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Valorisons ces rapports qui dorment au fond des placards

11 avril 2004, 20:00

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CETTE chronique, centrée sur l?histoire de Maurice, a son histoire. Elle naît d?une perception erronée de certains à l?annonce de la création de la commission Robert Ahnee, chargée d?enquêter sur les contrats de gestion du centre d?enfouissement de déchets à Mare Chicose. Ils pensaient à tort qu?il s?agissait d?un événement plutôt rare. Les commissions d?enquête et leurs rapports, qu?on rend ou qu?on ne rend pas publics, jalonnent en fait l?histoire de Maurice. Plus particulièrement celle de la seconde moitié du XXe siècle. La création récente de certaines institutions permanentes, tels le Tribunal d?arbitrage permanent, le National Remuneration Board, la Commission des relations industrielles, l?Independent Commission against Corruption (ICAC), les instances de régulation des services financiers, de la radiotélévision (IBA), des télécommunications (ICTA), la Banque de Maurice elle-même, la State Trading Corporation, le ministère des Prix et de la Protection des consommateurs, le Control Board de l?industrie sucrière, la Sugar Authority, la Ports Authority, l?Ombudsman, le bureau des doléances contre les abus policiers, la Commission des droits de l?homme et bien d?autres institutions exercent, aujourd?hui, en permanence, à l?aide de personnels spécialisés dans les activités de contrôle qui sont les leurs, les fonctions qui furent, dans le passé, et sur une base ponctuelle et ad hoc, celles des commissions d?enquête. On y a donc moins recours qu?auparavant. Mais elles existent de longue date et font partie intégrante de notre Histoire.

Les commissions d?enquête, nous le verrons, sont innombrables. Il suffit de les retirer des oubliettes de l?Histoire et de leur donner un léger coup de plumeau pour qu?elles retrouvent leur lustre. Pour faire court, nous nous en tiendrons prochainement à la liste de leurs rapports, parfois provisoires avant de devenir définitifs mais sujets à des révisions judiciaires, souvent surprenantes mais que nous tolérons trop facilement parce qu?il est politiquement correct de sauver la face de certaines personnes bien vues de l?Hôtel du gouvernement et de puissants lobbies. Nous nous en tiendrons dans de prochaines chroniques aux seuls rapports rendus publics ou non. C?est dire, que nous laissons de côté le volumineux et si instructif travail de valeureux reporters, rendant journellement compte dans leurs journaux des travaux des audiences publiques.

Tribunal populaire

En dépit des multiples possibilités d?erreurs des audiences publiques, avec toutefois des possibilités réelles de correction immédiate et des risques également réels d?exclusion des journaux fautifs, ces commissions d?enquête et les comptes-rendus des journaux demeurent un outil pédagogique de premier ordre pour les masses populaires au nom desquelles la justice est rendue et le bon droit rétabli. Il est donc normal que les corrupteurs et autres contrevenants de l?ordre établi craignent autant les rigueurs de ce tribunal populaire, pouvant, non sans une certaine iniquité, reconnaissons-le, davantage les couvrir d?opprobre que les condamnations juridiques officielles, se perdant parfois dans une terminologie dans laquelle une chatte ne retrouverait pas ses petits.

Une commission d?enquête siégeant à huis clos perd une grande part de son importance aux yeux du public. Ce dernier l?assimile plus volontiers aux efforts désespérés de certains d?empêcher jusqu?au bout la vérité d?éclater au grand jour. Les journaux sont grandement handicapés dans l?exercice de leur devoir de révéler cette vérité historique qui devrait être le v?u général de la nation en commençant par ses dirigeants du jour. Il suffit alors d?empêcher l?écoulement des fuites pour qu?un épais silence recouvre de nouveau les circonstances ayant conduit à la réclamation d?une commission d?enquête et justifié son institution. Les enfants de Lumière ne sauraient craindre le grand jour ni la totale transparence. Seuls les enfants des Ténèbres se complaisent dans les marées noires des vilenies et autres méfaits.

Les historiens dignes de ce nom auraient tort de sous-estimer l?apport des commissions d?enquête et surtout les comptes rendus de leurs audiences publiques dans leur quête de vérité historique. Ils offrent généralement des aperçus photographiques à la fois panoramiques et détaillés d?événements ayant grandement retenu l?attention générale à une époque donnée, même si tout compte fait, on est parfois en droit de soutenir que la montagne a accouché d?une souris. La faute n?en revient pas toujours aux valeureux commissaires, chargés, souvent seuls, de la tâche herculéenne de synthétiser le plus rapidement et le plus brièvement des méfaits incalculables, les uns imbriqués dans les autres et bénéficiant souvent de protections qui, pour être occultes, ne sont pas moins haut placées. Rares sont les commissaires à avoir pu, dans ces périlleux exercices, faire mieux que Sir Maurice Rault, sous la plume duquel la rapidité d?exécution n?est surpassée que par l?à-propos et les rigueurs d?une sévérité exemplaire et sans appel. Quelques journées de travail lui ont ainsi suffi à rédiger son volumineux rapport sur les méfaits tentaculaires de la toxicomanie, épingler une bonne centaine de nos pires trafiquants de drogue et autres marchands de la mort et institutionnaliser le principe du gel des avoirs des suspects et la saisie de leurs biens mal acquis quand ils sont reconnus coupables d?être les négriers de ce nouvel esclavage de la déchéance humaine, des overdoses fulgurantes, des lentes mais inexorables agonies et autres descentes aux enfers.

Nos commissaires les plus valeureux apportent plus que leur quote-part à l?édification d?une île Maurice où règneront la Justice, le Droit, l?équité des chances et la Vérité. Ils ne sauraient être tenus pour responsables si les décideurs exécutifs et administratifs, cédant à de nouveaux lobbies obscurs et opaques, s?arrangent pour que des couches de poussière recouvrent graduellement leurs rapports et recommandations, ces trésors de bon sens et ces valeureux efforts de grand nettoyage et de salubrité publique. Ce faisant, ces décideurs confortent la population dans sa perception que trop souvent les commissions d?enquête sont créées pour noyer le poisson, pour gagner du temps, pour permettre aux pires coupables de préparer, de peaufiner, leur défense, pour que le temps fasse son ?uvre la plus pernicieuse, à savoir empêcher la masse des citoyens honnêtes de prendre leur revanche contre les tricheurs qui empruntent sans vergogne les sentiers défendus de l?argent facile mais acquis frauduleusement pour parvenir avant les autres à leurs fins et par n?importe quels moyens.

Purification publique

Il est de bon ton dans certains milieux de parler d?une île Maurice vouée à la honte et à l?infamie de la corruption. Une certaine presse fait ses choux gras de certains déclassements de l?île Maurice à l?échelle de la Transparence internationale. Pendant longtemps, Amnesty International classait ignominieusement notre île Maurice dans la catégorie, la dernière, la pire, des pays n?ayant pas aboli la peine de mort. D?autres pays comme Haïti, le Rwanda, d?autres dictatures où sévissaient les pires tyrans contemporains, jouissaient d?un meilleur classement parce qu?officiellement ils avaient aboli la peine de mort, tout en permettant, au vu et au su de tous les observateurs impartiaux, leurs tontons macoutes de se livrer à de véritables génocides. Rares alors étaient ceux rappelant que Maurice avait mis au point le plus ingénieux des stratagèmes, permettant à nos juges d?exercer pleinement l?effet dissuasif de la sanction en infligeant la peine capitale à nos pires assassins, tout en sachant bénéficier d?un parachute (Sir Maurice Rault dixit) en la personne du Premier ministre, Sir Seewoosagur Ramgoolam qui oubliait systématiquement de signer le décret rendant obligatoire et exécutoire la peine de mort.

A ceux qui parlent, qui se vantent même, d?une île Maurice vouée à la corruption éternelle, il faudrait pouvoir répondre par une exposition permanente des collections reliées plein cuir de tous les rapports stigmatisant les méfaits de certains responsables de notre administration publique et autres bandits de grand chemin. Alors, peut-être, nous pourrions avoir une perception plus exacte que, si le mal existe au sein de notre société, c?est peut-être parce que nous n?avons pas su valoriser adéquatement le travail exemplaire de nos meilleurs redresseurs de tort.

Nous énumérerons prochainement quelques-unes des commissions d?enquête jalonnant la seconde moitié du XXe siècle. Puisse cet effort, forcément incomplet et limité inspirer d?autres à de plus grandes recherches et à plus grande valorisation de cette ?uvre gigantesque de purification et de moralisation publique, réalisée au nom du peuple mauricien.

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