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Le général Pinochet ne laisse pas d?héritier politique au Chili

18 décembre 2006, 00:00

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La disparition du général Augusto Pinochet ?ferme un chapitre de l?histoire qui a divisé profondément les Chiliens?, estimait l?an- cien président socialiste Ricardo Lagos, au lendemain des funérailles de l?ancien dictateur. ?Dans une quinzaine de jours, on ne parlera plus de Pinochet au Chili, assure le politologue Oscar Godoy. Sa mort a fait beaucoup de bruit, mais les hommages qui lui ont été rendus sont le fait d?un groupe très minoritaire de nostalgiques.? Sa disparition est ?un soulagement, ajoute M. Godoy, surtout pour l?armée, qui a dû soutenir ces dernières années celui qui fut son commandant en chef pendant vingt-cinq ans?.

Les militaires avaient pris leurs distances à la suite des procès pour corruption et violations des droits de l?homme intentés contre Augusto Pinochet. En 2003, l?armée a reconnu sa responsabilité dans les crimes commis pendant la dictature (1973-1990) et fait son mea culpa.

Après son arrestation à Londres, en 1998, et les procès dont il faisait l?objet, le général Pinochet était devenu, estiment certains analystes, ?un cadavre politique?. ?Le caudillo ne laisse aucun héritier?, affirme l?historien Alfredo Jocelyn-Holt. Il a été abandonné par ses alliés de droite après la découverte de comptes bancaires secrets à l?étranger, mettant en cause la probité des militaires.

Ancien fonctionnaire de la dictature, Joaquin Lavin, chef de l?Union démocrate indépendante, a déclaré qu?il aurait voté ?non? au plébiscite de 1988, organisé pour maintenir le général au pouvoir, s?il avait eu connaissance des violations des droits de l?homme.

Entrepreneur milliardaire, Sebastian Piñera, de Rénovation nationale (RN), le candidat qui avait mis en ballottage la socialiste Michelle Bachelet au premier tour de l?élection présidentielle, se revendique, lui, d?une droite plus moderne et démocratique et surtout n?ayant rien à voir avec la dictature. Ces deux dirigeants n?ont pas assisté aux obsèques.

Les grands patrons aux obsèques

Du côté de la Concertation démocratique, la coalition gouvernementale regroupant socialistes, démocrates-chrétiens et radicaux, le politologue Patricio Navia considère que le centre-gauche pourrait perdre sa cohésion, bâtie sur le rejet de la figure d?Augusto Pinochet. D?autant que le gouvernement Bachelet est ébranlé par des affaires de corruption de fonctionnaires. Au lendemain de la mort du caudillo, la présidente de la démocratie chrétienne, Soledad Alvear, s?est cependant empressée de réaffirmer l?unité, en déclarant que la coalition avait su ?proposer un projet de pays?, au-delà du rejet de la dictature.

La disparition de l?ex-homme fort du Chili, qui n?a jamais été condamné dans son pays ni à l?étranger, n?a pas apaisé les familles des victimes de la dictature. Les défenseurs des droits de l?homme disent qu?ils continueront à se battre ?pour la vérité et la justice?. La présidente Bachelet a révélé mardi que le gouvernement étudiait un projet d?annulation de la loi d?amnistie imposée en 1978 pour protéger les militaires et leurs collaborateurs.

En matière économique, la page n?a pas été tournée. Les principaux chefs d?entreprise ont assisté aux obsèques de l?ancien dictateur. De façon unanime, ils ont salué la contribution du régime militaire à la mise en place d?un système économique ultralibéral, qui a permis au Chili d?être vu comme un modèle en Amérique latine. ?La modernité dont jouit aujourd?hui le Chili est la conséquence du gouvernement de Pinochet?, a résumé l?un d?eux. Sans remettre en question les fondements du ?miracle chilien?, Mme Bachelet a néanmoins axé son programme de gouvernement sur la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales.

Le Monde 2006 Distribué par The New York Times Syndicate

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