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Sur la piste d?un réseau de blanchiment d?argent
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Sur la piste d?un réseau de blanchiment d?argent
L?existence d?une fraude autour de l?importation de chevaux ne cesse d?alimenter les conversations dans les écuries. Ce scandale, comme certains le nomment déjà, tombe à un moment où la saison hippique bat son plein. Ceux engagés dans ce secteur d?activité craignent même une « mauvaise » saison. Personne ne souhaite donc vraiment en parler. Ou alors, à demi-mot. Comme souvent dans ce milieu, la loi du silence prime.
C?est la sous-facturation d?un certain nombre de chevaux achetés en Afrique du Sud qui a poussé la Customs Investigation Unit (CIU) à diligenter une enquête sur l?éventuelle existence d?un réseau d?importation frauduleuse de chevaux. La Mauritius Revenue Authority (MRA) estime le manque à gagner pour les autorités douanières à Rs 25 millions depuis quatre ans.
Certains, proches du dossier, affirment que ces pratiques occultes seraient liées au blanchiment d?argent. Des officiers de la CIU ont même été dépêchés dans plusieurs villes d?Afrique du Sud pour tenter de déterminer l?ampleur de cette fraude, avec la collaboration de leurs homologues sud-africains.
L?affaire rappelle de mauvais souvenirs
Les enquêteurs entendent bien se procurer les documents originaux relatifs à la vente des chevaux. Ils pourront ainsi les comparer avec les déclarations faites par les acquéreurs et vérifier si leurs factures correspondent au prix d?achat réel. Ils bénéficieront de l?aide du South African Revenue Service dans leur recherche.
La thèse selon laquelle la sous-facturation pourrait être utilisée pour blanchir de l?argent semble de plus en plus plausible aux yeux des enquêteurs, qui confient que des bookmakers pourraient être impliqués. « Faire l?acquisition d?un cheval coûte très cher. Des acheteurs sous factureraient alors l?animal pour que personne ne pose de questions sur la provenance d?une telle somme d?argent », explique un proche du dossier, non sans évoquer l?implication de « gros » bookmakers dans ces transactions frauduleuses. Si cela se confirme, des auditions de bookmakers seraient à prévoir.
Cette affaire n?est pas sans rappeler une enquête similaire initiée en 1996, et à l?issue de laquelle le Mauritius Turf Club (MTC) s?était vu infliger une amende de quelque Rs 6 millions. C?est à la suite de cette condamnation que l?instance a décidé de laisser les propriétaires d?écuries procéder eux-mêmes à l?achat des chevaux, même si le permis d?importation demeure au nom du MTC.
« Des propriétaires d?écuries, mais aussi des bookmakers y auraient vu la possibilité de sous-facturer l?importation de chevaux et ainsi payer moins de taxe », laisse entendre un enquêteur proche du dossier.
Le mécanisme est au demeurant très simple. Lorsqu?un propriétaire fait l?acquisition d?un ou de plusieurs chevaux en Afrique du Sud, il communique au MTC un prix d?achat en deçà de la réalité. « Ces pratiques existent depuis longtemps et les propriétaires impliqués n?ont jamais été inquiétés. Cela dit, c?est idiot de penser qu?ils le font juste pour payer moins de taxe. Ils se font énormément d?argent avec leurs chevaux et s?acquitter de la taxe ne représente rien à leurs yeux. S?ils le font, c?est qu?ils y ont un intérêt », nous confie, pou sa part, un ancien propriétaire et entraîneur de chevaux, aujourd?hui à la retraite.
S?agirait-il d?un réseau de blanchiment d?argent ? Notre interlocuteur n?en dira pas plus, précisant seulement que des membres en vue du milieu hippique seraient impliqués dans ces importations frauduleuses.
Du côté du MTC, l?on cherche à jouer la transparence. L?affaire rappelle de mauvais souvenirs. « Nous avons eu une réunion avec les propriétaires de chevaux et d?écuries pour leur demander de collaborer avec les autorités dans cette affaire. Nous avons de notre côté remis à la MRA tous les documents susceptibles de l?aider dans son enquête », nous explique-t-on du côté du MTC. C?est ainsi que des documents contenant la liste des chevaux importés depuis 2003 ont été remis aux officiers de la MRA. Environ 500 chevaux ont été acquis depuis quatre ans.
Toujours du côté du MTC, l?on tient à faire ressortir que bien que le permis d?importation de chevaux soit au nom de l?organisme, ce sont les propriétaires qui sont personnellement impliqués dans l?achat des chevaux. « Lorsque quelqu?un achète un cheval, nous lui demandons de nous communiquer tous les détails relatifs à cet achat. Il nous est, par contre, impossible de savoir si les renseignements qui nous sont remis sont exacts ou pas », fait ressortir un haut cadre du MTC.
D?où le déplacement des officiers de la CIU en Afrique du Sud pour étudier attentivement les documents originaux. Déjà, la perspective que ces enquêteurs puissent découvrir des choses compromettantes impliquant des propriétaires de chevaux et d?écuries en fait trembler plus d?un. « Le monde hippique pourrait connaître des temps difficiles », prévoit un membre en vue du MTC.
« Une tempête dans un verre d?eau »
Les acteurs de ce secteur n?ont pas manqué de souligner qu?il arrive parfois que des chevaux soient donnés en cadeau ou vendu à des prix dérisoires.
« Cela fait des années que certains d?entre nous importent des bêtes d?Afrique du Sud. Nous y avons noué de très bons contacts et il arrive que l?on reçoive des chevaux en cadeau. Il est donc tout à fait normal que le prix d?achat soit très faible », explique un importateur.
Cette pratique, bien qu?exceptionnelle, n?a rien d?illégal. À condition, bien sûr, que cela figure sur les documents d?importation. « C?est un très mauvais procès que l?on fait au monde hippique.
Il s?agit tout simplement d?une tempête dans un verre d?eau. Ces pratiques irrégulières, si elles existent, ne concernent qu?une infime minorité », se défend Paul Lemière, propriétaire de chevaux.
D?aucuns estiment qu?il faudrait trouver une formule de taxation unique sur les chevaux importés à Maurice. « Il faudrait, par exemple, définir une taxe douanière fixe pour un cheval dépendant de son âge ou de sa provenance. Cela réduirait, à coup sûr, le risque de fraude à l?importation », estime un propriétaire de chevaux. Une idée que partagent bon nombre de ses collègues qui disent déplorer que ce sport soit ainsi traîné dans la boue.
En attendant les conclusions de l?enquête, tous les yeux sont braqués sur l?Afrique du Sud où les documents officiels peuvent à tout moment dévoiler leurs précieux contenus et déclencher le scandale tant redouté?
Le rôle du MTC
L?importation des chevaux, même si elle est confiée aux propriétaires d?écuries, reste sous la responsabilité du Mauritius Turf Club (MTC). C?est cette instance qui est chargée de la réception des animaux à Maurice, avant qu?ils ne soient remis à leurs propriétaires. Une vingtaine de chevaux en moyenne serait importée chaque année. Si certains sont destinés à une carrière brillante au Champ de Mars, d?autres, par contre, sont acheminés vers des centres de loisir. Le prix d?un cheval de course peut varier entre Rs 50 000 et Rs 200 000.
« Acheter un cheval est souvent un investissement à risque. On peut gagner beaucoup d?argent s?il remporte des courses ou dans le cas contraire, en perdre beaucoup », explique un directeur d?écurie.
Mais les prix d?achat peuvent atteindre des sommets, dépendant de l?âge du cheval et de sa lignée.
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