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La B.D. dans les Mascareignes
On pourrait mettre au défi les Mauriciens de citer des auteurs de bandes dessinées de leur pays. Ils ne le pourraient pas. Est-ce que cela veut dire qu?il n?y en a pas ? Non, il y en a : Rafick Gulbul adapta Orwell et sa Ferme des animaux dans les années 70, Marc Randabel s?y est frotté, le dessinateur Deven est à l?origine de la série Hector publiée dans feu le Cri du Margouillat connue des bédéphiles réunionnais.
Les auteurs existent et ne manquent pas de talent. Nos caricaturistes nous prouvent tous les jours que nous avons des dessinateurs experts dans le maniement de la satire. Mais quand il faut dépasser un strip de trois vignettes pour réaliser un album, l?artiste renonce, assuré qu?il ne trouvera pas son public.
Car si la caricature et la satire appartiennent à la presse d?opinion, la B.D. est reléguée par nos concitoyens à un genre réservé aux enfants. En dehors de la bédé franco-belge et italienne de nos aînés, nos concitoyens estiment qu?ils ont passé l?âge de lire des tikomik. Comment leur faire prendre conscience qu?il s?agit d?un neuvième art ? La bédé peut être politique, philosophique, poétique, etc. Celle d?Appollo et de Huo-Chao-Si peut tout autant servir à l?édification des scolaires que ravir le lecteur adulte qui appréciera la critique sociale et politique.
Le retour d?Ulysse, premier volet de la série intitulée La grippe coloniale, mérite qu?on s?y arrête. Olivier Appollodorus et Serge Huo Chao Si, scénariste et dessinateur respectivement, sont à l?origine cet album qui relate le retour en 1919 dans leur île natale des soldats réunionnais. Ils ramènent avec eux, sans le savoir, la grippe espagnole. Une île, une épidémie, une société écrasée par l?injustice et les préjugés?
Trois ans avant le chikungunya, voila un passage prophétique de cette bédé qui vous permettra d?apprécier l?à propos des auteurs quant aux politiques sanitaires de nos dirigeants.
Ryan NOORDALLY
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