Publicité

Diabète : l?état révolutionne les soins

12 août 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?est un échec tragique. Frustrant et révoltant pour les médecins de l?état qui s?occupent d?environ 150 000 Mauriciens rongés par le diabète. Le nombre d?amputations, cécités, déficiences rénales et artères du c?ur bouchées à cause du diabète ne cesse de se multiplier. De même que les décès liés à cette maladie.

Les millions de roupies englouties dans les médicaments et les soins dispensés par l?état n?ont donné que des résultats catastrophiques.

Et cela dure depuis plus de 25 ans. Pour combien de temps encore ? Pas pour longtemps, affirment les conseillers spéciaux du Premier ministre en matière de Santé, les Drs Yuva Parathian et Vassen Pauvaday.

Ce dernier, qui a travaillé à la mise en place d?un plan révolutionnaire pour juguler le diabète en Grande-Bretagne, ne cache pas que la réalité mauricienne sur le diabète est catastrophique.«à voir la vitesse à laquelle le diabète se développe, à constater les complications, amputations, dialyses et décès liés au diabète, il est évident qu?on n?a pas obtenu les résultats escomptés avec les structures et la formule de soins utilisés jusqu?ici par l?état», affirme ce médecin qui assume les fonctions de principal medical officer au ministère de la Santé depuis six semaines seulement.

Le gouvernement mauricien ne réinventera pas la roue dans sa réaction contre l?échec national en termes de traitement et de prévention du diabète. L?Europe, particulièrement la Grande-Bretagne, a connu un problème identique dans le passé. Les Britanniques mettent en place en ce moment un plan ? le National Service Framework for Diabetes Care ? avec des objectifs bien précis et un succès considérable.

Ils entendent réduire d?un tiers les cas de cécités et de déficiences rénales causés par le diabète, de moitié les amputations des jambes ainsi que les mortalités liées au diabète.

Le professeur David Owens, qui est responsable de l?application de ce plan britannique au pays des Galles, arrive sous peu à Maurice.

Très peu de renseignements ont transpiré jusqu?ici du bureau du Premier ministre et du ministère de la Santé sur le plan mauricien.

L?état va «empower» les diabétiques

Mais il est d?ores et déjà connu que ce plan comprend la création d?un registre national des diabétiques. Tous les diabétiques du pays seront donc recensés dans ce registre qui donnera des indications sur leur diabète, les régions qu?ils habitent, les facilités de proximité dont ils disposent pour se faire contrôler et leur encadrement par les médecins, infirmiers, psychologues, podologues, et les facilités dont ils disposent pour des exercices physiques.

Le contrôle du taux de sucre dans le sang sera beaucoup plus régulier. Il se fait actuellement une fois tous les trois mois. Dans le nouveau plan, l?état vaempower les diabétiques. C?est-à-dire qu?ils seront armés pour effectuer eux-mêmes le contrôle de leur taux de glycémie sanguin afin de pouvoir ajuster leur consommation d?insuline par exemple et aussi de modifier leur alimentation et leurs exercices physiques.

Le test HbA1c qui donne en quelques minutes le taux de sucre d?un malade sur les deux mois précédents sera utilisé à grande échelle.

Ce type de test n?est que rarement utilisé dans les hôpitaux en ce moment (Voir hors texte).

Comme le diabète donne lieu à des complications au niveau des yeux, des reins et du c?ur, des centres de dépistage précoce de ces complications seront mis en place pour les diabétiques.

Les diabétiques bénéficieront aussi des structures pour des exercices physiques et ils bénéficieront de l?aide de psychologues et de podologues.

Ces derniers, spécialistes des affections du pied, sont des oiseaux rares en ce moment à Maurice. « Un podologue n?est pas un médecin et en Grande-Bretagne, ce sont des infirmiers qui sont formés en podologie. Nous ferons de même et nous aurons des cliniques spécialisées dans ce domaine», indique le Dr Vassen Pauvaday. Il prépare le livre blanc sur National Service Framework for Diabetes Care en ce moment. S?adressant aux membres d?une Ong qui ont pris en main leur destin de diabétique, il devait déclarer que le nouveau plan du gouvernement sera à la longue très économique, car avec la situation actuelle, le pays paie très cher, en termes d?argent et de vies humaines, la forte prévalence de diabète chez les Mauriciens.

L?expérience anglaise d?un diabétique mauricien

«C?est incroyable de voir à quel point on peut changer le comportement d?un malade à travers la sensibilisation.» Le Dr Pritiviraj Ramputty, qui soigne des diabétiques dans sa consultation privée d?une clinique de l?Est, n?en revient pas. Un de ses malades, qui a vécu quelques mois en Grande-Bretagne auprès de sa fille, est revenu au pays avec un comportement profondément modifié.

«Il est venu pour sa visite avec un tableau indiquant son taux de glycémie pendant les deux mois écoulés. Il effectue lui-même les tests sur son glucomètre. Je me demandais si j?avais en face de moi le même homme qui dans le passé ne se faisait ni contrôler, se soignait la plupart du temps lui-même en achetant des médicaments quand il ne se sentait pas bien, et qui ne voulait pas abandonner la cigarette.»

Le malade en question a en fait bénéficié des soins, de l?éducation et de la sensibilisation que la Grande-Bretagne offre à tous ses diabétiques. Le Dr Ramputty rêve du jour où tous les diabétiques du pays auront un même degré de conscience. Il a introduit auprès de ses malades de l?hôpital une «chart» sur laquelle ces derniers indiquent les résultats des tests de glycémie effectués régulièrement dans les dispensaires au moins deux fois par semaine.

Il voudrait que tous les malades soient conscients que médicaments, régimes et exercices sont nécessaires pour éviter que le diabète ne donne lieu à des amputations, des cécités, des problèmes cardiaques et des déficiences rénales .

Son rêve deviendra probablement une réalité avec la «National Service Framework for Diabetes Care».

Le diabète à l?épreuvedes tests HbA1c

«Le résultat du taux de glycémie que j?obtiens lors des tests effectués sur le diabétique à jeun est le résultat d?un jour seulement. Quand ce malade se fait contrôler une fois chaque trois mois, il devient difficile de savoir comment ce taux a évolué durant les deux à trois mois écoulés», nous confie un médecin s?occupant des diabétiques à l?hôpital de Rose-Belle. Il s?inquiète devant ces contrôles faits chaque trois mois car les malades ont tendance à négliger régimes et médicaments qu?ils reprennent que quelques jours avant les analyses et les visites de contrôle à l?hôpital.

La parade à ce type de comportement est le test HbA1c qui peut être effectué à partir d?un appareil que la firme Ducray Lenoir vend à Rs 20 000.

«Ces tests qui sont rarement faits dans les hôpitaux, nous donnent une indication du taux de sucre que le malade a eu dans le sang pendant les deux mois précédents le test. On peut ainsi avoir une bonne idée des effets des médicaments, du régime et des exercices prescrits. On peut aussi savoir si le malade suit sa thérapie ou non. Ce type de test est d?une importance capitale dans le contexte mauricien», explique le médecin.

Dans le contexte du «National Service Framework for Diabetes Care», l?utilisation de ce test sur une grande échelle est prévue dans les cliniques mais aussi les hôpitaux.

Publicité