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Mauritius Archives, la gardienne de notre passé

13 mars 2006, 00:00

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Les Archives nationales existent depuis l?administration française de l?île. Mais à l?époque, ce n?était pas un département officiel et autonome comme aujourd?hui. Ce n?est que suite à l?arrivée des Anglais à Maurice, qu?un département des archives fut officiellement créé en 1815. Le Baron d?Unienville était le premier archiviste de l?île. Et c?est en 1952 que la Mauritius Archives est créée.

Depuis ses débuts, les Archives nationales se donnent trois missions : ?collecter, préserver et rendre accessible? cette mémoire collective de la nation mauricienne qu?on retrouve au c?ur des archives.

Les Archives nationales ont compilé au fil du temps différents types de données. Documents datant de la période française, de l?administration britannique, actes notariés remontant à 1724, cartes de l?île tracées à différentes époques, lithographies, photographies, timbres postaux, journaux, registres d?état civil? et la liste est encore longue.

Parmi les documents les plus précieux des archives, le plus ancien est l?acte de la prise de possession de l?Isle de France par le chevalier Guillaume Dufresne d?Arsel, datant de 1715. On retrouve aussi l?acte de l?abolition de l?esclavage de 1833, les listes des premiers immigrants indiens de 1834, etc.

Mais elles acquièrent également des documents plus récents. Ainsi, les documents des différents départements du gouvernement, lorsqu?ils ne sont plus utilisés, passent devant un comité qui décidera de leur sort : les conserver ou les détruire. Ce choix se fera sur la base d?une série de critères, parmi lesquels : la valeur historique du document, son reflet des accomplissements et activités du département, entre autres. Les papiers privés peuvent également être cédés aux archives afin d?être conservés en sécurité et servir aux travaux entrepris dans le futur par les chercheurs.

Collecter, préserver et rendre accessible cette mémoire collective de la nation mauricienne...

Selon Gheeanduth Sunee-chur, chef archiviste, ?sans conservation, il n?y a pas d?archives. C?est un souci majeur. ? Afin de leur éviter d?être endommagés par les insectes, la chaleur ou l?humidité, les documents sont conservés suivant des normes de conservation précises, empaquetés par exemple, dans des boîtes et du papier contre l?acidité.

?Mais rien n?est éternel, avec le temps, les documents se détériorent, sont endommagés. ? Afin de garantir la conservation du contenu de ces archives, d?autres solutions sont envisagées. Ainsi les données des archives sont transférées sur micro films.

?À quoi sert-il de garder des documents si ce n?est pas pour les ouvrir ? C?est pourquoi nous communiquons ces documents?, selon Gheeanduth Suneechur. Deux salles de consultation sont à la disponibilité du public. ?Toutes sortes de gens viennent consulter les archives : généalogistes, historiens, travailleurs sociaux, administrateurs ou de simples curieux.?

Afin de rendre plus accessibles les données des archives et s?y retrouver dans les quelque 3 000 linear meters de papier que compte le département, une classification et un inventaire de chaque collection ont été faits. ?À l?étage se trouvent les manuscrits français et une partie des anglais. Au bas, les cartes et plans et les imprimés, rapports officiels, etc.?

C?est également pour préserver les documents trop endommagés pour être consultés, jaunis et troués suite aux effets néfastes de la poussière, l?acidité, la chaleur, les champignons, la lumière, l?humidité et les insectes silver fish, qu?intervient la restauration (voir encadré). Patrick commence par détacher une à une les pages du volume qu?il va travailler. Certains documents ont leurs pages numérotées et d?autres non. Afin de ne pas mélanger les pages, la deuxième étape est donc la ?pazinasyon.?

Patrick va ensuite tester l?encre utilisée sur le document avant de le plonger dans les différents bains. ?À l?époque française et anglaise, les documents étaient rédigés avec de l?encre de Chine. Celle-ci résiste à l?eau et à la désacidification et ne s?effacera pas suite à ces bains.?

Le travail de restauration commence. Le document est mis à tremper dans un premier bain d?eau. Ce bain d?une demi-journée permet d?enlever la poussière accumulée parfois depuis près de 300 ans sur le papier. Ensuite, après avoir mesuré l?acidité du document avec un PH meter, il sera plongé durant une quarantaine de minutes dans un bain d?hydroxyde de calcium. Ce bain permet la désacidification du papier et ainsi d?en freiner la dégradation.

C?est à cette étape que le Silk Chiffon est retiré. Le Silk Chiffon est une technique de restauration qui était utilisée dans les années 40 à 60 pour conserver le papier. ?À l?époque, cette technique était considérée comme une technologie de pointe, mais elle s?est avérée quelques années plus tard comme attirant les bêtes à cause de la colle à base de farine servant à boucher les trous du papier endommagé. ? Avant de restaurer les documents, il faut donc enlever le Silk Chiffon des documents.

Après ce bain de désacidification, le document est passé à nouveau dans un bain d?eau afin de le rincer. Le document est alors placé dans la Restauration machine. Cette machine permet de placer le document sur un plateau dans un bain d?eau et de pâte de papier. Cette pâte de papier est fabriquée à l?aide de deux papiers à base de coton et de fibre, venus directement de Chine.

Lorsque l?eau est drainée, elle entraîne avec elle la pâte qui vient se poser uniquement dans les trous du papier. Cette pâte de papier est teinte avec des graines d?hêtre, importées de Chine aussi, pour être le plus proche possible de la couleur un peu jaunâtre des manuscrits.

Après cette opération, le document est placé dans la presse. ?La pâte qui est venue boucher les trous n?a pas la même épaisseur que le papier d?origine. La presse permet d?uniformiser l?épaisseur. ?

Le document est mis à sécher dans les dry racks, mais en séchant, il va gondoler. Il est alors remis dans la presse, jusqu?à ce qu?il devienne plat. La finition du travail est alors de lui ?donner une bonne présentation?, c?est-à-dire que Patrick va minutieusement couper les rebords au cutter. Ça y est, ce vieux document fragilisé par l?âge, jauni et troué est restauré !

RESTAURATION

Sauver les précieux documents

■ Les plus vieux documents des archives sont abîmés et sont parfois devenus illisibles avec le temps. Afin d?éviter la destruction de ces témoignages contant l?histoire de notre île, ces archives font l??uvre d?un travail acharné afin d?être restaurées.

La restauration consiste ici en celle du papier, pas du texte. ?On va boucher les trous, mais pas réécrire les textes perdus.Garder l?authenticité du document est crucial.?

Se basant sur une liste de documents à restaurer en priorité établie par les archivistes, Patrick s?adonne à ce travail passionnant de restauration des documents les plus abîmés, ?bann ki ne pli kapav konsilte, ki andomaze.? Il lui faut travailler dans l?ordre et méthodiquement, afin de ne pas égarer une page de 1735 dans un dossier de 1742? devenant ainsi introuvable.

Après avoir suivi une formation de cette technique chinoise de restauration sous la supervision de deux experts venus de Beijing, durant deux mois en 2001, ?Patrick est aujourd?hui le seul à utiliser cette technique chinoise de restauration du papier dans toute la région de l?océan Indien?, indique Roger Chung.

Depuis maintenant cinq ans, Patrick fait ce métier courageusement malgré la quantité impressionnante de documents qu?il a encore à restaurer seul. Il s?est découvert une véritable passion, un amour pour les archives. ?Bizin konn valer papie la, so limportans? Nou pran la penn pou restor bann dokiman parski li gaign valer. ?

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