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Cherchez la petite bête

10 mars 2006, 00:00

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En signalant à un mien voisin qu?un moustique d?appellation indéterminée était en train de lui piquer le lobe de l?oreille, je lui demandai s?il avait pris toutes les précautions recommandées par les autorités (à propos, à quand un Mosquito Authority?)

?Je n?en ai pas besoin?, m?a-t-il répondu : je double simplement ma consommation de whisky. Et en effet, quelques secondes après, je vis la bestiole battre de l?aile puis descendre en vrille, complètement sonnée.

Tout en n?ayant pas recours à des mesures extrêmes, telles que la grosse Bertha, le bazooka-maison ou la fléchette à tête chercheuse, j?ai quand même ma petite idée sur la façon d?aborder la démoustication.

A première vue, les Mauriciens, toujours galvanisés par le danger, devraient être à même de déchikungunyaliser leur île. Après tout, dans les années 50, n?ont-ils pas réussi à désanophéliser le pays ? Et pendant la guerre 39-45, combien d?entre eux à l?aide de modestes biplaces n?ont-ils pas pulverisé des Mosquitos japonais.?

Et puis, nous avons à notre disposition des antimoustiques de toutes sortes, allant de la simple citronnelle à ces spirales fumigènes et à ces ?Mosquito Repellents? dont l?odeur sur nos compagnes fait plutôt penser à un husband repellent.

En parlant de ces spirales, mon ami Maxime, qui en fabrique entre autres produits, a reçu l?autre jour un client furibard qui lui a dit:

Eh ou la, ou sandal moustik-la li pa bon di tou.

Pou ki fer ?

Mo met li dan mo salon, tou moustik rantre.

Et Maxime, pragmatique:

Bé alors, ki fer ou pa met li déhor ?

Autre remède méconnu, émanant d?un ex-collègue qui a pour habitude de dire un mot pour un autre et qui m?a declaré :

?C?est au bord de la mer qu?il y a le plus de bêtes piqueuses. Au début de l?épidémie, je suis rentré chez moi en pleine journée et j?ai trouvé ma femme sous une mousquetaire !?

Finalement on peut aussi annihiler le chikungunya en appliquant une méthode de torture purement psychologique, de mon invention. Je l?ai déjà essayée avec succès. J?avais dormi à Cap-Malheureux et le lendemain matin je m?apprêtais à regagner les regions civilisées, c?est-à-dire Phoenix, que les snobs appellent Lower Floréal ou Upper Quatre-Bornes, et en ouvrant ma voiture j?ai apercu un moustique nonchalamment affalé sur le tableau de bord et dormant à poings fermés. Je m?empressai de refermer la portiére et l?emportai jusqu?à Phoenix.

Arrivé à destination, je laissai sortir l?insecte avec une joie sadique. Imaginez le moustique désemparé, lâché au milieu de congénères inconnus, incapable même de se présenter faute de connaître la langue des hauts plateaux. D?ailleurs, comment le faire quand on s?appelle chikungunya et que pour corser le tout on a pour prénom Albopictus ? Je ne doute pas qu?en lui infligeant ce fardeau psychique qui aurait laissé Freud pantois, j?aie poussé ce diptère dépressif au suicide comme un vulgaire kamikaze.

Pour terminer, un conseil général. Attention à tout ce qui pique. Méfiez-vous des pique-assiettes, des pickpockets, des ?piqueurs-fusil?, des piquets ou piqués de grève et n?oubliez jamais la pensée du philosophe Lao Tse-Tse, dormeur malgré lui, qui répétait inlassablement pendant son sommeil :Mouche pique pucePuce pique mouche.

Volcy

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