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Nation en marche
Ils pour île. Ils parlent bien. Ils parlent de nous. En cadence, ils nous font danser sur l?air du patriotisme. Entre les lignes des romans, c?est notre identité qu?ils tracent. Pour dire sans tabou qui nous sommes vraiment. Mauriciens.
Ils, ce sont les auteurs, les dramaturges, les peintres et chanteurs. Ceux qui tirent leur matériau de la nation. Qui donnent un sens mauricien au mot patriotisme.
N?est-ce pas eux qui peuplent notre imaginaire ? Le nourrit. N?est-ce pas eux qui construisent patiemment des images et des rythmes que nous emportons avec nous sous tous les cieux. Cette petite touche immédiatement reconnaissable, qui nous fait sursauter, nous retourner. Et reconnaître le ?label? made in Mauritius où que nous soyons.
Patriotisme, un must au répertoire
Pour Serge Lebrasse, doyen du séga, les choses sont claires. Un répertoire est incomplet s?il ne compte pas de chanson pour la mère patrie et pour la mère. Celle qui nous a enfantés. Lui, c?est presque dix ans avant l?indépendance qu?il chantait Maurice pour la première fois. En 1959, sortait Lil moris mo zoli pays. Devait suivre en 1976 : Moris mo ti pays. ?Cela me semblait indispensable d?écrire ces chansons?, se souvient-il. Nettement plus revendicatif, ce fils du sol qui semble avoir pris sa revanche sur les années de galère du début de sa carrière. Triton, Eric de son prénom est partout. (Tant mieux). Il aura fallu pour cela, attendre qu?il signe chez Polydor Universal.
Son discours à lui est plutôt amer. Au détour de son blues kreol, c?est une île Maurice où ?il fait bon passer quelques jours de vacances, mais pas bon vivre,? qu?il nous dépeint. Ayo, ayo, ayo. Son cri à lui : Nation, un titre que l?auteur verrait bien en ?hymne national? un jour.
Les couleurs de la nation
Peindre avec sincérité. Vaco Baissac n?aime pas ces artistes-peintres qui illustrent la noirceur de Maurice. ?S?il y a des gens qui aiment le vilain, tant pis pour eux. Moi j?aime les belles choses, je n?ai pas envie de pleurer ou de me plaindre, j?ai envie de dire aux gens, merci de ce que vous êtes??
Maurice, il préfère la peindre comme elle est. Raison sans doute pour expliquer que Vaco Baissac a été choisi, pour décorer l?échoppe de Maurice lors de l?exposition universelle du tourisme qui s?est déroulée récemment en Italie. Ses tableaux parlent le plus souvent de ?belles femmes créoles?, des aspects typiques de Maurice. Révéler le rouge intense d?un sari, relever le bleu turquoise du ciel mauricien, le jaune canari de notre soleil. Le sens du patriotisme de Vaco Baissac se lit dans ses peintures. Il l?exposera à nouveau en août au Sri Lanka.
Littérature engagée
Littérateur dont la valeur vient tout juste d?être saluée par l?université de Maurice ? après des années à récolter des prix hors côtes ? l?écrivain Abhimanyu Unnuth est de ceux qui ne mâchent pas leurs mots. Pour lui, il existe des mots qui s?agriffent à notre société. Ils sont ?lobby? et ?ségrégation?. Mots diviseurs. Antipatriotiques. Ils sont blessures pour l?écrivain averti, ?car le patriotisme selon moi, c?est to live and not to show », livre Abhimanyu Unnuth, auteur de Tranches de Vie (2005) ou tout dernièrement Apna Man Upvan (My thought is a garden).
En sus de publier des romans en hindi, l?auteur vient tout juste d?écrire le texte et la musique de quatre chansons qui parlent de Maurice. Elles sont actuellement diffusées sur les chaînes de la MBC. Des compositions dont l?objectif est de se rapprocher du vrai sens du mot ?nation?. ?Maurice, li enn prizonie so multip kiltir. Moi monn touzour ekrir dan mo lang intim : hindi. Monn devlop li me ena ban lang ki vine are zot ban soufrans. Patriotisme, li ousi dir qui bizin respecte nu lang.?
Abhimanyu Unnuth compare le patriotisme à un orchestre. Celui qui fait jouer en harmonie plusieurs instruments. Il suffirait pour lui, d?assembler de multiples langues pour parler de patriotisme. ?Ce n?est pas seulement le séga qui résume notre culture mais un assemblage de styles musicaux.? Il compte retranscrire ses romans en feuilletons. Des séries reflétant la réalité locale, qu?il souhaite voir diffuser à la MBC.
Jouer la réalité
Une pièce sans dialogue. Gestuelle sans artifice, ni grimace. La troupe de l?Academy of Film and Theatre donnait une représentation à Durban en décembre dernier, avec une pièce sur l?arrivée des travailleurs engagés. C?est avec ce pan historique que Bulram Tacouri, directeur de la troupe, veut porter fièrement les bretelles du véritable patriote.
?C?est avec des thèmes comme celui-là que nous éveillons l?intérêt chez les gens. Nous mettons en scène des aspects typiques de notre pays, parlons de ses paysages sans oublier ses vieilles anecdotes?, livre Bulram Tacouri. Selon le metteur en scène, le théâtre devrait aussi penser à faire aimer son pays. Il croit aussi dans l?utilisation des langues multiples. L?Academy of Film and Theatre produit des pièces en hindi, bhojpuri, anglais et créole. ?Même si notre pièce porte un titre en hindi, nous éparpillons les langues dans les dialogues?, explique-t-il. Un patchwork pour ouvrir le théâtre à un plus large public.
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