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Quand les Seychelles arraisonnent le ?Nazareth?

14 mars 2006, 00:00

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Le tollé, provoqué par l?arraisonnement par la police de Ramgoolam du thonier seychellois ?L?Assomption?, délie les langues. C?est alors que les Mauriciens apprennent que le 4 juin 1978, les autorités seychelloises ont arraisonné le navire de pêche ?Le Nazareth?.

Ce jour là, ce bateau, battant pavillon mauricien, placé sous le commandement d?un capitaine hollandais, Klaus Brousemas, jette l?ancre à Victoria, Mahé, pour y débarquer une bande de pêcheurs seychellois, ayant participé à une campagne de pêche de 25 jours dans les eaux seychelloises. Les armateurs mauriciens ont demandé et obtenu les autorisations requises du ministre seychellois de la Pêche. Le commandant du navire a eu à accepter de livrer au gouvernement du président France-Albert René quelque 3,5 tonnes de poisson de l?espèce ?vara-vara?, particulièrement appréciée de la population seychelloise.

Le 4 juin 1978, à six heures du matin, le ?Nazareth? fait son entrée dans la rade de Victoria, accoste sans encombre et jette l?ancre. Aussitôt un camion arrive à toute vitesse et débarque une escouade de soldats armés jusqu?aux dents. Sitôt descendus du véhicule, ils montent à bord à toute vitesse et s?emparent du contrôle du navire de pêche. Des soldats prennent possession du pont tandis que d?autres contrôlent l?arrière du navire. Ils commencent à contrôler systématiquement le navire de fond en comble, fouillant et perquisitionnant chaque cale, chaque cabine, chaque placard.

L?officier, qui commande cette escouade, demande brutalement aux membres de l?équipage : ?Kotte zotte fine cassiette banne zarmes ?? Ils ne savent quoi répondre et pour cause car il n?y a pas d?armes à bord du ?Nazareth?.

Les soldats seychellois finissent par se rendre compte qu?il n?y a d?armes que dans leur imagination particulièrement fertile. On en reste là. Il n?y a même pas de note de protestation diplomatique de la part des autorités mauriciennes.

Les Mauriciens essayent par la suite de comprendre ce qui s?était passé. Ils font le rapprochement avec leur arrivée à la veille de la nouvelle fête nationale seychelloise, commémorant et célébrant le coup d?Etat de France-Albert René. Ce dernier profite, en effet, de l?absence du premier président de la République seychelloise, James Mancham, pour prendre sa place et le pouvoir. Qui prend le pouvoir par un coup d?Etat, ne peut jamais dormir du sommeil du juste. Il doit s?attendre à tout moment qu?un autre ambitieux, aux dents encore plus acérées retienne la leçon et lui serve ce qu?il a servi à son prédécesseur. Des rumeurs de coup d?Etat ont longtemps circulé aux Seychelles. Certaines d?entre elles s?accompagnant même de tentatives plus ou moins spectaculaires, plus ou moins ratées.

Le fait est qu?au moment de l?arraisonnement du ?Nazareth? des rumeurs de coup d?Etat circulent de nouveau. Elles s?appuient sur l?arrestation antérieure d?une vingtaine de personnes, dont un Mauricien, employé par la ?Raphael Fishing Company?, l?agent du ?Nazareth? aux Seychelles. Les autorités seychelloises croient-elles que la venue du ?Nazareth? coïncide avec une tentative de coup d?Etat ou a quelque chose à voir avec l?arrestation de ce Mauricien ? Nul ne le sait. Avant de mouiller à Victoria, le ?Nazareth? est accosté par un patrouilleur seychellois. Satisfait des explications fournies par le capitaine Brousema, l?équipage du patrouilleur devait s?éloigner rapidement et laisser le ?Nazareth? poursuivre sa route jusqu?à Victoria.

Un autre officier du ?Nazareth? explique que les autorités seychelloises se méfiaient d?un ?Voilier de la Liberté?, le F.R.I., qui croisait au large des Seychelles avant de faire route vers la Rhodésie (aujourd?hui le Zimbabwe) afin de porter à ce pays des livres interdits par le gouvernement raciste de Ian Smith. Cet officier explique que quelques jours avant l?arraisonnement du ?Nazareth?, ce bateau de pêche a consenti à livrer quelques vivres à l?équipage du ?Voilier de la Liberté?. Cela a pu éveiller la méfiance des autorités seychelloises, explique-t-il.

Une chose est certaine, l?arraisonnement du ?Nazareth? n?a pas empêché l?équipage mauricien de remettre aux dirigeants seychellois les 3,5 tonnes de ?vara-vara? promis antérieurement. Et c?est tout de même cela le plus important, aux yeux d?un politicien.

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