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A défaut d?idées, la déité

20 septembre 2007, 00:00

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<B>Par Nazim ESOOF</B>

L?histoire que nous conte le Premier ministre est vieille comme Mathusalem. Le Premier ministre semble prendre rendez-vous chaque week-end pour régler ses comptes avec ses détracteurs. Enfin, il affirme, il assène, il hurle, il ne reculera devant rien pour faire valoir ses convictions. Mais gloser autant pour dire ce que tout le monde sait, théoriser autant pour récupérer à son avantage des dissensions socio-ethniques, faire autant d?effort pour intellectualiser tout ce qu?il y a de plus simpliste, c?est un effort vraiment inutile pour le Premier ministre d?un pays. Donner autant de coups de menton contre ceux qui ne partagent pas sa ?vérité?, reprendre son manteau de redresseur de torts même pas à mi-mandat, se faire le chef de clan qui module ses discours en fonction de son assistance, c?est la preuve d?une fragilité extrême.

Le Premier ministre redevient donc Navin Ramgoolam. Celui d?Union-Park, avant de récidiver à Mare-d?Albert. Bref, on le sait maintenant. Le racolage électoral pourrait être à la mode pendant les trois prochaines années. Impuissants, il nous faudra assister à l?avilissement marchand de l?argumentaire politique, à la vaine péroraison des hommes d?Etat qui veulent nous réduire à l?état de déliquescence citoyenne. Que le Premier ministre se rassure, il pourra toujours continuer à manger de son pain blanc. Sa vassalité bénigne n?osera aucune remise en question.

Y a-t-il lieu de se mettre en colère? Certainement pas. Surtout à un moment où, enfin, un homme nous dit nos quatre vérités. Un homme qui a le courage de nos faiblesses et de notre couardise. Un homme qui, en d?autres temps, aurait fait un très bon journaliste, un parfait propriétaire de boîte de nuit, un excellentissime gérant d?hôtel? Un homme qui a tellement envie d?en découdre qu?il finit par nous coudre un corset de sophismes pour réduire la pensée au degré zéro de l?activité cérébrale. Il nous a sorti le cloaque fangeux des critiques faciles. Il a réitéré sa foi dans sa parole unique et dans les interprétations factieuses.

Certes, il a raison. La discrimination et le racisme existent. L?île Maurice a besoin d?un chef de gouvernement pour se battre contre cet état des choses. Mais pas de ces hommes qui sont animés de ces sentiments nobles de la justice et de l?égalité mais qui conjuguent leur occupation du pouvoir en favorisant l?exclusivisme ethnique.

?Pouvoir dans nou la main? n?a ainsi été jamais autant d?actualité. Il y a ici une droitisation de la conception du pouvoir qu?on tente de masquer sous le couvert d?une démocratisation de l?économie. Cette dichotomie fait le jeu de ceux qui, historiquement, n?ont pas su s?assumer. Et qui toujours cherchent le bouc émissaire.

Les difficultés du Premier ministre aujourd?hui relèvent d?une forme de crise morale profonde du pouvoir. Il y a aujourd?hui déjà un sentiment d?échec. Une incapacité flagrante d?avoir pu remplir ses promesses. Une action réformiste qui, au pire, reprend la même inflexion que celle impulsée par le précédent pouvoir et, au mieux, répond à l?activisme idéologique de Rama Valayden et technicien de Rama Sithanen respectivement. En fin de compte, en termes de contenu, il ne reste plus qu?un show à faire. L?Alliance sociale serait-elle déjà confrontée à son mal existentiel? A moins qu?on soit stoïque au point de recevoir un portable au visage sans broncher, comme un certain ministre, tout en attendant la veille des élections pour déserter un navire dont on prédirait le naufrage.

Le Premier ministre a parfaitement raison sur un point au moins. N?importe qui peut prétendre au statut de journaliste dans ce pays. Il est le mieux placé pour le savoir. C?est si facile pour des gouvernants, quels qu?ils soient, de jouer de la crédulité de certains journalistes. Comme c?est si facile aussi pour certains pantins, parce qu?ils ont le nom ou la pécune nécessaires, d?occuper des fauteuils ministériels. Mais ça, c?est d?un racisme dont nous ne parlerons pas?

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