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Féminins pluriels, pessimisme singulier
Demander à des femmes de peindre la femme. Des artistes d?Inde et d?ici. Et déceler entre les traits s?il y a évolution. Ce changement tient sans doute à si peu de chose mais mine de rien, il fait qu?un quotidien s?en trouve illuminé.
La réponse n?est pas si aisée. Faire le tour des tableaux accrochés à l?étage du musée de Port-Louis, laisse une impression générale de mélancolie. Les peintres de la Grande Péninsule (elles sont majoritaires dans cette exposition) utilisent abondamment l?ocre. Mais la couleur terre, qu?un peu de générosité peu rendre chaude, douillette et fertile, n?a rien de très confortable chez les femmes qui nous sont données à voir.
Liberté, frivolité, exil
Des visages sans yeux, des regards éteints, des formes féminines pleines, épanouies mêmes. Mais souvent déformées. Elles sont recroquevillées sur elles-mêmes, écrasées par le sort, la fatalité et la condition féminine. Les artistes de la Grande Péninsule donnent à voir des femmes qui nous tournent le dos et évitent notre regard.
Quand elles ne sont pas liées à des corvées quotidiennes, elles disent : Detachment, Freedom, Liberty. Les thèmes et les cris ne manquent pas. Lovers ébauche l?homosexualité féminine. Certains corps font même un peu pin-up, en reprenant de très près les canons d?une certaine beauté.
En écho, les Mauriciennes (dont Amrita Dyalah, Nathalie Perrichon, Jaya Bucktowar et Alix Le Juge, entre autres) regroupées près de la porte d?entrée retranscrivent des préoccupations finalement pas si éloignées.
Que dire de la jupe à volants en jute (avec des traces de pas dessus) de Sultana Haukim sinon qu?elle traduit un stéréotype qui a la peau dure. Femme égale à chiffon. Femme que l?on cantonne à un univers dit féminin. Que l?on foule aux pieds en invoquant sa frivolité.
Et au milieu de cette fureur, une voix qui s?est faite rare ces derniers temps. Celle de Danièle Hitié. Elle nous avait habitués à des cases créoles si typiques. Des rideaux à fleurs, un sol rouge, des tôles pourries mais jolies quand même. Avec dedans, par la force de notre imagination : un joyeux désordre. Une maison de femme quoi.
Danièle Hitié revient cette fois avec des Nomads : une femme emportant tout ce qu?elle a de plus précieux ? à commencer par ses deux enfants ? à dos d?âne. ?uvre qui parle d?exil, de départ et de rupture. Est-ce là le sort auquel sont condamnées les femmes ? Toujours partir pour chercher un monde meilleur.
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