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Un retour aux sources payant !
A partir du 1er août, Ravin Dajee, Corporate Director depuis sept mois à la Barclays, assurera l?intérim au poste de directeur général de cette banque, après une longue incursion dans le secteur public. Un retour aux sources qui aura, somme toute, été payant?
Au vu de son parcours professionnel, Ravin Dajee aurait de quoi pavoiser, ou faire preuve d?arrogance. A 41 ans, cet enfant de Bois-Chéri, diplômé du très sérieux Chartered Institute of Bankers londonien et détenteur d?un Masters en finances de l?université de Leicester, Angleterre, a déjà fait forte impression là où il est passé. Tant dans le secteur privé que public. Mais ce serait mal connaître l?homme.
Ravin Dajee aime conserver un profil bas. A plusieurs reprises, il précise que sa dernière nomination n?est qu?un intérim, en attendant ?que les procédures de recrutement soient enclenchées et que le candidat approprié soit trouvé ?. Et si c?était lui? ?On verra bien?, dit-il avec un sourire énigmatique.
Se retrouver à la Barclays depuis sept mois est en effet un retour aux sources pour Ravin Dajee. Après ses études secondaires au Sookdeo Bissoondoyal SSS de Rose-Belle, il saisit la première opportunité qui s?offre à lui : un emploi comme credit officer à la State Bank of Mauritius (SBM), où il reste 13 ans. Puis, il prend un congé sans solde pour aller se spécialiser en Angleterre, dans les métiers de la banque et de la finance. L?ironie veut qu?à la fin de sa spécialisation, la Barclays lui offre un emploi à Londres. Mais Ravin Dajee a de solides attaches familiales et un lien émotionnel fort avec son pays, il préfère regagner Maurice.
La SBM l?accueille à bras ouverts et lui offre sa première opportunité d?évoluer dans les grandes eaux de la finance. Il est nommé Head of Corporate Banking à la succursale de Mumbaï en Inde. Si Ravin Dajee apprécie les ouvertures que lui confère le poste, il finit par se lasser de perdre quatre à cinq heures dans les embouteillages, pour aller à la banque et pour rentrer chez lui. Mais ses démarches auprès de sa direction pour remédier à la situation restent sans réponse. Il démissionne et rentre au pays.
Son ami Paul Orian, qui a entendu parler d?une vacance comme directeur général adjoint à la South East Asian Bank, prend les devants et postule pour lui, avant de le mettre devant le fait accompli. Il n?a aucun mal à se faire embaucher mais, au bout de 18 mois, il se laisse séduire par le chant des sirènes. Le ministère des Finances cherche un directeur général pour la State Trading Corporation (STC). Cet organisme parapublic est alors en assez mauvaise posture financière.
?Je pensais qu?il fallait un financier pour redresser la barre. Ensuite, c?était pour moi une opportunité de travailler dans une entreprise d?Etat et au niveau national. J?ai considéré que cela allait être une progression dans ma carrière et que j?allais grandir à ce poste?. Il accepte la proposition, bien qu?on lui ait alors collé une étiquette politique particulière qu?il nie : ?Je n?ai jamais approché un parti politique. Je suis toujours resté neutre?. Il n?était cependant pas le premier choix du recruteur. Le désistement d?un autre, aujourd?hui son collègue, lui a valu d?être choisi.
Au bout de deux ans à la tête de la STC, Ravin Dajee y a amené bien des changements, notamment en matière de gestion financière et de transparence. Il réussit à inculquer le professionnalisme à des fonctionnaires souvent paralysés par la bureaucratie. Mais sa plus grosse satisfaction reste la conception, l?étude et la mise en ?uvre de l?automatic pricing mechanism.
Lorsque le gouvernement lui propose la direction du Central Electricity Board (CEB), Ravin Dajee résiste : ?Je ne connaissais rien en électricité, ni en énergie. Et puis, le CEB était une entreprise énorme, avec 1 800 employés, dont des ingénieurs ayant plus de 20 ans d?expérience, avec un chiffre d?affaires se comptant en milliards de roupies?, dit-il. Mais son employeur insiste. Curieusement, celui qui vient à bout de sa résistance est le syndicaliste Jack Bizlall, négociateur pour le syndicat du CEB et qu?il connaît de longue date. Il le rencontre intentionnellement, pour prendre conseil. ?Jack m?a encouragé à prendre le poste?, reconnaît-il.
?C?est vrai qu?il est difficile pour un professionnel de travailler dans le secteur public, qui est trop politisé et trop sensible. Mais en même temps, j?ai beaucoup grandi dans le secteur public ... ?
Ravin Dajee fait tout pour maîtriser le secteur énergétique. Entre-temps arrivent les élections générales de 2005 et le changement de gouvernement. Le directeur général du CEB doit alors faire face aux rumeurs et autres spéculations quant à son éventuel remplacement. Le soutien démontré par le nouveau ministre de tutelle, Abu Kassenally, de même que par Rama Sithanen, ministre des Finances, l?aide à maintenir le cap. ?Il y a aussi eu des rumeurs à l?effet qu?entre le président du conseil d?administration, Patrick Assirvaden, et moi, le courant ne passait pas. C?est faux. Nous avions deux styles différents mais notre cohabitation s?est déroulée dans un climat de confiance?.
A l?expiration de son contrat en novembre dernier, Ravin Dajee préfère s?en aller, malgré les demandes des trois personnes susmentionnées pour qu?il reste à son poste. ?L?offre de la Barclays était très bonne. Ensuite, j?avais fait cinq ans dans le secteur public et il était temps pour moi de retourner dans le privé?. Il dit ne pas regretter ses cinq ans à la tête d?organismes parapublics. ?C?est vrai qu?il est difficile pour un professionnel de travailler dans le secteur public, qui est trop politisé et trop sensible. Mais en même temps, j?ai beaucoup grandi dans le secteur public et c?est parce que j?ai fait mes preuves dans ce secteur que le privé est venu me débaucher?.
Cet homme marié à Shanjou, ancienne enseignante à l?Ecole du Nord, père de deux enfants, Sahil, trois ans et Ria, 18 mois, Ravin Dajee est heureux d?avoir retrouvé le secteur bancaire. Il félicite les employés de la Barclays qui, malgré plusieurs changements de direction au cours des deux dernières années, ont su tenir bon. ?Ils ont manifesté un sens d?appartenance à l?entreprise qui est extraordinaire et ils ont poursuivi leurs efforts à tel point que le chiffre d?affaires de la Barclays a augmenté par plus de 30 % par rapport à l?an dernier?.
Il espère d?ailleurs pouvoir compter sur leur soutien lors de son intérim au poste de directeur général. En contre-partie, cet amateur de football anglais, et en particulier de l?équipe de Liverpool FC, leur promet de continuer à favoriser la communication et à rester accessible, aussi bien pour eux que pour les clients.
Un mot revient assez régulièrement à la bouche de Ravin Dajee : grandir. ?C?est très important pour moi de grandir. Là où je suis, je cherche à apprendre, à acquérir de nouvelles connaissances?, confie-t-il. Où se voit-il dans quelques années? Dans le secteur public ou privé? ?D?ici trois ou quatre ans, je me vois travaillant à l?étranger pour être encore plus exposé à d?autres cultures et grandir un peu plus??
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