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L?île hors taxes bute contre la sauvegarde des acquis

25 mai 2006, 00:00

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Est-ce la bataille des anciens contres les nouveaux ? Est-ce une bataille d?arrière-garde entre ceux qui veulent protéger leurs acquis contre ceux qui veulent un nouveau modèle économique ? Tel est le sentiment qui s?est dégagé d?un atelier de travail sur la libéralisation du commerce organisé hier par la Chambre de commerce et d?industrie (CCI) et l?Association of Mauritian Manufacturers.

L?ouverture de l?économie, une des priorités du gouvernement et du ministre des Finances, Rama Sithanen, commence à prendre des contours plus précis. Une des composantes essentielles du concept est de faire de Maurice une île hors taxes, a déclaré hier le secrétaire financier désigné, Ali Mansoor. Pour lui, plus on va vite dans le processus d?abolition des droits de douane, plus le pays sera en meilleure position pour contrer la concurrence et attirer les investissements.

Les réserves, pour ne pas dire la résistance, des producteurs locaux sont fortes. D?ailleurs, l?atelier de travail organisé hier sur le thème de la libéralisation du commerce a été grandement motivé par les appréhensions du secteur privé sur les intentions du gouvernement à l?approche du budget 2006-2007.

La crainte réelle est une accélération volontariste de l?abolition des droits de douane dans le cadre du concept de duty free island initié par le précèdent gouvernement lors de son dernier budget. Les producteurs locaux se disent du bout des lèvres en faveur de l?ouverture, mais réclament en contrepartie des mesures d?accompagnement pour survivre.

Réformes profondes et audacieuses

A cela, Ali Mansoor rétorque qu?il ne s?agit pas pour le secteur privé de se placer dans une logique d?opposition mais dans un dialogue constructif pour faire aboutir le projet. ?Ne me dites pas qu?on ne peut pas le faire mais dites-moi ce que nous pouvons faire pour vous aider à faire cette transition. Apportez-moi votre shopping list?, a dit Ali Mansoor au parterre d?industriels réunis. Pour lui, qui relayait la pensée du ministre des Finances, l?abolition des droits de douane découle davantage d?une volonté de placer Maurice comme un pays avant-gardiste qui saura récolter les fruits d?un statut de pays ouvert au commerce international. L?objectif de l?abolition des droits de douane n?est pas de créer des boutiques hors taxes mais plutôt de placer Maurice dans la ligue des pays comme Singapour, Hong Kong et Dubayy, qui sont à forts revenus, tandis que le pays est actuellement dans la ligue des pays en développement.

Par ailleurs, il s?agit aussi pour le pays de capitaliser sur un processus d?abaissement tarifaire qui est inéluctable de par nos engagements au niveau régional et international décrit par Mahmood Cheeroo, secrétaire général de la CCI, plutôt que de subir le processus. ?Nous devons démontrer à nos interlocuteurs et bailleurs de fonds internationaux que nous sommes résolument engagés dans des reformes profondes et audacieuses. Plus audacieuses seront ces reformes, plus nous attirerons l?intérêt de ces partenaires internationaux?, déclare Ali Mansoor.

?Pensez-vous qu?on peut être à demi enceinte ? (?) C?est un concept très étrange de dire que certaines entreprises ne pourront jamais être compétitives et qu?on devra les protéger.?

De plus, il est persuadé que c?est la voie pour atteindre une courbe supérieure de croissance. ?Tous les pays qui ont pratiqué la libéralisation, à l?instar de la Nouvelle-Zélande, sont devenus plus riches?, assène Ali Mansoor. Et quand, dans l?assistance, on lui dit que des pays comme le Malawi ont mal vécu cette ouverture, il rétorque que c?est parce que cette ouverture était partielle.

?On ne peut pas être un petit peu enceinte. Soit on l?est, soit on ne l?est pas. Soit on est un pays ouvert, soit on ne l?est pas. Les pays qui n?ont pas réussi sont des pays qui ont essayé d?être ouverts tout en gardant un minimum de protection. Cela n?a pas marché?, ajoute Ali Mansoor, très en verve.

Graphiques à l?appui, le secrétaire financier désigné a démontré que les industries non zone franche qui sont protégées par les barrières tarifaires ont un taux de productivité nettement inférieur à celui de l?économie nationale. Pour lui, le principal argument contre les protections tarifaires, entre autres, est qu?elles représentent une surcharge pour le reste de l?économie et une entrave à la compétitivité des autres secteurs, notamment ceux de l?exportation. A Maurice, on a toujours eu tendance à créer des régimes spéciaux pour protéger certains secteurs au lieu de régler les vrais problèmes. La restructuration en cours dans l?industrie textile-habillement, notamment avec le TEST et Enterprise Mauritius, est la preuve qu?on peut faire autrement.

Pour Ali Mansoor, le secteur privé ferait mieux d?utiliser son énergie pour se réformer au lieu de se battre pour le statu quo. Gilbert Espitalier-Noël, directeur des opérations chez Food and Allied, un des grands patrons de l?industrie locale, déclare ne pas être opposé à la libéralisation et ajoute ne pas vouloir défendre les entreprises qui n?ont rien fait pour se moderniser et s?adapter. Il souligne toutefois qu?il faut créer d?abord les conditions dans lesquelles les entreprises produisant pour le marché local pourront s?adapter à une ouverture totale du marché intérieur.

Il cite en exemple le fait que de nombreuses entreprises exportent déjà vers la région et que plusieurs autres sont prêtes à tenter l?aventure. Toutefois, dit-il, ce n?est pas juste qu?il y ait une différence de traitement entre les entreprises domestiques et les entreprises d?exportation. Les lois du travail ne sont pas les mêmes et les tarifs pour les services publics ne sont pas identiques non plus. L?intervenant explique aussi que l?ouverture du marché local nécessite les moyens légaux et institutionnels pour lutter contre le dumping. Or, cette revendication est à l?agenda depuis des années mais rien n?a été fait jusqu?à présent. ?Nous ne voulons pas être perçus comme ceux qui s?opposent à la libéralisation. Mais nous disons simplement qu?il faut d?abord créer les conditions pour permettre aux entreprises locales de survivre. Le gouvernement veut aller vite avec la libéralisation. Qu?il aille aussi vite pour nous donner les moyens de faire face à l?abolition des droits de douane?, plaide Gilbert Espitalier-Noël.

Libéralisation protégée

Il reconnaît que des efforts ont été faits pour amener les secteurs zone franche et non zone franche sur le même pied d?égalité, notamment en matière de traitement fiscal. ?Mais il y a encore beaucoup à faire. Voyons si le prochain budget envoie le bon signal.? Pour le secteur privé, l?abolition des droits de douane doit s?accompagner de mesures de protection temporaires.

La position du secteur privé tel qu?exprimée par Gilbert Espitalier- Noël est qu?il faudrait protéger une liste de produits hypersensibles comprenant une vingtaine d?articles qui représenteraient 10 % de la nomenclature douanière. Le concept de duty free island ne serait pas incompatible avec un degré de protection. La libéralisation totale des produits non fabriqués à Maurice représenterait 90 % des produits importés, il n?y aurait donc nul besoin de choisir une option de libéralisation totale. Il prône donc une libéralisation avec un certain degré de protection.

A cela, Ali Mansoor répond en reprenant la même image : ?Pensez-vous qu?on peut être à demi enceinte ? Pensez-vous qu?on peut concurrencer Singapour, Hong Kong et Dubayy tout en protégeant des pans de notre industrie locale ? C?est un concept très étrange de dire que certaines entreprises ne pourront jamais être compétitives et qu?on devra les protéger. Il est futile de protéger des entreprises qui n?ont aucune justification économique.? Après les tripartites, un autre dialogue de sourds semble être engagé.

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