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Pierre Argo,aux multiples talents

21 mai 2006, 00:00

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Les œuvres, millésimées 2006, de Pierre Argo remplissent les deux salles voûtées, longilignes et couvertes en potiches du Moulin Cassé, Péreybère, et les rehaussent d’autant. Elles y sont exposées jusqu’à mercredi prochain pour le plus grand bonheur des amateurs locaux de Beaux-Arts qui seront les premiers à reconnaître que nous n’avons pas tous les jours le privilège de pouvoir admirer autant de chefs-d’œuvre d’un artiste aussi talentueux.

Notre peintre, à la renommée internationale, accepte la suggestion de Marie de Comarmond, la directrice de cette galerie, de placer son exposition sous le signe de la multiplicité. Peintre de talent, photographe encore plus doué, écrivain subtil et profond, grand reporter très sollicité, éditeur, publiciste, agent de communication, promoteur touristique et hôtelier, on ne dénombre plus les dons innés de ce touche-à-tout, aussi heureux que Midas car pouvant transformer en or tout ce qu’il effleure de ses doigts de magicien.

Multiple, Pierre Argo l’est aussi en passant avec une rare habileté d’une technique à une autre, de l’acrylique à l’encre de Chine, du canevas au papier japonais ou encore de la toile au papier parcheminé donnant, à ses teintes grises le granulé de nos basaltes les plus soyeux. Nul mieux que lui sait transformer des galets de cette veine en autant de pétales, tourbillonnant à tous vents.

Multiple il l’est encore par sa façon, plutôt nouvelle, de multiplier ses compositions afin que chaque toile ou groupe de toiles compose des multiples, des mini-toiles à l’intérieur d’une grande toile ou d’un ensemble de toiles, afin que chacune d’entre elles complète les autres, les renforce, les soutienne, leur sert d’assises ou de complément.

Le résultat cède toujours la place à d’heureux quadrillages, s’ouvrant toujours sur le rêve, invitant le contemplateur à compléter la toile en pensée afin de communier avec son désir de traduire visuellement les idées qui se bousculent au milieu de son effort de synthèse comme elle se bousculent dans un monde en quête de repères alors qu’il se déplace aussi vite qu’un TGV brûlant ses étapes.

Les connaisseurs de la peinture de Pierre Argo noteront d’emblée un changement fondamental dans sa mise en œuvre. Ils chercheront en vain, dans l’exposition du 19-24 mai 2006 à Péreybère, le grand élan vital initial, zébrant brutalement sa toile dans un immense dérapage pas toujours contrôlé, en attendant que les détails et autres accessoires viennent combler les espaces laissés par la zébrure initiale, viennent s’accrocher à elle pour la briser, la décomposer. Cet ancien choc visuel mais aussi gestuel cède, à présent, la place à un point de départ plus conceptuel, comme l’affrontement du béton et de la nature, la spirale monétaire, le timbre-poste vitrine d’un pays donné, l’éblouissement floral, etc.

Les techniques et les conceptions initiales peuvent changer mais l’artiste demeure fidèle à des idées fortes. Notre homme se veut toujours accroché à la Terre, à la nature. Il s’accroche à son côté « géo ». L’environnement hante sa pensée et il est tout à fait normal de retrouver dans un coin de toile un delta aperçu et sublimé alors qu’il survolait celui du Bangla Desh, à moins qu’il ne s’agisse de celui du Niger. Plus prosaïquement, notre peintre peut tout aussi bien jeter son dévolu sur les papillons et autres bestioles volantes, se détachant des buées bleuâtres de l’aube.

<B>L’élévation de l’âme et de l’esprit</B>

Il nous offre aussi des toiles ascensionnelles encore que ce mouvement ascendant soit souvent imperceptible. Qui sait contempler les moindres détails de ses toiles reconnaîtra ici ou là des marches, un escalier, des lacets, une plante grimpante, bref tout ce qui indique que l’élévation e l’âme et de l’esprit est le propre de l’homme, tourné vers les astres et les étoiles. Cet artiste privilégie les cimes, les crêtes surplombant les ravines sans fond. Pour lui, rien ne surpasse la vue de vol d’oiseau. Le monde n’est jamais plus beau quand il est vu du ciel.

Pierre est sensible aux commencements, aux genèses. Il multiplie, sur toile, par conséquent, des apparitions fœtales, au moment où l’on s’y attend le moins.

Une tête paraît et voilà une vie humaine qui commence. Elle peut être celle d’un nouveau Mozart, d’un autre Pierre Argo. Peut-on espérer miracle plus grand ? Promesse plus belle ? Où chercher meilleure preuve que la vie l’emporte de multiples fois sur la mort ? L’être sur le néant ?

Pierre a beau résider aux confins de la belle forêt de Fontainebleau, sauter d’un avion à l’autre, d’un hélicoptère à une jeep, d’un canoë à une pirogue, il peut voguer sur l’Amazone, le Nil ou le Gange, aucune force terrestre ou humaine ne pourra l’empêcher de concevoir douze raisons d’aimer son île natale, la nôtre.

Et c’est là qu’on découvre son secret. L’essentiel n’est pas d’avoir les moyens matériels de visiter les sept ou huit merveilles du monde. L’important c’est d’ouvrir notre cœur, notre esprit, nos yeux, nos oreilles, aux merveilles peuplant le monde qui nous entoure sans cesse. Le salut c’est de savoir voir la beauté intrinsèque d’une porte cochère, d’une femme, assise sur les racines géantes d’un arbre, attendant l’autobus qui ne s’arrêtera peut être pas, pour l’ôter de cette scène d’immortalité. Le monde est un spectacle fabuleux. Nous en sommes parfois les spectateurs pas assez talentueux.

À leur manière, les œuvres qu’il nous offre en contemplation, à la galerie du Moulin Cassé jusqu’à mercredi, nous apprennent à purifier notre regard, à nous intéresser à des choses peut-être banales mais plus belles que les pierres les plus précieuses pour peu que nous sachions les voir et les contempler jusqu’à ce qu’elles nous remplissent l’esprit. C’est dire qu’heureux sont ceux qui auront l’occasion, jusqu’à mercredi, de conduire leurs pas jusqu’à cette manifestation des multiples talents, et pas seulement artistiques, de Pierre Argo.

Et puis, une nouvelle occasion de contempler les salles voûtées jumelles du Moulin Cassé, cela ne se refuse jamais.

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