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Manifestation

Pensions : la rue hausse le ton, les syndicats promettent de nouvelles actions

12 juillet 2026, 12:00

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«Rann nou nou pansion», «Pansion 60 an», «Voler pansion nou pale». Les slogans ont résonné tout au long du parcours emprunté par les syndicats dans les rues de Port-Louis, hier. Plusieurs organisations syndicales, rejointes par des travailleurs du secteur public, du privé et de corps parapublics ainsi que des retraités et futurs pensionnaires, se sont mobilisées pour dénoncer la réforme portant progressivement l’âge d’éligibilité à la pension de vieillesse à 65 ans.

Au-delà de la contestation de cette mesure, les dirigeants syndicaux ont également exprimé leurs inquiétudes face à d’autres réformes économiques et sociales annoncées par le gouvernement. Tous ont toutefois lancé un même message : la mobilisation ne s’arrêtera pas à cette manifestation.

Plusieurs figures du mouvement syndical se sont succédé au micro pour appeler le gouvernement à revenir sur sa décision. Pour Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress, la démonstration de samedi constitue un avertissement. «Le message est clair. Chaque fois que le peuple sera dominé, il descendra dans la rue», a-t-il déclaré. Selon lui, le relèvement de l’âge de la pension à 65 ans pourrait ouvrir la voie à d’autres changements à l’avenir. «Aujourd’hui c’est 65 ans ; demain ce sera peut-être 70 ans», a-t-il lancé, estimant que les travailleurs entendaient montrer qu’ils étaient capables de se mobiliser collectivement.

Même tonalité chez Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), qui a dénoncé ce qu’il considère comme une réforme «antisociale». Selon lui, la pension de vieillesse doit continuer à être versée dès 60 ans. Il a également appelé le gouvernement à suspendre les réformes qu’il juge défavorables à la population. «Les travailleurs du public, du privé et des corps parapublics sont réunis aujourd’hui. C’est cette unité qui fait notre force», a-t-il déclaré.

La menace d’une grève générale

Si la manifestation d’hier se voulait avant tout une démonstration de solidarité, plusieurs dirigeants syndicaux ont déjà évoqué les prochaines étapes. Reeaz Chuttoo a indiqué que les différentes organisations se réuniraient cette semaine afin de décider des actions futures, notamment après l’étude du Finance Bill.

Parmi les scénarios envisagés figure une grève générale. «Nous attendons de voir ce que contiendra le Finance Bill. Mais si nécessaire, nous organiserons une grande mobilisation, voire une grève générale», a-t-il affirmé.

Le président de la CTSP estime que les précisions apportées récemment par le ministre Ashok Subron confirment que les personnes atteignant 60 ans à partir de 2029 devront patienter jusqu’à 65 ans pour bénéficier de leur pension de vieillesse.

Les autres responsables syndicaux présents ont eux aussi exprimé leurs critiques. Atma Shanto, président de la Fédération des travailleurs unis, a accusé le gouvernement d’avoir tenté de décourager les travailleurs et les retraités de participer à la manifestation. Selon lui, les déclarations des membres du gouvernement ces derniers jours constituent «une menace» pour les futurs pensionnaires comme pour les jeunes travailleurs. Il affirme que les syndicats poursuivront leur mobilisation jusqu’à obtenir satisfaction.

Deepak Benydin, président de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions, s’est dit surpris par l’ampleur de la participation. À ses yeux, la réforme de la pension pourrait marquer un tournant dans le modèle d’État providence mauricien. «Aujourd’hui, c’est la pension. Demain, est-ce que ce seront la santé ou l’éducation ?», s’est-il interrogé devant les manifestants.

Narendranath Gopee , président de la National Trade Union Congress a, pour sa part, salué la mobilisation populaire et plaidé pour que l’État explore d’autres pistes afin de générer davantage de recettes plutôt que de revoir le système de pension.

Jane Ragoo a rappelé que, selon elle, les élus restent comptables de leurs décisions devant les citoyens. «C’est le peuple qui les envoie au Parlement. Cela ne leur donne pas tous les droits», a-t-elle déclaré, appelant à une mobilisation commune des travailleurs des secteurs public et privé.

Le gouvernement appelé à renouer le dialogue

Plusieurs intervenants ont regretté l’absence de concertation avant l’annonce de la réforme. Radhakrishna Sadien, président de la Congress of Independent Trade Unions, a estimé que les nombreuses conférences de presse organisées par le gouvernement ces derniers jours témoignaient de l’importance de la contestation. Il a également dénoncé les mesures encadrant les rassemblements publics, estimant qu’elles risquaient de limiter l’expression démocratique.

Ashvin Gudday, négociateur de la GWF et membre de Libération Moris, a décrit la mobilisation comme «une marche citoyenne» dépassant le seul cadre syndical. Selon lui, les difficultés économiques auxquelles sont confrontés de nombreux Mauriciens ne se limitent pas à la question de la pension. Il a évoqué les pertes d’emplois, les fermetures d’entreprises, les inquiétudes liées au pouvoir d’achat ainsi que les conditions de vie de nombreux travailleurs.

Il a également soutenu que d’autres solutions pourraient être envisagées pour renforcer les finances publiques, notamment en luttant davantage contre les pertes de recettes et en améliorant le recouvrement des fonds dus à l’État, plutôt qu’en repoussant l’âge d’accès à la pension de vieillesse.

Serge Jauffret, ancien syndicaliste de la GWF, a de son côté appelé les syndicats à préserver leur unité malgré leurs différences, estimant que celle-ci sera indispensable pour les prochaines étapes de la contestation.

«Il existe d’autres solutions»

Pour Arvind Bhojun, président de l’ Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), la réforme de la pension ne constitue pas la bonne réponse aux défis budgétaires. Il affirme avoir été interpellé par de nombreux travailleurs aux revenus modestes, pour lesquels la pension de vieillesse représente un complément essentiel afin de faire face au coût de la vie. Selon lui, le gouvernement devrait davantage miser sur la croissance économique, la réduction du gaspillage et une meilleure maîtrise des dépenses publiques plutôt que de modifier l’âge d’accès à la pension.

Même analyse chez Clency Bibi, président de la GWF, qui estime qu’une réforme ne doit pas conduire à un démantèlement progressif de l’État providence. Il regrette l’absence de consultations avec les partenaires sociaux avant l’annonce des mesures et considère qu’un dialogue aurait permis d’explorer d’autres solutions.

Au terme de plusieurs heures de mobilisation, un message commun s’est dégagé : les syndicats ne comptent pas relâcher la pression. Les responsables présents ont annoncé que les discussions entre organisations se poursuivraient dans les prochains jours afin d’arrêter un calendrier d’actions. De nouvelles manifestations sont évoquées, tout comme la possibilité d’une grève générale si les revendications restent sans réponse.

Reste désormais à voir si cette démonstration de force ouvrira la voie à un dialogue entre l’exécutif et les organisations syndicales ou si le bras de fer autour de la réforme des pensions est appelé à s’intensifier dans les semaines à venir.

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