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Les Assises condamnent deux femmes pour homicide

12 février 2006, 20:00

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Ce n?est pas tous les jours que des représentantes du sexe dit faible occupent le banc des accusés en cour d?assises. Le procès qu?intente la police à deux Vacoassiennes, une mère et sa fille, entendu, en ce début de février 1981, est l?exception confirmant la règle. Reconnues coupables d?avoir causé la mort de leur gendre et époux, elles sont condamnées à cinq et deux ans de travaux forcés par le juge Yves Espitalier-Noël. Il ne s?agit toutefois pas d?une première, comme l?allègue la presse de 1981. Le 14 mai 1931, la cour d?assises condamne à mort, en effet, Mme Parbateea Seetal, reconnue coupable de meurtre avec préméditation. (Voir l?express du 23 janvier 2006)

La cour d?assises consent, en début d?audience, de réduire la charge de meurtre avec préméditation à coups et blessures infligés mais sans intention de donner la mort. La victime se nomme Max Nicol? Labonté. Les accusées sont respectivement Hilda Harel, née Armoogum, et sa fille Marie Ange. Elles confessent avoir commis leur forfait le 8 décembre 1979. Elles plaident toutefois les circonstances atténuantes. Leurs hommes de loi commis d?office, Mes Suleiman Bhayat et Eric Ribot respectivement, en font de même.

Marie Ange épouse, pour le meilleur mais surtout pour le pire, Nicol Labonté, un an plus tôt, le 7 décembre 1978. Le couple s?en va résider à Stanley, Rose-Hill. Sa vie conjugale est un cauchemar. Son mari ne travaille pratiquement pas. Il ne rentre chez lui, le plus souvent ivre mort, que pour réclamer à manger et à dormir comme une? brute. Tout est prétexte à taloches, coups, menaces, engueulades, bref la panoplie complète de la violence domestique, transformant bien vite la vie conjugale en un enfer que même Dante Alghieri n?a pas osé décrire.

Rien ne satisfait Monsieur. Il a déjà la mort de sa première femme sur la conscience. Il s?en est sorti, par le plus grand des mystères, avec seulement un mois de travaux forcés pour coups et blessures mais sans intention de tuer. Un légiste aura-t-il la bonté de nous expliquer les circonstances atténuantes pouvant justifier qu?un homme, accusé de coups et blessures, infligés à son épouse, mais sans l?intention de la trucider, puisse n?être condamné, par le plus grand des laxismes, qu?à seulement un mois de prison. Ne faut-il pas y voir une incitation à récidive. Nos féministes les plus combatives et les plus militantes pourraient-elles nous expliquer comment une femme, même illettrée, même un ange de bonté, peut-elle épouser un homme ayant déjà frappé sa légitime jusqu?à ce que mort s?ensuive. Y a-t-il possibilité et même devoir légal d?inscrire sur le registre d?état civil que tel ou tel individu a déjà été condamné pour avoir frappé mortellement son épouse afin que les autres épouses de ce Barbe Bleu potentiel soient dûment averties du sort qui possiblement les attend ?

De guerre lasse, Marie Ange retourne vivre chez sa mère. Cette brute de Labonté la suit, bien sûr. Il s?installe chez la belle-doche sans rien perdre de ses habitudes violentes et de parasitage. Il ne sait que réclamer à manger, à boire et battre sa femme, l?ange de la bonté, pourtant comme stipulé plus haut.

Que se passe-t-il aux Vacoas, en ce 8 décembre 1979 ? Nicol a la bonté d?inviter son épouse au cinoche. Connaissant son cinéma, la mère rappelle à sa fille le sort infiniment regrettable de la première femme de son conjoint. Les deux femmes restent donc seules au logis, appréhendant le retour du cinéphile. Il rentre ivre mort, comme à l?accoutumée, plus exigeant, plus brutal, plus menaçant que jamais. La mère et la fille songent à une correction, peut-être illégitime, mais bien méritée. La peur les tenaille pourtant: « Si nous batte li, li pou batte nous ». C?est alors qu?elles décident de lui infliger quelques brûlures pour l?obliger à aller dormir à l?hosto pendant quelques jours. Il faut profiter de l?effet de surprise. A leur tour d?abuser, non pas de l?alcool, mais du pétrole dont elles l?aspergent trop copieusement. L?allumette révèle l?ampleur des dégâts. Labonté se démène comme un forcené. Elles essayent mais vainement d?éteindre les flammes qui lui ravagent le corps. Coups de serviette, aspersions d?eau ne sont d?aucun secours. Les flammes reprennent de plus belle. Elles appellent au secours le voisinage, preuve s?il s?en faut, qu?elles ne préméditent aucune mort. La police est alertée. Le médecin légiste ne peut que constater que Nicol Labonté ne survit pas à ses brûlures. Elles se constituent prisonnières.

Leurs hommes de loi font appel à la clémence de la justice. Me Bhayat souligne qu?elles comptent déjà 15 mois de détention provisoire et qu?il n?est nul besoin de les punir davantage en les maintenant en prison. Me Ribot explique que sa cliente, un ange de bonté, ne représente aucun danger pour la société, qu?elle est la mère de deux enfants en bas âge qui requièrent tout l?amour maternel qu?elle leur porte.

Le délit commis est trop grave, rappelle le juge Espitalier-Noël.

L?Express du 11 février 1981 révèle qu?une habitante de Maréchal, Rodrigues, accuse Marc Chevery de l?avoir menacée d?une foëne et de l?avoir violée. Chevery a, par deux fois, été condamné à mort (pendant la guerre 1939-45 pour avoir tué un compagnon d?armes et, en octobre 1979, pour avoir été le complice de Bénédict Polimont dans le meurtre rituel (sorcellerie) d?un adolescent à Petite Rivière. Par deux fois, il est acquitté en appel dont la dernière en décembre 1979.

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