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Jane, séropositive et battante

25 mai 2006, 00:00

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Jane Mwirumubi, 48 ans, est séropositive et le dit ouvertement. Par cette prise de parole, cette Ougandaise souhaite rappeler aux personnes vivant avec le VIH/sida qu?elles peuvent parfois elles-mêmes entraîner leur propre mise au ban de la société.

Car tout en étant consciente qu?il existe une discrimination envers les séropositifs, elle estime que, souvent, cette stigmatisation découle de leurs comportements. ?Autrefois, en Ouganda, les employeurs renvoyaient leurs employés séropositifs en prétextant leur improductivité. Mais nos plaidoyers ont porté leurs fruits et cette pratique n?a plus cours. Pour empêcher que l?on soit discriminatoire envers les personnes vivant avec le VIH/sida, elles doivent aussi y mettre du leur. Par exemple, elles ne doivent pas s?attendre à travailler moins en raison de leur maladie. Ce type de comportement entraînera forcément des réactions négatives de la part des autres employés. Les séropositifs n?ont pas de contrôle sur la perception des autres à leur égard. Ils doivent donc se comporter en personnes responsables et agir au mieux de leurs aptitudes et possibilités. It?s a two-way traffic? ?

Plus de poids aux plaidoyers

Jane, prenant son mal en main, ne se laisse pas abattre. Cet appel à la responsabilisation des séropositifs en est un exemple. Elle est très active dans la lutte contre le sida, membre du conseil d?administration de l?Eastern Africa National Networks of Aids Service Organizations et comptable au sein d?une organisation non gouvernementale ougandaise militant contre le sida. Elle espère que le fait de témoigner ouvertement donne plus de poids aux plaidoyers du réseau.

Pourtant, Jane revient de loin. En 1999, le VIH/sida fait d?elle une loque. Elle a perdu tellement de poids qu?elle n?arrive plus à se mouvoir. Emotionnellement, elle n?est toujours pas remise du vide laissé par la disparition, deux ans auparavant, de son fils, Daniel, âgé de huit ans. Sans le savoir, à sa conception, elle lui a transmis le virus.

Ajouté à cela, au temps fort de la maladie de son garçon, elle est larguée par son mari. Ce dernier, un financier évoluant dans de hautes sphères, refuse d?être publiquement associé au virus mortel.

Alors que Jane est à l?article de la mort, ses parents réussissent à lui payer le traitement. Elle remonte lentement la pente et se joint à une association de personnes vivant avec le VIH/sida. C?est la révélation.

?Je n?arrêtais pas de culpabiliser en pensant que j?avais tué Daniel. En rejoignant l?association, j?ai pris conscience de ne pas être la seule infectée. J?ai vu que ces séropositifs avaient repris le cours de leur vie sans états d?âme. J?ai alors réalisé que je devais en faire autant.?

C?est là qu?elle commence à militer au sein de plusieurs associations anti-sida et à témoigner ouvertement. En Ouganda, la discrimination envers les séropositifs est surtout une question de statut social à préserver, pas une question de genre. À tel point que les autorités permettent aux centres de dépistage de fonctionner jusqu?à tard dans la nuit pour que les personnalités se fassent tester dans le plus grand secret?

RÉUNION D?ONG D?AFRIQUE DE L?EST

Partage d?expériences pour maintenir le VIH/sida sous contrôle

■ Plusieurs défis doivent être relevés par les pays de l?Afrique de l?Est durant les trois prochaines années pour contrecarrer l?avancée du VIH/sida. Pour Maurice, l?enjeu est notamment de réduire la stigmatisation et la discrimination à l?égard des personnes vivant avec le virus, notamment les femmes.

C?est ce qui est ressorti de la 6e réunion de l?Eastern Africa National Networks of Aids Service Organizations (EANNASO) qui regroupe les principales organisations non-gouvernementales (ONG) des pays de l?Afrique de l?Est luttant contre cette épidémie.

Les représentants d?ONG d?Afrique de l?Est, dont les Seychelles et Maurice, ont constitué un réseau, en 2002 pour partager leurs vécus et plaider d?une seule voix à leurs gouvernements, sociétés civiles et bailleurs de fonds.

Plusieurs défis attendent l?EANNASO les trois prochaines années. Le premier, comme l?expliquent Allan Ragi et Lucy Nganga, respectivement président et directeur exécutif de ce réseau, est un renforcement des capacités pour éviter que les mauvaises expériences des uns n?arrivent aux autres. ?Nous devons tout faire pour maintenir bas le nombre de séropositifs?.

L?autre défi, c?est de fournir gratuitement des traitements à tous les malades du VIH/sida. C?est le cas à Maurice mais la situation est différente dans les pays de l?EANNASO. ?Il y a trois ans, au Kenya, seules 7000 personnes étaient gratuitement traitées contre 70 000 actuellement. Nous militerons pour que la totalité des 2.5 millions de séropositifs y accède.?

L?autre challenge est la réduction de la stigmatisation et de la discrimination envers les séropositifs, en particulier les femmes et les jeunes filles. Dans certains pays africains, la tradition veut qu?à la mort d?un homme, son frère hérite de sa femme et de ses biens. ?Mais s?il apprend que sa belle-s?ur est séropositive, il accapare souvent les biens et la met à la porte?.

À Maurice, la discrimination frappe tout autant et surtout les femmes. Pour preuve, la séropositive Malini qui, rejetée par son entourage, est morte dans une institution. Prévention, information et lutte contre le sida (Pils), présidé par Dhiren Moher, ne veut plus de cela. Les Mauriciennes séropositives doivent pouvoir dévoiler leur statut, si elles le désirent, sans subir l?ostracisme. Pour aider Pils dans cette lutte en faveur des droits humains, l?exécutif d?EANNASO accompagnera Dhiren Moher à une rencontre, aujourd?hui avec Rama Valayden, Attorney General et ministre des Droits de l?Homme. L?EANNASO doit aussi faire en sorte que les populations des pays qu?il regroupe continuent à se protéger tout en ayant accès aux informations sur les nouvelles technologies.

Le cas de Maurice, où la contamination se fait surtout par usage de drogue par voie intraveineuse, peut servir d?exemple aux pays de l?EANNASO. Notamment au Kenya, où il y a beaucoup de toxicomanes, mais où le problème est ignoré. ?Du fait que les drogués sont traqués, les organisations ont du mal à les approcher et les chiffres officiels ne reflètent pas la réalité. À Maurice, vous en parlez ouvertement. Nous devons apprendre de vous à ce niveau.?

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