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Isabelle retrouve un visage
Depuis le jour de l?opération, j?ai un visage, comme tout le monde? » Tels sont les mots prononcés, le 6 février, par Isabelle Dinoire, 38 ans, après la greffe partielle du visage pratiquée sur elle le 27 novem-bre 2005 par des équipes d?Amiens, de Bruxelles et de Lyon.
Si sa lèvre inférieure manque de mobilité et rend son élocution difficile, la patiente, qui avait eu le bas du visage arraché par son chien en mai 2005, a retrouvé « figure humaine » et du courage pour exprimer sa gratitude aux personnes sans qui rien n?aurait été possible. « Grâce à elles, une porte sur l?avenir s?ouvre à moi et à d?autres », conclut la jeune femme.
Autant que l?intérêt scientifique de la communication médicale, la perspective de pouvoir mettre un visage et, accessoirement, un nom ? révélé jusqu?ici par la seule presse britannique ? sur l?« héroïne » de cette première chirurgicale peut expliquer l?exceptionnel déploiement de micros et de caméras dans l?amphithéâtre du CHU d?Amiens où s?entassaient deux cents journalistes. La pression médiatique subie par l?entourage de la patiente et celui de la donneuse aurait tellement pris la forme de « harcèlements » que cette conférence de presse était présentée comme le moyen de la faire retomber.
<B>Une intervention de 15 heures</B>
Bernard Devauchelle, initiateur de cette « allogreffe de tissu composite », et Benoît Lengelé, qui effectuèrent les gestes chirurgicaux avec Sylvie Testelin, chargée de suturer les nerfs, ainsi qu?une cinquantaine de praticiens ? chirurgiens, anesthésistes, infirmières, prothésistes, etc. ?, détaillèrent les efforts déployés pour préparer la patiente, dont les chairs s?étaient rétractées en cicatrisant, et procéder à la réimplantation du lambeau de visage en suturant sous microscope muscles, nerfs et vaisseaux. Commencée à Lille, où se trouvait la donneuse, au milieu de la nuit, l?intervention s?est terminée 15 heures plus tard à Amiens. Trois jours après, la greffée prenait l?avion pour Lyon et sept jours plus tard, elle commençait à se réalimenter.
Le professeur Dubernard avait alors pris le relais. La récupération de la sensibilité et de la motricité, stimulée par des kinésithérapeutes, évolua rapidement. Cependant, malgré l?implantation de cellules souches de moelle osseuse prélevées sur la donneuse, un rejet se manifesta le 18e jour suivant l?opération sous la forme d?un ?dème. Il
put être jugulé en dix jours par « l?augmentation des doses de corticoïdes », précise le professeur Dubernard qui, tout en indiquant que « la situation est sous contrôle », ne se risque à « aucun pronostic pour l?avenir ».
Les équipes n?en ont pas moins déjà déposé cinq demandes de nouvelles allogreffes du visage auprès de l?Agence de la biomédecine. En insistant in fine sur la nécessité de respecter « la vie privée et la dignité » de leur patiente, les médecins se sont efforcés de mettre un terme à une forme de « rejet médiatique » auquel ils ne sont pas forcément étrangers.
<B>@ 2 006 Le Monde ?
Robert BELLERET ?
(Distribué par The New York Times Syndicate) </B>
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