Publicité
L?entêtement
C?est une mauvaise nouvelle pour le gouvernement : un sondage révèle que plus de trois quarts des enseignants du primaire sont contre la réforme Gokhool. Jugdish Lollbeeharry, porte-parole du Ralliement des démocrates, le groupe d?enseignants qui a commandé le sondage, juge que ce résultat démontre une opposition grandissante des pédagogues au nouveau mode d?inscription dans les collèges. Il a lancé un appel au Premier ministre l?implorant de changer d?avis.
Mais rien n?indique que Navin Ramgoolam est prêt à lâcher du lest dans cette affaire. Il ne fera marche arrière que s?il est confronté à une fronde populaire plus importante. Or, il n?y a que les partis politiques qui possèdent les structures et les ressources pour organiser un soulèvement contre la réforme. Tant que ceux-ci déploient leurs énergies pour régler leurs différends internes, il y a peu de chance qu?ils trouvent le temps pour conjuguer leurs efforts en vue de sauver l?enfant mauricien.
Ce n?est pas opportun, ni très sain, que des institutions religieuses montent au créneau pour défendre ou pour attaquer le système Gokhool. Ce n?est pas parce que l?on sait gérer des temples ou des églises que l?on est habilité à se prononcer sur une question relevant de la pédagogie. De plus, l?activisme du diocèse et des fédérations des temples donne à ce problème une connotation communale. Plus ils se tiennent à l?écart, mieux se déroulera le débat. Beaucoup de parents n?ont pas pris conscience des dégâts potentiels du retour à une forme de ?ranking? au CPE car ils ont été amenés à croire que le conflit a des enjeux strictement communaux. Ainsi, il est dans l?intérêt du pays que ce soit les partis de l?opposition, pas les religieux, qui conscientisent et qui mobilisent la population.
Il n?en reste pas moins que le front politique tarde à s?ouvrir. Pourtant, pour obtenir le retrait de la réforme Gokhool le pays ne peut compter que sur les mobilisations de rue. Toute autre forme de contestation sera moins prégnante.
Il est vrai qu?un processus de contestation juridique a été enclenché. Quelques avocats se sont mis autour d?une table pour discuter des possibilités d?invalider la décision du gouvernement au motif que les procédures n?ont pas été suivies. Mais, ils n?obtiendront, dans le meilleur des cas, qu?un report d?une année de la nouvelle formule.
Le MMM a peur de s?engager seul dans ce combat car il risque d?accentuer la polarisation ethnique, ce qui crispera davantage la situation. Le MSM a démarré une campagne courageuse dans les villages pour avertir les parents que les victimes de la situation se trouvent dans toutes les communautés mais son influence reste limitée. Entre-temps, les travaillistes, forts de leur pouvoir absolu, n?ont même pas consenti à écouter les diverses propositions faites pour améliorer le système.
Comble de l?ironie, ce matin, le gouvernement étudie un projet de loi censé offrir l?égalité des chances aux Mauriciens. Si on institutionnalise un système à trois vitesses, avec des collèges nationaux pour l?élite, des collèges régionaux pour les moins doués et les collèges privés pour les laissés pour compte, il est déplacé de parler d?égalité des chances.
Il n?y a que dans les démocraties factices que le pouvoir refuse de respecter les peurs qui s?expriment et n?accepte pas les concertations. Dans ces cas, on ne parle pas de détermination du gouvernement, mais d?entêtement.
Publicité
Publicité
Les plus récents