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Micheline Virahsawmy paroles d’une révoltée calme

7 novembre 2004, 20:00

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Fuyant l’ombre, Micheline nous invite dans la lumière. Une lampe a sauté au centre Nelson Mandela pour la culture africaine. Transition tangible du clair-obscur. Le cadre qui répond méthodiquement au téléphone reprend sa vraie peau. Celle de la chanteuse marquée par le temps, typée par le contexte. Fouettée par son sang d’îlienne, le précieux fluide coulera encore, d’ici la fin du mois, avec la sortie de Noun ne dan zil, le nouvel album solo de Micheline Virahsawmy.

Elle refuse de buter contre les stéréotypes. Alors qu’elle préfère les rouges et les grenats, Micheline a laissé sa fille Meeraj peindre ses ongles de pied couleur métallisée. “Li mem mete, li mem tire.” C’est nous qui avions emprunté le mauvais couloir. Avant d’être chanteuse, avant d’être cette voix connue que les chauffeurs de taxi “pa kriye madam, zot dir Micheline,” la chanteuse est mère.

Micheline est femme d’intérieur. Elle a la désespérance tranquille. La douleur maîtrisée. Son remontant, son oreiller : c’est sa fille. Mi-Micheline, mi-Raj Virahsawmy, Meeraj est – on le sent aux paroles de sa mère – la compagne de tous les instants. Ses bras ont pris leurs tours de garde pour bercer cet album déjà prêt depuis un an. Ses oreilles ont été témoins des attentes du public qui réclamait du neuf après Ti vilaz sorti en 2002. Ses yeux et “l’amitié profonde” unissant la mère et la fille de 20 ans, ont su persuader Micheline de mouler ses jambes et son ventre rebondi dans un jean à paillettes.

Une personnalité affirmée

L’espace d’un couloir, la voix chaude et enfumée de la chanteuse cogne contre les murs. Son rire aux notes graves pousse quelques une des impostes de sa vie. Laisse s’échapper cette énergie sans commune mesure avec la supposée nonchalance des âmes nées dans les îles.

Dans son pays à elle, le soleil est rouge. Sang de l’engagement. Hémoglobine séchée des êtres chers aujourd’hui disparus. Impossible d’avoir en face de soi Micheline Virahsawmy sans lui parler de Soley Ruz et de sa sœur Rosemay. L’instant s’éternise. Micheline regarde ailleurs. Micheline est ailleurs. Sans se lever de table, elle nous abandonne. Nous laisse mijoter pendant que le feu cuisant des souvenirs mouille sa voix.

Des cendres rougeoyantes de la chanson engagée, la chanteuse se lève – tel le Phénix – pour dire sa vérité. “C’était la belle époque, mais…” Bémol de la maturité. Regard attendri et critique sur tous ceux qui y sont passés : les frères Joganah, Menwar, Yvon Macabé. “C’est là que j’ai appris à avoir une opinion. À la défendre.”

On “criait” pourtant fort au sein de Soley Ruz. Les personnalités y étaient toutes dominantes. Le “forum d’expression”, rattaché au départ au MMMSP avait besoin de textes directs, incisifs. Des paroles trop bien façonnées par Dev Virahsawmy. “Quand moi aussi j’ai commencé à chanter mes convictions, les gens pensaient que c’était Dev qui avait signé la chanson. C’est comme si une femme n’avait pas la carrure pour écrire des textes forts.”

Abritée du monde derrière la façade de son visage crevassé, hors du temps, où le rouge à lèvres a débordé légèrement, Micheline est revenue de tout. “Les références constantes à Soley Ruz ne me dérangent pas. C’est une récompense. Une reconnaissance, 30 ans plus tard, d’une certaine forme de courage.”

Du passage de Soley Ruz à son affirmation en solo, Micheline préfère dire que “c’est le public qui l’a décidé.” La chanteuse croit au destin. Inévitable destinée. Celle qui l’a fait naître à Cité-Malherbes, avant dernière d’une famille de trois frères et de trois sœurs. Ses repères, un père charpentier qui meurt l’année de ses 8 ans. Une mère domestique qui l’emmène quelquefois travaillé chez les sœurs “pou gagn 25 sou.”

Du pain partagé en trois ou en quatre, de la gorgée de “dite pir,” Micheline s’en souvient bien. A l’époque, ce n’était pas une souffrance, plutôt un jeu. Un passe-temps pour elle est son aînée Rosemay, la fleur malchanceuse, “partie trop tôt” en 1990. “Elle n’a jamais pu enregistrer un album.” Micheline l’a vengée.

REPÈRES

“Noun ne dan zil”, quotidien égratigné

■ Album de dix morceaux produit par Bee Vedachellum de Meli Melo, “Noun ne dan zil” reprend les thèmes chers à la conscience sociale de Micheline Virahsawmy. Le tempo enlevé rythmé à la mandoline du morceau titre est un hymne à la solidarité inter-îles. “Zamé pa less nou loner tombe.” Créolité affirmée et assumée sans complexe. Une ligne directrice qui bénéficie des arrangements de George Corette et Patrick Antoine. Du séga à message : “Pa kraz to kamarad,” au pamphlet féministe : “Fam lespoir”, Micheline Virahsawmy reste fidèle à ses convictions et sa personnalité de femme forte.

Veine nostalgique sur la fin de “Noun ne dan zil.” La chanteuse y reprend “Paul et Virginie”, un titre de Francis Salomon figurant sur l’album édité par les pays de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC.) L’album fait aussi place à “Kamarad Kamaron” et “Mama Papa”, désormais devenus des standards de la chanson locale.

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