. Mais il ne faut pas aller vite en besogne et se contenter de sanctionner les parents. Il faudrait solliciter leur coopération. Mais d?abord, essayons d?apporter des solutions aux enfants », soutient Harris Bachwa.
Des punitions dépassées</B>
À problème complexe, il faudrait des interventions pédagogiques et psychologiques modernes. Mais même là, la situation n?est pas simple, car les bonnets d?ânes et autres outils de punition se révèlent dépassés. « Auparavant, le fait de suspendre un étudiant avait encore un sens et les élèves punis en avaient honte. Aujourd?hui, la suspension a été détournée de sa fonction d?origine et elle est désormais devenue un moyen officiel de ne pas aller à l?école. Et aussi une raison de rester à la maison et d?inviter ses amis chez soi », explique Harris Bachwa, pour qui il faudrait un nouveau paradigme de pensée et une évolution du cadre légal dans lequel opèrent les écoles.
D?autre part, il semblerait que l?absentéisme scolaire soit la première étape vers la délinquance, car des jeunes qui font l?école buissonnière commettraient aussi des délits. Même si le phénomène n?est pas mesuré au niveau national, il n?en demeure pas vrai que l?absentéisme et l?école buissonnière sont autant de ressorts qui poussent vers la délinquance juvénile.
« En mettant un étudiant à la porte, on le pousse encore plus vers la délinquance, et c?est la société qui en souffrira. Alors, en étant responsable, autant lui apporter une solution adéquate à l?école et enfaire un citoyen responsable », soutient Harris Bachwa.
L?école buissonnière et l?absentéisme recouvrent des réalités très diverses et ont commencé à interpeller les autorités. Des actions énergiques sont à prévoir avant la fin de l?année. Cependant, si la répression sur le terrain apporte des solutions immédiates, la prévention en amont à l?école exige des solutions à long terme. À commencer par les déficiences de notre système scolaire?
<B>Les modèles étrangers </B>
En France, pour favoriser l?assiduité des élèves à l?école, le dispositif de lutte contre l?absentéisme scolaire prévoit en dernier recours la mise en place d?une contravention de 4e classe. C?est-à-dire faire payer aux familles une amende de 750 euros.En Angleterre, les parents sont même passibles d?une peine allant jusqu?à trois mois de prison.
D?autres pays comme la Suède encouragent les étudiants à être assidus en offrant des récompenses à ceux présents en classe. À titre d?exemple, en Suède, un lycée privé de Falkenberg offre 500 couronnes ? l?équivalent de Rs 2 500 ? aux élèves qui n?ont aucune absence.
Aux États-Unis, les établissements publics vont même jusqu?à offrir des coupons de réduction ou des tickets de cinéma aux élèves assidus. Mieux encore, à Miami, les élèves du lycée Barbara Goleman peuvent gagner une voiture pour présence assidue. En effet, ils sont qualifiés pour participer à un tirage au sort, avec pour prix une voiture, s?ils ont cinq absences ou moins dans l?année.
QUESTIONS À
<B>Dharam Gokhool, ministre de l?Education
« Nous prenons ce problème très au sérieux »</B>
<B>L?absentéisme et l?école buissonnière prennent de l?ampleur. Comment est-ce que les autorités comptent lutter contre ce phénomène ?</B>
Tout d?abord, le problème d?absentéisme et d?école buissonnière est un phénomène mondial qui touche tous les établissements scolaires. À Maurice, ce problème existe et nous le prenons très au sérieux. Un comité présidé par un Chief Technical Officer a déjà préparé un Draft Report, et plusieurs propositions ont été faites. Par exemple, établir un contrôle plus rigoureux de l?absentéisme, effectuer une modification dans la durée du troisième trimestre, introduire sur une base pilote le projet 100 % attendance dans toutes les écoles à l?intention des élèves de la Form I, et un programme de révision et de rattrapage pour les étudiants au troisième trimestre supervisé par les chefs d?établissement.
L?absentéisme en milieu scolaire se manifeste particulièrement pendant les classes d?« Upper VI »?</B>
La durée du troisième trimestre va possiblement être modifiée. Par ailleurs, il y aurait des amendements à l?Education Act. Par exemple, il y a des propositions de Compulsory Attendance et nous recherchons l?avis du State Law Office à ce sujet.
<B>Ne faudrait-il pas rendre l?espace et la vie à l?école plus intéressants afin de prévenir l?école buissonnière ?</B>
Certainement. Notre politique éducative vise au développement global de chaque étudiant. Au-delà d?obtenir un certificat, nous avons pour but de développer le caractère, la personnalité, les life skills et l?esprit citoyen de chaque étudiant. Nous voulons atteindre ces objectifs avec le programme Co-curricula and extra curricula activities, qui a été lancé en janvier 2008 et qui est en marche dans les écoles.
L?approche anglo-saxonne de lutte contre l?école buissonnière privilégie la sanction et la responsabilisation des parents. Cette méthode est-elle applicable à Maurice?</B>
Ce n?est pas une mauvaise idée. Dans certains pays comme les États-Unis et même l?Angleterre, les parents sont même sanctionnés pour les actes d?indiscipline de leurs enfants. C?est une possibilité à étudier ici. Mais l?autre approche, celle concernant l?accompagnement et la prise en charge des élèves, n?est pas à négliger. Le ministère de l?Éducation dispose des services d?un Senior Psychologist et d?une équipe de travailleurs sociaux pour faire du counselling avec les étudiants.
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