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Catastrophe show

13 mars 2006, 00:00

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par Aline GROËME

De qui se moque?t-on ? Sous prétexte de la montrer dans toute sa diversité, c?est la diversité folklorique que l?on a réduite en lambeaux. Un son éparpillé, des bribes de chorégraphies mal réglées. Aucun effort de liaison ou de transition. Des arrêts brutaux pour chacun des numéros. Voilà le spectacle auquel a eu droit la nation, pour danser sa joie d?être indépendante et républicaine.

Certes, nous en avons ?l?habitude?. Mais comment s?habituer à voir ?la culture? massacrée l?espace d?un composite show. Qui plus est, un 12 mars. Et devant témoin, celui de cette année étant Abdul Kalam, président indien, invité d?honneur des célébrations du 38e anniversaire de l?Indépendance et du 14e anniversaire de l?accession de Maurice au statut de République.

Lane ale, lane vini, pena sanzman. La partie dite culturelle du 12 mars laisse une impression de brouillon. De produit conçu à la va-vite. De bouche trou. Car comment expliquer autrement que sur l?asphalte brûlant, hier, devant l?esplanade Professeur Basdeo- Bissoondoyal, au milieu des troupes représentant un ?groupe linguistique? allant du tamoul, au télougou, l?on ait introduit un groupe de ?fusion?, qui avec leurs collants blancs, parlait la langue de l?aérobic.

Au dernier passage, c?est l?amalgame. Celui de la danse africaine et du séga. Comme si ces deux formes d?expression corporelle étaient, l?une la béquille de l?autre. Certains à Maurice croient faire de la danse afro, c?est-à-dire des costumes couleur terre et léopard, un semblant de cris guerriers et une chorégraphie vite essoufflée, qui n?a rien à voir avec la remarquable vitalité des danses venues de ce continent voisin.

D?ailleurs, quand cessera-t-on de vouloir faire de la danse africaine alors que l?Afrique est une vaste terre où chaque tribu, chaque ethnie a ses propres codes, sa propre forme de danse réservée à une occasion précise ?

Après la rue, c?est sur le podium qu?a été transféré le foyer des hostilités. En clair, après avoir fait défiler les pièces du puzzle, il est temps de les rafistoler. Question : pourquoi est-ce que notre diversité folklorique tant vantée, a-t-elle l?air d?être un fardeau pour ceux chargés de les accommoder toutes dans un spectacle.

Quand est-ce que les concepteurs de ces massacres en direct cesseront-ils de penser en termes de cases où l?on enferme chacune des composantes de ?la nation arc-en-ciel?. Avec à la fin, un mélange contrôlé des couleurs, au moment où tous les danseurs se retrouvent sur scène pour le final.

Le pire, c?est que les intentions sont bonnes. Celles du coordinateur de la partie fusion, Zul Ramiah, très fraîchement nommé président de la Mauritius Society of Authors étaient, on ne peu plus pures. Nous n?en doutons pas. ?Nous voulons quelque d?accessible au public?, nous a-t-il expliqué quelques jours avant le spectacle d?hier.

Alors pourquoi est-ce que toutes ces bonnes volontés s?y cassent les dents. Pourquoi se contentent?ils de reproduire un modèle convenu et depuis longtemps dépassé.

Car ce ne sont pas les talents qui manquent. Exemple concret : la Ravita Sallick Dance Academy a ouvert le bal hier devant le front de mer. Sa directrice est parmi les décorés de la République cette année, élevée au rang de ?Officer of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean? (OSK), pour sa contribution dans le domaine culturel.

L?avantage avec les 12 mars à venir, c?est que nous en connaissons déjà le thème. Nou Pays Nou Fierté. Pourquoi ne pas enclencher dès à présent la réflexion sur comment traduire le patriotisme en chants et danses, sans que ce soit forcément un collage où même de la colle forte n?arriverait pas à masquer le manque d?inspiration ?

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