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Quand la vie chère nous prive de l?essentiel !
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Quand la vie chère nous prive de l?essentiel !
par Premila DOSORUTH
«Je ne peux plus me permettre d?acheter du lait, pourtant j?ai des enfants qui sont en pleine croissance.» C?est le cri de c?ur de Bernadette Aimé, mère de famille (voir hors-texte), qui n?a pas arrêté au fil des mois de grappiller des sous à gauche et à droite pour réajuster son budget jusqu?à en arriver à cette situation. «Nous avons commencé par diminuer considérablement notre consommation de légumes et de légumineuses qui sont trop chers au profit du riz et des pâtes.» Elles sont de plus en plus nombreuses ces familles à faible revenu que le coût de la vie oblige à se priver de l?essentiel. Selon le Bureau des statistiques, 50 % des ménages gagnent moins de Rs 8 000. «La classe moyenne aussi est affectée. On tend ainsi vers l?appauvrissement de cette tranche de la population tandis que ceux qui sont au bas de l?échelle plongent davantage et connaissent un appauvrissement aigu», constate Jayen Chellum, porte-parole de l?Association des consommateurs de l?île Maurice (ACIM).
Que ce soit sur les produits alimentaires, les matériaux de construction, les médicaments, on assiste à une véritable flambée des prix. «L?indice des prix à la consommation a progressé de 10,5 % en un an. D?après le Bureau central des statistiques, c?est du jamais vu depuis 1993», poursuit Jayen Chellum. Certes, l?indice du coût de la vie est un des facteurs qui entre en jeu pour évaluer le coût de la vie mais il faut aussi considérer le salaire réel, c?est-à-dire, le pouvoir d?achat. Il devient effectivement très limité lorsque cet indice est supérieur de beaucoup à celui du salaire nominal.
À l?origine de cette crise de vie chère persistante, il y a une situation économique et financière difficile. Comment y remédier pour en atténuer son acuité ou pour que sa durée ne s?en trouve pas prolongée ? Il faudrait la mise en place d?un cadre légal assurant une concurrence saine, préconise Mosadeq Sahebdin, porte-parole de l?Institut pour la protection des consommateurs (ICP).
Ajouté à cela, il prône de rendre fixes les prix de certains produits de première nécessité comme l?huile, le fromage, les céréales. Il déplore que certains supermarchés ne vendent qu?une seule marque de certains produits ne laissant ainsi aucun choix aux consommateurs. «Nous constatons aussi que dans certains cas les importateurs ne peuvent pas se tourner vers une source alternative. D?autre part, des fabricants locaux règnent en maîtres, fournissant leurs propres concurrents», affirme Mosadeq Sahebdin. Un marché qui ne bénéficie pas d?une concurrence saine ne peut pas profiter aux consommateurs. Ce faisant, ils auraient pu bénéficier de produits à prix compétitifs et de meilleure qualité. «Prenons le cas du lait. Nous nous retrouvons dans la même situation d?octobre 2005. Ces opérateurs qui occupent 70 % du marché abusent de leur position dominante et imposent des prix excessifs. Pour contrecarrer cela, il faut laisser jouer une concurrence saine», argue Mosadeq Sahebdin.
«Le gouvernement a fait une petite tentative avec l?importation du lait Amul. D?une part, la State Trading Corporation a manqué de compétence en marketing. D?autre part, les consommateurs n?ont pas joué le jeu. C?est leur faute aussi.»
Certains affichent une loyauté sans borne aux marques. Le lait importé d?Argentine ou d?Uruguay qui coûte pourtant moins cher est délaissé. On préfère une boîte de corned beef au prix de Rs 52 à un produit équivalent affichant Rs 30. D?autres ont le réflexe qui s?impose, celui de scruter, de comparer les prix et de marchander lorsque cela est possible. Comme Kumar qui affirme ne pas pouvoir s?en sortir s?il ne fait pas la chasse aux bas prix. «J?écume tous les commerces. Je surveille la moindre promotion pour acheter les couches comme j?ai un bébé d?un an. Je ne peux plus me permettre une bouteille de vin ou même du chocolat sinon je déséquilibre mon budget. C?est frustrant de ne plus pouvoir faire plaisir à mon fils de huit ans. Je serais incapable de lui offrir un petit jouet en fin de trimestre pour le récompenser de ses bonnes notes. Comment lui faire comprendre qu?il doit attendre mon bonus de fin d?année?»
Instaurer le salaire minimum
Autre facteur qui peut jouer un grand rôle dans cette crise de la vie chère et détruire l?équilibre : c?est le taux de change. La dévalorisation de la monnaie à change bas amène une augmentation du coût de la vie puisque les denrées importées sont achetées sur les marchés des pays à change élevé. «Si comme on le claironne que l?inflation est essentiellement importée, alors pourquoi les planteurs locaux réajustent-ils les prix de leurs produits à ceux des légumes importés. Tout est faussé sur le marché», s?insurge Jayen Chellum. Il est de toute évidence que les produits dont la demande est supérieure à l?offre sont vendus à un prix supérieur à leur valeur réelle et provoquent une hausse du coût de la vie. D?aucuns tirent avantage de la situation et font des profits exorbitants. «Certains produits sont contrôlés et d?autres pas. C?est aberrant de laisser les forces du marché décider des solutions. Concernant les légumes, le Marketing Board n?aurait-il pas dû avoir un droit de regard sur les prix pour qu?il n?y ait pas d?abus», clame le porte-parole de l?ACIM
Comment alors porter efficacement remède à de tels maux et rendre le pouvoir d?achat aux ménages ? C?est un impératif social et une nécessité économique pour redonner de l?espoir aux familles. Le porte-parole de l?ICP opte pour une compensation salariale adéquate pour les travailleurs comme l?a demandé le leader de l?opposition, Nando Bodha, lors des échanges sur la Private Notice Question mardi dernier à l?Assemblée nationale. Mosadeq Sahebdin prône aussi l?instauration d?un salaire minimum vital pour les travailleurs. «Il est urgent d?avoir recours à un ajustement salarial intermédiaire en attendant celui qui se fait à la fin de chaque année financière», relève pour sa part Jayen Chellum.
Et quid du problème récurrent de la valse des prix de lait ? Le gouvernement doit vulgariser la consommation du lait frais, répond Mosadeq Sahebdin. «Pourquoi ne pas construire un village laitier et recommencer l?élevage des vaches ?»
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