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Abrutir l?opinion
par Raj MEETARBHAN
Le pouvoir d?achat est la priorité numéro un de l?électeur. Ce n?est donc pas un hasard si les orateurs de l?opposition qui haranguent les foules en prévision du 1er Mai font de la vie chère leur thème favori. Partout, ils prêchent la révolte contre les augmentations de prix. Ils imitent en cela les travaillistes qui, dans l?opposition, utilisaient les mêmes méthodes, appliquaient une recette éprouvée.
Depuis que le MMM et le MSM ont entamé leur campagne de mobilisation, beaucoup d?orateurs à leurs réunions nocturnes appelées congrès politiques prennent le temps de lire des listes entières de prix de produits de consommation. Ils précisent, à chaque fois, le prix ?avant? et celui ?après?. L?effet sur l?auditoire est garanti. Le spectateur applaudit, croyant avoir enfin compris pourquoi son pouvoir d?achat est en baisse.
Pour l?électeur de base, les boucs émissaires sont tout trouvés : il s?agit des patrons du secteur privé et de leurs ?complices?, les dirigeants politiques. A la fin des réunions politiques, l?assistance est généralement convaincue que les orateurs qui sont en face d?elle sont ceux qui la sauveront. Vraiment, c?est le triomphe de l?émotion sur la raison.
Certes, la hausse spectaculaire du coût de la vie est une réalité. Le dernier bulletin du Bureau des statistiques le démontre de manière incontestable. L'inflation s'est accélérée à une vitesse record. L'indice des prix à la consommation a progressé de 10,5 % en un an, son plus fort taux de croissance depuis 17 ans. Toutefois, le moteur principal de cette accélération a été la progression des prix des denrées alimentaires et des produits pétroliers, ce qui signifie que l?inflation est essentiellement importée.
L?actuel gouvernement, avec un ministre du Commerce adepte de l?interventionnisme d?Etat, est particulièrement vulnérable aux arguments de l?opposition sur les hausses de prix. En imposant un contrôle sur le prix de divers produits, le ministre a accrédité l?idée qu?un dirigeant politique peut décréter la stabilité des prix. Par conséquent, quand il y a une augmentation, le consommateur est enclin à attribuer la faute au gouvernement même si la hausse est induite par des facteurs exogènes.
Il ne faut surtout pas compter sur les dirigeants des syndicats pour aider les salariés à trouver, avec les autres partenaires sociaux, les moyens de participer à l?effort national de redressement de l?économie. Hier, la Plate-forme syndicale a adressé un mémoire au ministre des Finances pour réclamer une augmentation salariale de Rs 800 pour compenser la perte du pouvoir d?achat. On peut se demander s?ils ont mesuré la conséquence d?une évolution des salaires excessive par rapport aux performances de l'économie ou de l'entreprise. Une indexation des salaires, sans contrepartie, fera des salariés des victimes d'une illusion monétaire. Ceux-ci gagneront davantage de roupies, mais leur pouvoir d?achat sera en baisse.
Décidément, il faut plus de pédagogie et moins de démagogie pour sensibiliser chacun à la vérité des prix et des salaires.
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