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Clearstream et l’image de la France

25 mai 2006, 00:00

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IL faut avoir le bel optimisme de Jacques Chirac pour penser que l’image et le rôle de la France n’ont, “dans tous les cas”, pas été affectés par l’affaire Clearstream. Leurs partenaires, notamment en Europe, restent discrets, mais ils n’en pensent pas moins. Ils regardent avec perplexité les rebondissements d’un feuilleton dont ils informent leurs autorités, même à l’autre bout de la planète, tout en reconnaissant qu’ils n’y comprennent pas grand-chose. Les médias publient des synthèses de la presse française, accommodées de quelques commentaires goguenards : “Qu’espère donc un président ayant perdu toute prise sur le réel ? Un président que tout le monde raille, y compris les siens. Qui fait perdre à son pays tout le crédit qui lui restait”, écrit La Tribune de Genève, qui ne passe pas pour un journal à sensation.

Ce sont exactement les questions que se posent les étrangers. Tel ambassadeur en poste à Paris est étonné des confidences faites spontanément par des députés de la majorité, qui ne s’embarrassent pas de litotes pour critiquer le chef de l’État. Tel autre regrette que les ministres soient plus occupés à compter les coups au sein du gouvernement qu’à recevoir les visiteurs extérieurs. L’image de la France et de sa classe dirigeante, assimilée à une élite qui se coopte dans la haute administration, souffre sans doute plus que son action. Car la machine diplomatique continue à fonctionner. Elle traite les grands dossiers, s’investit dans la tentative de règlement négocié de la crise du nucléaire iranien, cherche les moyens de subvenir aux besoins des Palestiniens sans pour autant financer le Hamas...

Le vrai changement date en effet de l’échec du référendum et non du scandale Clearstream. C’est depuis un an que la France a perdu sa capacité d’entraînement. Les responsables européens le disent–entre les lignes. Le premier ministre luxembourgeois parle de “dirigeants virtuels qui n’arrivent pas à se rencontrer”. Et Jean-Claude Junker regrette que la chancelière allemande se retrouve bien seule : “Avec quel chef de quel grand pays pourrait-elle aujourd’hui tirer le char de la Constitution ?”, déclare-t-il au journal de Munich Süddeutsche Zeitung, où il vante la coopération franco-allemande... du passé.

Oh, sans doute, le président de la République recevra-t-il un accueil triomphal lors de son voyage au Brésil et au Chili. Ses discours aux accents altermondialistes lui vaudront les mêmes acclamations que celles reçues en Algérie, en mars 2003, pour son refus de la guerre en Irak. La renommée de la France paraissait alors à son zénith. Dominique de Villepin venait de se faire applaudir au Conseil de sécurité des Nations unies. Mais la politique n’a pas suivi la rhétorique. Avoir eu raison trop tôt n’a pas plus aidé la France que de s’acoquiner avec la Russie (et l’Allemagne) pour s’opposer à la stratégie américaine. Faute d’avoir été efficace, elle partage avec la Grande-Bretagne, qui avait choisi la voie opposée du suivisme, la responsabilité d’un échec européen. Le succès du printemps 2003 était en trompe-l’oeil.

<B>© Le Monde 2006

Distribué par The New York Times Syndicate</B>

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