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La Compagnie mauricienne de textile tisse son avenir

20 avril 2004, 20:00

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LA FILATURE de la Compagnie mauricienne de textile (CMT) est sortie de terre. Le démarrage graduel (soft launch) se fera dès la première semaine de juin. La filature devrait être pleinement opérationnelle vers la mi-septembre tandis que l?inauguration officielle est prévue pour novembre.

L?approche du chantier de construction au milieu des champs de cannes à la Tour-Koenig peut être trompeuse. Le bâtiment devant abriter la filature semble encore inachevé à première vue. Pourtant, une fois à l?intérieur, l?impression est tout autre. L?état d?avancée des travaux ? pas visible de l?extérieur ? surprend. Les dimensions de l?ouvrage et des installations impressionnent.

Avec ses 43 000 mètres carrés de superficie sur un seul niveau, la filature est sans doute l?un des bâtiments industriels les plus spacieux du pays. Les 400 mètres de long et les 80 mètres de large de l?édifice contribuent à la notion d?espace. Rien que les données techniques du bâtiment donnent une idée de la taille de l?ouvrage : 44 000 tonnes de béton, 3 000 tonnes d?acier, 15 kilomètres de tuyauterie, 7 kilomètres de conduit d?aération et 20 kilomètres de câblage électrique.

Flexibilité et réactivité

Les lignes de production pratiquement déjà installées ? et autour desquelles s?active une nuée cosmopolite de techniciens et ingénieurs indiens, suisses, japonais et mauricien ? achèvent de frapper l?imagination. Près de la moitié des équipements ? la filature comptera 27 lignes de production et 27 600 fuseaux ? ont déjà été installés.

Le chrome rutilant des équipements contrôlés par des consoles électroniques confère à la filature un caractère résolument moderne à la pointe de la technologie.

?Même les techniciens indiens qui nous aident à installer les équipements n?ont sans doute jamais vu cette nouvelle génération. Certes, ils connaissent les principes de base qui sont les mêmes mais les raffinements technologiques sont nouveaux?, explique Soorianan Narsiah, ingénieur de la CMT qui supervise les travaux.

?Nous n?avons pas lésiner sur les moyens?, confirme Louis Lai, directeur financier de la CMT. La filature a effectivement nécessité des investissements de Rs 1,2 milliard, dont Rs 325 millions environ rien que dans le bâtiment.

La filature aura une capacité de production de 8 500 tonnes de fil annuellement, soit de plus de 20 tonnes par jour. Avec les investissements conséquents réalisés, il n?est pas question que l?usine chôme. Elle devra tourner 24 heures sur 24 et 365 jours par an.

Pour la CMT, l?investissement dans cette filature revêt une importance hautement stratégique. Le principal objectif est de permettre au groupe textile de tirer pleinement avantage de l?Africa Growth and Opportunity Act (AGOA) en produisant son propre fil. Ce qui devrait donner au groupe un avantage de 18 % en termes de droits de douane sur le marché américain.

Même si le fil qu?elle produira pourrait être légèrement plus cher que le fil importé de l?Inde, l?avantage de 18 % de droits de douane sur le marché américain compensera largement la différence, fait ressortir François Woo, directeur de la CMT.

L?entreprise pourra ainsi accroître ses exportations vers les Etats-Unis qui représentent aujourd?hui environ 12 % de ses exportations globales. Tout indique que l?AGOA sera sans doute renouvelé pour 15 ans et que la dérogation accordée aux pays les moins avancés de la région pour importer leur fil de pays tiers ne sera pas étendue pour plus de trois ans.

?L?investissement dans une filature est justifiée. Nous nous efforçons de nous adapter aux règles du jeu. On ne peut pas construire une entreprise en espérant que les règles du jeu changeront. C?est comme le démantèlement de l?accord multi-fibre. Certains ont cru que cela n?arrivera pas. Et pourtant??, déclare Louis Lai.

De plus, en se dotant d?une filature, la CMT anticipe aussi une possible hausse des prix du fil indien. ?Aujourd?hui les filateurs indiens n?ont d?autres options que de nous vendre leur fil. Mais demain, avec le démantèlement de l?accord multi-fibre, l?Inde aura tout intérêt à transformer son fil en vêtements. Nous serons alors dans une situation où le prix des vêtements sera en chute libre tandis que celui du fil sera en hausse. Il vaut mieux avoir sa propre filature pour parer à cette éventualité?, analyse François Woo.

Une filature donne aussi à la CMT la flexibilité et la réactivité cruciale pour améliorer davantage les délais de livraison, un élément-clé du marché. Avec l?effet d?entraînement de la filature et d?autres investissements à venir au niveau de la teinturerie et du tissage, la CMT compte également accroître son volume de production. Il est actuellement de 4,5 millions de pièces de vêtement par mois. L?objectif est d?atteindre les 5 millions.

?Il y a dix ans on s?était fixé comme but de devenir un world player. Nous y sommes?, déclare François Woo.

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