Publicité

Grands déséquilibres

13 avril 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Eric Ng Ping Cheun</B>

Réalisée dans le sillage de la présentation du budget 2005-2006, l?enquête du présent baromètre économique indique une inquiétude grandissante, parmi la majorité des analystes interrogés, sur l?évolution des fondamentaux de notre économie. Sur la croissance, sur le chômage, sur l?inflation, sur le déficit budgétaire, sur la dette publique, sur le déficit du compte courant, sur la roupie et sur le taux d?intérêt, les sentiments sont majoritairement négatifs. En gros, les mesures budgétaires vont bouleverser tous les grands équilibres économiques, dont même un François Mitterrand, peu gaullien, avait compris le respect.

A égalité avec l?optimisme lors des trois derniers baromètres, le pessimisme l?emporte dans l?ensemble cette fois-ci. Par rapport aux perspectives économiques d?ici à un an, il y a certes quelques pessimistes qui sont devenus optimistes, mais d?anciens optimistes ont aussi changé de camp. Explication raisonnée d?un analyste qui est passé de ?assez optimiste? à ?assez pessimiste?: ?Avec ce budget, on sait ce que l?économie mauricienne va perdre, mais on ne sait pas ce qu?elle va gagner?.

On ne sait pas ce que la première phase de ?Duty-free Island? rapportera à notre économie dans les douze prochains mois. On ne sait pas si des Comoriens, des Seychellois, des Réunionnais et des Malgaches vont venir s?approvisionner dans notre ?Duty-free Island? pour développer le commerce régional. On ne sait pas si notre pays est structurellement prêt à rompre avec l?économie industrielle pour passer à l?économie des services. Et on ne sait pas quel effet de relance sur l?économie aura réellement un accroissement de la demande.

D?où viendra la demande susceptible de tirer la croissance économique? De nos 775 000 touristes attendus cette année ? C?est peu probable. Même si le pays parvient à attirer 1 million de touristes dans quatre ans, on ne fait pas une ?Duty-free Island? avec un tel volume. Malgré ses 3,4 millions de touristes, l?Inde préfère libéraliser son accès aérien sans faire de New Delhi, de Mumbai et de Bangalore des ?Duty-free Cities?. Et alors que le nombre de touristes indiens à Maurice a régressé de 2,6 % l?année dernière, on ne voit pas en quoi serait viable l?axe Inde-Maurice-Afrique du Sud-Dubaï.

Afin de stimuler la demande, on comptera sur les consommateurs locaux. Reste à savoir si les ménages, déjà surendettés, ont les moyens de s?endetter davantage pour accroître leurs dépenses. Tout au plus substitueront-ils des produits étrangers aux produits locaux. Il s?agira là d?un effet de substitution, et non d?un accroissement de la consommation. L?impact sur la croissance économique sera négligeable. Il existe une équation simple en économie : le revenu national augmente avec la consommation, mais diminue avec l?importation.

Les petites et moyennes entreprises de la manufacture locale auront à réduire leurs effectifs pour faire face à la compétition des produits étrangers. On ne peut que souhaiter que notre industrie ne connaisse pas le même sort qu?a subi Madagascar quand ce pays avait détaxé de nombreux produits importés au début de l?année 2004, pour finalement procéder à une réintroduction graduelle des droits de douane. Ici, qu?il y ait continuité ou alternance au terme des prochaines élections générales, quelques réajustements tarifaires seront nécessaires pour protéger tant soi peu certains secteurs de l?industrie locale. Du reste, faute d?augmenter le taux de la Taxe à la valeur ajoutée, l?objectif d?avoir un déficit budgétaire de 4,8 % du produit intérieur brut en 2005-2006 est difficilement réalisable avec la forte baisse des recettes douanières.

Alors que Singapour a plus de 100 milliards de dollars en réserves pour soutenir ses importations, ce n?est pas avec 1,5 milliard de dollars en réserves que Maurice pourra devenir une véritable ?Duty-free Island?. Nos analystes disent avec certitude que la hausse éventuelle des importations va faire dégringoler la roupie et qu?en conséquence, les réserves en devises vont diminuer. Les projections du ministère des Finances sont très claires : de neuf mois d?importations l?année dernière, nos réserves chuteront à 4,3 mois d?importations en 2007-2008. Passer d?un extrême à l?autre donne l?image d?un pays mal géré. En somme, un mauvais signal aux investisseurs étrangers.

Une banque centrale ne peut pas passer son temps à faire de la ?moral suasion? auprès des cambistes pour stabiliser la roupie. La Banque de Maurice (BoM) doit monter le taux Lombard sans tarder, afin d?apaiser les anticipations inflationnistes. Malgré tout, ce ne sera pas suffisant. La BoM aura à puiser dans les réserves pour vendre des devises sur le marché local. Mais, avec 9 mois d?importations de réserves, la BoM n?a jamais voulu satisfaire le marché à 100 %. Avec moins de réserves maintenant, il faut être bien naïf pour croire que la BoM va jouer pleinement le jeu. Et, dans une telle situation, personne ne sera assez déraisonnable pour vendre ses devises...

Si notre économie arrive à s?ajuster à tous ces brusques changements, alors on pourra vraiment dire que le pire est derrière nous.

<I>(www.pluriconseil.com)</I>

Publicité