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BPO : la guerre des salaires
Plus que jamais, le secteur du Business Process Outsourcing (BPO) affiche très bonne mine. Cela se répercute sur les salaires, qui atteignent des sommets mirobolants mais qui exposent parfois à des pratiques de braconnage sur le marché du travail.
La cause : l?évolution du secteur est plus rapide que ce que peut supporter le pool d?employés. Alors que les entreprises existantes sont en expansion, de nouveaux opérateurs étrangers arrivent. D?octobre 2006 à mars 2007, 41 nouvelles compagnies ont démarré leurs activités sous nos cieux. Alors qu?en juillet 2004, le nombre d?employés était de 2 100, le cap des 7 000 a déjà été dépassé. Et le Board of Investment prévoit que le seuil psychologique des 10 000 sera franchi «d?ici le début de l?année prochaine».
Du coup, les professionnels compétents avec expérience s?arrachent parfois à prix d?or. Il n?y a donc pas d?alternative que de faire dans la surenchère pour attiser leur appétit. «Comme il y a beaucoup de nouvelles compagnies qui s?installent et qui ne trouvent pas les compétences recherchées sur le marché du travail, ils font monter les enchères, certains allant jusqu?au braconnage», constate Ram Ramjheetun, Corporate Affairs Director de Teleforma.
Aujourd?hui, un jeune débarquant avec son Higher School Certificate (HSC) en poche peut aspirer à toucher environ Rs 11 000 en travaillant dans un centre d?appels en tant que télé-opérateur. Mais cette situation n?est que conjoncturelle. Un télé-opérateur, ça se forme sans trop de difficultés. Les leaders du marché se mettent à former en masse pour satisfaire la grande soif du secteur. Les spécialistes affirment donc que le marché se stabilisera d?ici deux ou trois ans, du moins en ce qui concerne le «personnel de base».
<B>?Pas de limites?
Pour ce qui est des développeurs informatiques, ingénieurs système et consultants ? les stars du secteur ? ils sont de plus en plus difficiles à trouver à cause de l?expansion du marché et s?arrachent à prix d?or. Selon Claire Némorin, general manager d?Infomil (Mauritius), entreprise engagée dans le développement de logiciels, la surenchère est «assez inquiétante», ou «très sérieuse» pour rependre le terme utilisé par François de Grivel, président d?Act, association regroupant les compagnies du secteur BPO. «La pression est très forte actuellement», confirme-t-il. Certaines compagnies ont eu à hausser leurs salaires de 25 à 40 % en deux ans à peine.
Pour un chef d?équipe ayant deux ans d?expérience dans le secteur, il faut compter à partir de Rs 25 000. Idem pour un technicien supérieur (HSC + deux ans d?études post-secondaires). Pour un ingénieur, certaines compagnies sont prêtes à débourser jusqu?à Rs 60 000 alors qu?un bon administrateur de réseau, ça vaut plus de Rs 70 000.
«Il n?y a pas de limites», confie Jean Suzanne, patron d?Infinity et senior advisor au Bureau du Premier ministre. Dans sa société, un bon consultant ou chef de projet vaut environ Rs 100 000. Moyenne d?âge de ces professionnels, 30 à 35 ans. «Il y a 400 à 450 informaticiens à Maurice. Nous voulons capter les 150 meilleurs sur les deux ans à venir et sommes prêts à payer le prix.» Pour lui, le débauchage fait partie du jeu.
Selon lui, l?envolée des salaires, «c?est plutôt sain pour le secteur». «Nous sommes dans un modèle économique qui permet de bien rémunérer les gens», assure-t-il. Et les salaires vont continuer à augmenter, prédit Jean Suzanne. «Si nous leur donnons moins, ils risquent d?aller travailler à l?étranger pour le double», soutient encore ce dernier.
Le manque de compétences dans le domaine des nouvelles technologies n?est pas un phénomène purement mauricien, mais mondial. A titre indicatif, alors que la France a besoin de 120 000 informaticiens par an, ses écoles d?enseignement supérieur ne parviennent à en former que 30 000 annuellement.
«Sommes-nous en train de tuer le marché en proposant des salaires de plus en plus élevés ? Je ne suis pas d?accord», dit Jean Suzanne. D?autres dans le secteur sont prêts à en débattre.
Mais chacun à sa petite stratégie pour conserver ses employés. Payer bien est une chose, certes, mais d?autres paramètres entrent également en jeu. Chez Teleforma, l?on joue beaucoup sur la formation et les promotions en interne. Aucune comparaison possible avec la zone franche. «Il y a différents moyens de fidéliser le personnel et cela passe aussi par le relationnel», précise François de Grivel.
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