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La diversion
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Navin Ramgoolam a entonné samedi un refrain qu?il semble beaucoup aimer. Comme à Union-Park il y a deux semaines, il a profité de son dernier week-end pour déclamer une tirade contre les ?racistes?. A Mare-d?Albert, pour la fête Ganesh Chaturthi, il a demandé à l?auditoire de ne ?pa lais mars lor ou kor?. Une semaine auparavant, il exprimait sa colère contre la discrimination faite à l?encontre de ?nou bann dimounn? et s?insurgeait contre ?bann dimounn ki na pa kontan nou dan sa pei la?.
A première vue, le Premier ministre semble avoir de la suite dans les idées et apparaît comme un homme qui a une vision cohérente de la société. Ce week-end, il a bien fait comprendre que ce n?est pas par erreur qu?il s?est laissé aller à prononcer quelque propos haineux à Union-Park. Il persiste et signe : ?Zame mo pou per pou dir ce ki mo pense.?
Mais le discours fielleux qu?il recommence à tenir en public ne relève-t-il pas en fait d?une posture politique ? Si on le juge sur l?ensemble de ses actions, le véritable ressort de son action politique semble être l?ouverture et pas le repli sur soi. Par conséquent, quand il porte la casquette du chef de clan, comme il le fait ces jours-ci et qu?il se met à adopter un comportement sectaire, cela paraît contre-nature.
Navin Ramgoolam affirme que c?est une conviction profonde qui le pousse à dénoncer les ?dinosaures?, les accapareurs qui veulent continuer d?accaparer?. Il s?agit là de propos tenus devant un micro. En vérité, depuis le début de son mandat, les mesures prises par le gouvernement de Navin Ramgoolam ont davantage visé à rassurer les investisseurs.
Pragmatique, le Premier ministre mène une politique axée sur l?ouverture et le libéralisme. Stratège, il doit soigner son image de pourfendeur des détenteurs historiques des capitaux. Quand il les rencontre au bâtiment du Trésor, c?est toujours à l?abri des regards des cameramen de la MBC, qui pourtant ne le lâchent jamais d?une semelle. Il ne supporte pas qu?on le montre en compagnie des sucriers et les autres ?barons?. Donc, ses paroles guerrières seraient-elles uniquement dictées par les besoins de la communication politique ?
Les propos virulents du Premier ministre contre sa cible favorite pourraient effectivement avoir comme seul objectif la diversion. Il a des raisons, en ce moment, de feindre la colère contre les possédants parce qu?il est conscient du grondement de rue. Après le mécontentement lié aux hausses de prix et aux pénuries diverses, la taxe sur les intérêts bancaires et le NRPT ont été à l?origine d?une sourde révolte qui émane, elle, de la base électorale du Parti travailliste. Le malaise y est profond. L?exaltation raciste sert-elle à adoucir ces ponctions douloureuses ?
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