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“Il y a encore des progrès à faire au niveau de la méritocratie dans le privé”`
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“Il y a encore des progrès à faire au niveau de la méritocratie dans le privé”`
● <B>Le ministre des Finances, Rama Sithanen, a lancé un appel au secteur privé pour plus de transparence et de méritocratie. Comment est-ce le JEC réagit-il à ce message ?</B>
Je pense qu’il est très important que les entreprises privées développent une culture de transparence et de bonne gouvernance aux standards internationaux. Dans ce sens, je suis d’accord avec le ministre.
Néanmoins, je constate que le ministre ne se rend pas compte à quel point les grosses sociétés ont fait d’énorme progrès dans ce domaine. Il suffit de regarder les derniers rapports annuels publiés. Il y a aujourd’hui beaucoup d’information sur leur fonctionnement, leur performance financière, les rémunérations des dirigeants de même que sur les transactions avec des sociétés apparentées (related parties). Ces choses-là n’existaient pas il y a quelques années. Il faudrait que les autorités reconnaissent ces progrès.
Toujours est-il qu’on peut toujours aller plus loin. Il y encore des progrès à faire au niveau de la méritocratie dans le privé. Mais on voit que des groupes importants lancent des appels de candidature et mettent en place des procédures de recrutement très scientifiques et transparentes. Je pense que nous sommes sur la bonne voie.
● <B>Les choses ne sont pas aussi claires au niveau de la direction des grosses boîtes…</B>
C’est vrai qu’au niveau des conseils d’administration et du top management des grosses entreprises, l’on constate une certaine homogénéité. C’est certainement un sujet que nous souhaitons voir évoluer. J’accepte volontiers les encouragements du ministre Rama Sithanen à progresser. Mais je voudrais quand même attirer l’attention sur la situation de certaines entreprises publiques qui est financièrement déplorable. Beaucoup de ces organismes ne sont absolument pas transparents dans leur recrutement et leurs politiques de développement de carrière.
Comme le disait le ministre, nous sommes tous dans le même bateau. Le secteur privé et le secteur public doivent travailler ensemble. Chacun de son côté doit nettoyer devant sa porte et s’adapter aux règles les plus exigeantes de bonne gouvernance.
● <B> Que prévoit le JEC pour faciliter cette adhésion aux bonnes pratiques au sein du monde des affaires ?</B>
C’est un processus continu qui a abouti au code de bonne gouvernance qui a été produit sous la présidence de Tim Taylor. Il y a eu beaucoup de recommandations qui ont été formulées par le JEC et diffusées à tous ses membres.
Le JEC a produit, il y a quelques années, un code de conduite à l'intention des directeurs et des employés des sociétés. Les adhérents au JEC ne sont pas les entreprises, mais les organismes représentatifs des différents secteurs. C’est à eux de développer un contact personnel et étroit avec chacun de leurs membres pour s’assurer que ces règles sont en place.
● Comment percevez-vous cet appel du gouvernement aux gros conglomérats surtout pour qu’ils sous-traitent plus de business avec des opérateurs tierces ?</B>
Le modèle d'outsourcing tel que suggéré par le ministre des Finances est une excellente idée. C’est vrai qu’au cours des trente dernières années, on a plutôt observé une situation où les conglomérats rachetaient des petites entreprises afin de couvrir un plus large spectre possible de l’économie à la fois verticalement et horizontalement.
Ce mouvement était probablement rendu nécessaire par la taille du marché. Les sociétés avaient du mal à survivre avec un petit nombre de lignes de produits. Aujourd’hui, nous observons un phénomène plutôt inverse. Une entreprise cherche à se recentrer sur son business essentiel. De ce fait, elles se séparent de certaines de leurs filiales, jugées non critiques.
C’est là où l’on peut trouver des perspectives de cette idée d’outsourcing. à titre d’exemple, un gros groupe vend une filiale mais continue à travailler avec celle-ci mais dans une relation client-fournisseur. Si le business est racheté par un petit opérateur, cela représente une opportunité pour développer une entreprise et du coup de renforcer le secteur des petites et moyennes entreprises (PME) à Maurice.
La sous-traitance peut représenter une source de compétition nouvelle entre les PME dans la mesure où elles se mettraient en compétition pour vendre leurs prestations aux groupes intéressés.
L’outsourcing est tout à fait dans la mentalité du jour et les grands groupes commencent déjà à intégrer cette idée. Il y a certes des progrès à faire dans la compétition et aussi pour que ces grandes entreprises augmentent le nombre de leurs fournisseurs.
● Il y a aussi de gros groupes qui sous-traitent seulement avec des prestataires avec qui ils ont des affinités…</B>
L'outsourcing est un problème assez nouveau dans la psychologie des chefs d’entreprise à Maurice. Mais je sais aussi que certains boardrooms discutent plus franchement aujourd’hui la justification de confier un contrat à des sociétés avec lesquelles ils ont des liens de capital ou de conseil d’administration. Si on suit à la lettre les règles de la transparence, il n’est pas question aujourd’hui de donner une affaire avec une compagnie qui a des liens de capital ou d’actionnaire sans que le comité de bonne gouvernance du conseil d’administration ait examiné la question.
C’est un problème qui se pose un peu partout dans le secteur privé et évidemment dans le secteur public.
Le JEC demande plus de clarté dans le cadre de régulation des affaires. Quels sont les changements que vous souhaitez voir aboutir ?
Cela tourne autour des permis et des autorisations d’opérer qu’on doit demander aux autorités. Il y a aujourd’hui très peu de clarté sur les raisons pour lesquelles une approbation est donnée ou refusée. Même si les services qui doivent accorder les permis font leur travail convenablement, l’impossibilité de savoir pourquoi une licence a été refusée, ouvre la voie à des soupçons.
Dans l’attribution des terres de l’état, il est évident qu’il y a un besoin urgent de transparence totale pour que le public sache à qui on donne les terres et quelles en sont les raisons.
Nous souhaitons sortir d’un système de contrôle a priori pour entrer dans un cadre de liberté d’opération très large pour donner la voie libre à toutes les initiatives. Il faut en même temps avoir des organismes de surveillance pour vérifier périodiquement si les règles de la concurrence sont respectées. Il faut veiller qu’il n’y ait pas de dumping ou de cartels qui nuisent aux intérêts des consommateurs.
Il faut évoluer à partir d’un système où tout est contrôlé avant le démarrage d’un business avec une multitude de permis et de certificats à une situation où les vérifications se font après. Avec l’état qui joue le rôle de garant pour empêcher des dérives.
● <B> Le prochain Budget promet des grandes manœuvres de réforme. Pensez-vous que le ministre des Finances serait en mesure d’honorer ses engagements de restructuration ?</B>
Quand on entend le ministre, on se dit qu’il va être obligé de faire de gros efforts dans le sens des réformes. Il a été tellement énergique dans ses discours que je ne vois pas comment il pourrait reculer.
J’espère en tout cas qu’il aille jusqu’au bout de ses intentions. S’il parle des réformes qu’il n’arrive pas à concrétiser, c’est presque pire que de n’avoir rien annoncé.
Je pense aussi que les résistances au changement sont fortes. Le secteur privé peut lui aussi faire montre de certaines réticences parce que pendant des années, il a été habitué à bénéficier des protections et des subventions. Je crois que les résistances les plus fortes viendront de la bureaucratie de l’état et de tous ces organismes qui sont financés par l’impôt et dont la performance est parfois lamentable.
En ce qui concerne les réformes dans les lois du travail, c’est dommage que les syndicalistes n’arrivent pas à comprendre que les changements proposés sont au bout du compte à l’avantage des salariés. Si on arrive à faire participer les syndicalistes dans les débats sur l’économie et la gestion des entreprises, on pourrait progresser grâce à une meilleure compréhension des uns et des autres. Cela serait nettement mieux à une confrontation perpétuelle.
● <B>Le monde des affaires apprécie-t-il à sa juste valeur le coût social de ces ajustements?</B>
Je crois qu’il y a un travail d’explication à entreprendre. C’est une tâche difficile mais qu’il faut absolument faire. Il y a très peu de pays au monde qui légifère pour que les salaires soit alignés sur l’inflation. Aligner les salaires sur l’inflation veut dire augmenter les salaires qui alimentent à leur tour les pressions inflationnistes. C’est un cercle vicieux sans fin.
Il est beaucoup mieux d’ajuster les salaires en fonction de la performance des entreprises et des secteurs économiques. De cette manière, on va attirer les gens dans les secteurs qui marchent et donner du temps aux secteurs qui ne marchent pas soit pour disparaître, soit pour être revitalisés.
C’est dommage que ces points de vue de bon sens économique aient du mal à passer.
J’ai d’autre part le sentiment que les chefs d’entreprise sont très conscients et préoccupés par l’accroissement de la précarité et de la pauvreté dans certains secteurs du pays. Au-delà d’une préoccupation humanitaire, il s’agit aussi de sources possibles de tensions sociales à l’avenir.
<I>“Quand on entend le ministre, on se dit qu’il va être obligé de faire de gros efforts dans le sens des réformes. Il a été tellement énergique dans ses discours que je ne vois pas comment il pourrait reculer.”</I>
● <B>Le gouvernement se fonde sur un retour à la croissance forte à partir de 2008-09. Estimez-vous que c’est un objectif réaliste dans la conjoncture actuelle ?</B>
Je pense que nous devons y parvenir si tout le monde apporte sa contribution. Si on arrive à desserrer le carcan des contraintes administratives, on va s’apercevoir que les projets seront plus nombreux.
Il faut encourager l’ouverture. J’ai l’impression que si certains conglomérats ici se sont développés en accroissant leur contrôle sur l’économie, c’est peut-être parcequ’on empêchait les étrangers de venir. Du coup, il n’y avait pas d’autres concurrents sur le marché pour reprendre les affaires. Finalement, en voulant protéger le pays de l’influence extérieure, on a finalement renforcé la concentration des affaires.
● <B>Sous l’ancien régime vous aviez des rencontres régulières avec les représentants de l’état. êtes-vous satisfait du dialogue avec le présent gouvernement ?</B>
Je crois que les réunions tous les trois mois qui avaient lieu sous le précédent gouvernement, étaient un peu comme des grandes cérémonies où les gens se rencontraient mais les dossiers n’avançaient pas tellement. Les rencontres avaient quand même une certaine importance dans la mesure où elles permettaient à se connaître.
Nous sommes très contents des relations que nous avons avec le ministre des Finances et son équipe. Il y a des tâches spécifiques qui se font dans des comités spécialisés. Je trouve cela très positif.
Il est évident qu’au cours d’une campagne électorale, on entend parfois des propos contre les grandes entreprises du privé qui sont dénoncées comme celles qui n’ont pas l’intérêt du pays au centre de leurs préoccupations. Je pense que c’est faux.
Malheureusement, une campagne électorale est un mélange de choses vraies et fausses. Il faut vivre avec. Cela se passe partout dans le monde, et pas seulement à Maurice.
<I>Propos recueillis par </I> Akilesh ROOPUN</B>
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