Publicité

L?amie de vos dents

16 juin 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Lorsque j?étais enfant, j?avais la peur du dentiste. Jusqu?à ce que je tombe sur un chirurgien dentiste doux tant dans la manière que dans l?art. Depuis cette époque, je me suis réconciliée avec ce professionnel de la santé», avoue Ragini Sonah Jaria, 43 ans, mariée au comptable indien Rajaram Jaria à qui elle a donné deux filles, Priyadarshani, sept ans et Ilina, cinq ans.

Cette benjamine de quatre enfants a toujours été de nature très douce. Les Sonah habitent une grande maison à Vacoas et Ragini qui adore les animaux, s?entoure de nombreux chats et chiens. Elle réalise sa première extraction sur? un chaton alors qu?elle n?a que 12 ans. «Le chaton avait une arête de poisson coincée dans les gencives. Je l?ai ôtée et ce faisant, j?ai réalisé qu?il avait une dent qui bougeait. J?ai l?ai également enlevée.»

D?une grande timidité, elle se réfugie dans ses études et dans les livres. à la fin de son cycle d?études secondaire qu?elle commence au collège Hindu Girls et complète au Mahatma Gandhi Institute, Ragini est toujours indécise à propos de son avenir. Elle sait seulement que la médecine l?intéresse. Entre la France et l?Inde où étudient ses s?urs et son frère, elle ne parvient pas à se décider. Finalement, c?est à Bombay, en Inde, qu?elle se rend pour passer le concours d?entrée de la faculté de médecine au Wilson College. Pour vaincre sa timidité, Ragini se lance dans une série d?activités telles que le théâtre et la danse. Elle donne même des cours de français et fait de l?interprétariat au département de téléphonie de l?hôtel Oberoi à Bombay.

C?est en dentisterie qu?elle est autorisée à se spécialiser. Ragini prend conseil de Rajaram Jaria, fils d?un ami de la famille qu?elle connaît depuis qu?elle a 12 ans, sans savoir qu?elle l?épousera plus tard. Ce dernier qui compte plusieurs chirurgiens dentistes au sein de sa famille et qui est familier à sa nature douce, l?encourage dans cette voie. C?est au Goa Medical and Dental College qu?elle étudie pendant quatre ans et fait un an supplémentaire de stage professionnel.

Alors qu?elle pourrait rentrer à Maurice durant les vacances universitaires comme le font d?autres étudiants, elle se force à rester sur place car elle sait que si elle leur emboîte le pas, au retour, elle aura énormément de mal à se réadapter en Inde. Tout comme elle communique peu par écrit avec les siens. Il est vrai que les communications à l?époque ne sont pas aussi évoluées qu?aujourd?hui mais c?est aussi voulu de sa part. «Lorsque nous sommes attachés émotionnellement aux êtres et aux choses qui nous entourent, nous avons du mal à avoir une lecture objective des choses. Dit comme ça, cela paraît facile. Mais je devais en permanence livrer une bataille avec moi-même pour y arriver.»

<B>Un rythme de travail effréné</B>

Ses études supérieures complétées, Ragini repart sur Bombay et trouve du travail dans le cabinet d?un chirurgien dentiste qui a plus de 20 ans d?expérience. Son cabinet est presque assiégé: il consulte entre 30 et 35 patients entre neuf et 13 heures et de 16 à 23 heures. Ragini s?adapte rapidement à ce rythme. Plusieurs de ses patients sont des célébrités, des personnes de la jet set et d?autres qui exercent des professions libérales.

Ragini découvre de quoi elle est vraiment capable lorsque son confrère tombe malade et s?absente une quinzaine de jours. Période qui correspond à une grève des transports publics à Bombay. Malgré ces contraintes, elle parvient à gérer ses déplacements, de même que la clientèle. Ce qui lui permet d?acquérir une grande confiance. «à l?époque, je vivais seule dans un appartement. Un soir que je suis rentrée exténuée, je suis tombée tout habillée sur le lit et je me suis endormie sans manger. Je me suis réveillée à deux heures du matin. Là, j?ai réalisé que je dois travailler pour vivre et que dans le cas présent, je ne vivais plus. Cette pensée m?a fait me lever du lit d?un bond et j?ai été dans la cuisine me préparer un repas complet que j?ai pris du plaisir à manger. J?ai compris que je ne devais jamais baisser les bras.»

Au bout d?un an de pratique, Ragini décide de rentrer au pays et fait la surprise à sa mère. Elle débarque à l?aéroport de Plaisance sans avertir sa famille et à sa grande surprise, sa mère a du mal à la reconnaître après tant d?années.

Ragini débute sa pratique à Goodlands et elle exerce aussi à Rivière-du-Rempart, même si elle est dépendante des transports publics et que cela signifie changer plusieurs autobus à l?aller comme au retour. Elle veut se faire un nom et une réputation et n?hésite pas à travailler sept jours sur sept.

Pendant plusieurs années, elle exerce à Flacq. Enfin, il y a deux ans, elle décide de s?installer à Quatre-Bornes pour pouvoir consacrer du temps au travail comme à sa famille. Elle a rejoint les rangs de la Mauritius Dental Association (MDA) depuis quatre ans car elle estime important de se tenir informée des évolutions technologiques de la profession, de faire des échanges entre confrères et de sensibiliser le public à titre bénévole.

Elle note que les patients consultent surtout le chirurgien dentiste dans l?urgence plutôt que de manière préventive. Tout comme elle remarque que la frayeur du chirurgien dentiste est toujours présente. «Il est conseillé aux adultes d?effectuer des visites et contrôles réguliers tous les six mois. Tout comme il faut habituer un enfant à des vérifications de routine chez le chirurgien dentiste et ce, dès le plus jeune âge. Car c?est par ces contrôles de routine qu?il n?aura pas peur du dentiste. Les parents doivent arrêter de dire à un enfant turbulent qu?ils vont faire venir le médecin ou le dentiste qui leur fera une piqûre. C?est les traumatiser et parfois à vie envers ce professionnel de santé.»

Si en tant que nouvelle présidente de la MDA, elle entend suivre les traces de ses prédécesseurs, elle veut pousser plus loin la conscientisation sur la santé buccale. «Si on commence à prendre soin de ses dents dès le jeune âge, on pourrait les conserver jusqu?à 80 ans et plus.» Elle trouve regrettable que le modernisme ait apporté une modification dans le style de vie. «On veut tout et vite. On consomme hélas des mets industrialisés qui sont trop riches en sucres et féculents qui collent et favorisent la carie dentaire. En essayant de courir après le temps, on oublie très souvent les bonnes habitudes alimentaires.

Autrefois, on voyait des gens croquer la canne à sucre à pleines dents. De nos jours, c?est un spectacle rare. Je ne dirai pas que l?on ne veut pas mais c?est plutôt qu?on ne peut pas souvent à cause de la fragilité des dents. S?il est bien d?avoir interdit les boissons gazeuses dans les écoles, les jus qu?on y trouve contiennent encore trop de sucres. Et puis, les enfants se rabattent sur des bonbons au cola ou pétillants qui sont nocifs pour leurs dents. Les parents doivent veiller à ce que leurs enfants en mangent mais dans les limites. Avoir une bonne santé dentaire ne relève pas que du dentiste. Elle tient du triangle parent-enfant-dentiste? »

Publicité