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Mettre fin à la disparition des villages à Maore

25 mai 2006, 00:00

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Depuis trois décennies, la société mahoraise connaît de vifs remous. Les structures économiques et sociales de Mayotte subissent de profondes mutations. L’aire urbaine de Mamoudzou, pôle administratif, centre les personnes ainsi que l’appareil économique de l’île, et domine l’ensemble de l’archipel qui devient ainsi sa “banlieue”. Les villages n’ont aucune emprise sur leur espace. De quartiers nouveaux se développent en “cités champignons”.

Certains se restructurent dans le cadre des Résorptions de l’habitat insalubre. D’autres voient le jour sur des structures qui jusqu’alors étaient inconnues à Mayotte. L’urbanisation bouleverse les traditions, les mœurs, les vies...

Pourtant Mayotte n’a pas toujours été l’île de l’anarchie urbaine. Elle a, à une époque, rivalisé d’une architecture urbaine remarquable qui, dans les îles voisines notamment à Anjouan, offre toutes ses splendeurs à Domoni et Mutsamudu. Ces espaces étaient avant tout des espaces de socialisation qui correspondaient aux structures socio-économiques de l’époque.

A Tsingoni, une capitale rayonnante entre le XVe et XVIIIe siècle, les vestiges des anciennes murailles de la cité sont encore visibles sur la ville arabe avec sa mosquée construite en 1441 ; elle est la plus vieille mosquée de l’île encore en activité. Tsingoni offrait non seulement un dynamisme culturel mais surtout une économie qui profitait à toute l’île de Mayotte. A la fin du XVIIIe siècle, Tsingoni a été détruite par les razzias malgaches.

Cette ancienne capitale n’est aujourd’hui que l’ombre d’elle-même. Pire, elle se retrouve en cul de sac sur un espace polarisé par Mamoudzou. Et Combani, l’ancienne cité agricole, la cité de l’esclavage et du travail forcé, a détrôné l’ancienne bourgeoise. Le rayonnement culturel de Tsingoni à l’époque classique à pu profiter à d’autres villages. La mosquée de Dwomeli à Sada a été construite à l’issue d’une dispute de communautés religieuses.

Les Sadois ne voulant plus se rendre à Tsingoni ont construit leur mosquée de vendredi à Dwomeli. Depuis, Sada n’a cessé de se doter d’une forte identité religieuse qui a jusqu’ici été interprétée par des esprits malicieux comme de l’intégrisme. D’autres villages à cette même époque ont voulu aussi s’émanciper, à l’instar de Chiconi, qui s’est fait construire une belle mosquée à Ourini. Cette mosquée est encore debout, témoin d’une époque classique (XVe- XVIIe) où le rayonnement culturel marquait toute la zone du centre de Mayotte.

La mémoire collective des villages raconte des cités dynamiques, animées par des volontés collectives, villageoises, sans doute insufflées par de fortes personnalités de l’époque. Ces personnalités sont vénérées dans beaucoup de manifestations religieuses. A cette période, le peuplement s’organisait dans le cadre de la cellule villageoise. La vie sociale se structurait autour de la mosquée avec son point d’eau et la place des fêtes. Une organisation héritée des Bantous et des Shiraziens.

Néanmoins, ce modèle est désormais remis en question par le développement que connaît Mayotte depuis trois décennies. On constate aujourd’hui l’avènement de cités sans âme. Une ville, un village, un bourg, doit avoir un cœur qui ailleurs dans d’autres contrées peut correspondre au centre. Le centre, là où l’on retrouve la citadelle, le vieux clocher ou la médina. A Mayotte, ces espaces ne sont plus reconnaissables, le développement a eu raison d’eux.

Plusieurs facteurs expliquent ce déclin. La succession de mesures de plus en plus aléatoires qui ont rendu l’armature urbaine mahoraise illisible. Un collège par-ci, un lycée par-là, des maisons de jeunes disséminées un peu partout ont perturbé la structure existante. Ces aménagements n’ont jamais pu s’insérer dans une trame de développement spatial impliquant les dynamiques existantes.

Les politiques conduites pendant longtemps dans une relative insouciance des populations sans réelle volonté de bien faire, ont anéanti les efforts consentis auparavant. C’est le cas encore aujourd’hui de nombre d’aménagements.

<B>Disposer d’un territoire efficacement</B>

Les maternités régionales illustrent bien cette frénésie. La maternité de Mramadoudou a plus freiné le dynamisme de Bandrelé ou de Chirongui qu’elle n’a créé d’activités dans ce petit village. La future maternité de Kahani va encore enfoncer Chiconi, Ouangani, Tsingoni et Sada, qui tombent petit à petit dans l’inertie.

Il faut rappeler que quelques années plus tôt, les autorités avaient consenti d’importants efforts pour disposer des établissements de santé dans ces villages, qui se justifiaient par leur démographie conséquente. Ce sont les fondements même de plusieurs décennies d’aménagement du territoire qui s’effondrent. Les dynamismes de certains villages s’éteignent. Les décideurs doivent savoir qu’il n’est pas seulement question de disposer un territoire, mais d’en disposer efficacement.

Si, en effet, l’aménagement du territoire se définit comme l’art, à la fois de disposer justement un territoire et d’en disposer efficacement, retrouvant en cela la dialectique efficacité-équité qui fonde toute politique économique, cela ne saurait se faire sans un minimum de représentation conceptuelle de ce territoire.

Pourtant, ce n’est pas seulement les aménagements ou le non-aménagement qui empêchent certaines régions de se développer. Certaines stratégies commerciales ne permettent pas à divers coins de Mayotte de se structurer. L’exemple flagrant de ce constat est la politique de certains grands magasins d’alimentation et de produits d’usage courant.

Ces magasins se sont installés sur la zone de Mamoudzou pour répondre à la demande urbaine. Mais ils ont développé un réseau commercial tentaculaire à travers toute l’île avec leurs camions de marchandises, qui anéantissent toute forme d’organisation commerciale capable d’animer une zone.

A ces conditions, les élus de ces régions ne répondent pas par des mesures économiques. Ils se disent impuissants. Certaines municipalités, du fait de leur jeunesse, ne maîtrisent pas l’appareillage administratif nécessaire pour ceux qui veulent s’octroyer la manne financière dormante des instances nationales et maintenant supranationales comme l’Europe.

Enfin, comment terminer cette analyse sans évoquer les expériences qui ont porté leurs fruits, même si elles restent limitées. Le quartier M’gombani (à Mamoudzou, NdlR) avait retenu les expériences passées en matière d’aménagement. Mais le suivi qui a manqué à cette entreprise a annulé les efforts consentis.

Le collège de M’gombani, même s’il constitue en son état une prouesse architecturale, car construit en dessous du niveau de la mer sans aucune protection, démontre que des établissements de ce genre peuvent avoir leur place dans une armature urbaine existante. Mais bien sûr, ils doivent être accompagnés d’un projet socio-économique qui lui assure pérennité et viabilité. Ce qui n’a visiblement pas été le cas dans ce quartier.

Il n’existe aucune recette miracle et formule toute faite. Aucun espace n’est immuable. Mais la perte d’identité de certains espaces mahorais pose des questions que les aménageurs et les décideurs doivent prendre en compte. Le développement doit être un projet commun.

<B>Saïd Hachim </B> <I>Kashkazi</I>

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