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Fortes chaleurs
On a révélé récemment que les avocats anglais avaient obtenu la permission d?ôter leur perruque en période de canicule, ce qui est le cas actuellement, mais cela ne nous dit pas de quoi les accusés, qui suent tout autant, auront le droit de se dépouiller, quittes à prendre le risque de dévoiler au grand jour la vérité toute nue.
Cette décision, qui n?a certainement pas été prise à froid, va causer de profonds remous à travers toute la basoche, affectant les ténors du barreau aussi bien que les avocaillons, les avoués désavoués, et les fils d?Albion friands de cuisine exotique au point de se changer en mullig-attorneys-at-law et je ne serais pas surpris que cette ablation des tifs soit un prélude à une épilation intégrale.
On aurait pensé que les Britanniques, qui n?ont pas la réputation d?être de chauds lapins, auraient accueilli cette vague de chaleur avec un certain degré d?enthousiasme, la nature venant au secours d?une frigidité qui est, dit-on, tristement localisée. Eh bien non ! Ce peuple, élevé à la dure et qui a appris à danser le roc à Gibraltar a supporté ce don du ciel avec la même résignation qu?un fakir recevant de ses ouailles l?obole d?un matelas pneumatique ne valant pas un clou.
Cette réaction stoïque de tout un peuple avait suscité l?admiration universelle jusqu?à ce que, à la surprise générale, une simple bouffée de moiteur vienne incommoder les gens de robe au point de les pousser à un strip-tease du ciboulot. C?est, pensent certains, parce qu?ils sont plus fragiles au-dessus du nose que les plaideurs d?autres nations. En effet, ceux-là ne sont dotés que de deux tempes, la gauche et la droite, alors que les Anglais ont en plus le Middle Temple, situé juste sous le front, ce qui les rend plus vulnérables aux caprices du temps.
Le rejet de la perruque a des incidences funestes sur d?autres corps de métiers. Désemparés, les fabricants de moumoutes sont à crin et les spécialistes du frisottis cervical, bouclé aux papillotes, font des invocations à Absalon de coiffure, à Jason qui conquit la toison et à Saint Tignasse afin de sauver leur gagne-pain.
Et que dire des malheureux prévenus qui avaient choisi un avocat au poil et qui se retrouvent brusquement devant un défenseur chauve comme une bille de snooker, la rose de surcroît ? Devant cet étalage de crânes, les juges perdent leur latin, la magistrature assise reste debout, les huissiers bossent à huis clos et nul ne sait où donner de la calvitie. Il y a de quoi déchirer sa toga, virilis ou pas, car cet enlèvement de perruques n?aura pas causé de choc équivalent depuis celui des Sabines.
J?aurais volontiers alerté le Conseil des avocats de London mais si le pub ne leur est pas interdit, par contre la pub l?est par souci de discrétion et c?est pourquoi je n?ai pas pu savoir dans quel Bar le Council se réunit.
Pour terminer, un ami frigoriste à qui je demandais son sentiment sur la question m?a dit, plein de bon sens : ? Je ne m?explique pas comment un pays qui a produit et exporté des climatiseurs dans le monde entier, n?a pas songé à en mettre quelques-uns dans les tribunaux afin d?aider ses avocats à garder la tête froide.?
Mari cool, isn?t it ?
VOLCY
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