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Dr Dharmesh Ramlugun : «Nous nous sommes retrouvés avec une équipe multinationale sur le sol malgache»
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Dr Dharmesh Ramlugun : «Nous nous sommes retrouvés avec une équipe multinationale sur le sol malgache»
À Madagascar, des enfants atteints de graves maladies cardiaques retrouvent l’espoir grâce à des missions humanitaires spécialisées. Le Dr Dharmesh Ramlugun, chirurgien cardiaque adulte et pédiatrique exerçant au CHU de Strasbourg, a récemment participé à une opération menée par l’ONG La Chaîne de l’Espoir à Antananarivo. Entre prouesses médicales, transmission de savoir-faire et réflexion sur l’avenir de la chirurgie cardiaque pédiatrique à Maurice, il revient sur une expérience profondément humaine.
Vous avez récemment opéré des enfants à Madagascar. Comment vous vous êtes retrouvé là-bas ?
J’ai été sollicité par l’ONG La Chaîne de l’Espoir pour participer à une mission humanitaire récente à Antananarivo, au Centre hospitalier de Soavinandriana, également connu comme l’hôpital militaire. Il est important de souligner que ce projet délicat bénéficie du soutien de l’Agence Française de Développement (AFD), ce qui témoigne de son niveau d’exigence et de son importance.
Depuis plusieurs années, je collabore avec des collègues, aussi bien sur le plan national qu’international. Lorsque l’on travaille sérieusement, dans un esprit de confiance et de bonne entente, certaines opportunités se construisent naturellement. En raison des liens géographiques, mes collègues du CHU Nord de La Réunion étaient déjà impliqués dans ce projet, notamment dans la prise en charge diagnostique puis thérapeutique.
Je tiens à préciser que cette participation repose uniquement sur le volontariat. Une telle mission se prépare toutefois bien en amont, à travers des échanges, des réunions et des consultations multidisciplinaires à distance, menés en étroite collaboration avec les médecins malgaches.
Quels sont les types d’opérations effectués ?
Il s’agissait d’une mission de chirurgie cardiaque pédiatrique. Elle portait principalement sur deux grands types de pathologies : les maladies des valves cardiaques défaillantes et les communications anormales à l’intérieur du cœur, notamment les communications interventriculaires, appelées CIV en français ou VSD en anglais.
Cette prise en charge soulève une double problématique. D’une part, nous rencontrons des maladies devenues rares dans les pays développés. D’autre part, les enfants sont souvent pris en charge beaucoup plus tard que ce qui serait recommandé dans un contexte idéal.
Par exemple, la maladie rhumatismale cardiaque est devenue rare à l’échelle mondiale grâce à la démocratisation des traitements antibiotiques. Pourtant, dans un pays comme Madagascar, elle touche encore un nombre important d’enfants.
Concernant les CIV - ces «trous» dans le cœur soumis à de fortes pressions - l’intervention devrait idéalement avoir lieu avant l’âge de six mois. Dans le cadre d’une mission humanitaire, nous intervenons souvent beaucoup plus tard, après une longue période de souffrance pour l’enfant et pour sa famille.
L’objectif, en chirurgie cardiaque pédiatrique, est de réparer les anomalies en conservant autant que possible les tissus naturels de l’enfant. Cette approche permet d’éviter les complications liées aux prothèses, en particulier la nécessité de traitements anticoagulants, leurs effets secondaires importants et les contraintes qu’ils imposent au quotidien.
Chez les jeunes filles, cette stratégie est également essentielle, car elle peut permettre d’envisager plus tard une vie de famille et une grossesse sans risque médical supplémentaire lié à une prothèse ou à un traitement anticoagulant au long cours. Dans un contexte comme celui de Madagascar, où l’accès aux soins et aux médicaments peut être difficile, il est d’autant plus important de privilégier ces chirurgies réparatrices.
Parlez-nous de l’organisation et de la logistique mises en place pour un tel déplacement ?
Il s’agit d’une organisation à dimension internationale. Pour intervenir dans de bonnes conditions, il faut réunir des compétences très spécialisées, parfois difficiles à mobiliser localement.

Les experts en cardiologie pédiatrique et en chirurgie cardiaque pédiatrique sont rares. Une mission comme celle-ci nécessite une équipe particulièrement solide, capable de garantir la sécurité des procédures à chaque étape. Elle mobilise notamment : des chirurgiens cardiaques, des cardio-pédiatres, des anesthésistes et réanimateurs, des infirmiers de bloc opératoire, de réanimation et de service, des perfusionnistes, techniciens et autres professionnels paramédicaux. Nous nous sommes donc retrouvés avec une équipe multinationale sur le sol malgache, ce qui a rendu l’expérience particulièrement enrichissante.
Sur le plan logistique, l’équipe de La Chaîne de l’Espoir avait tout organisé avec beaucoup de rigueur : les déplacements internationaux et locaux, la sécurité sur place, le matériel nécessaire à la mission, ainsi que les débriefings autour des procédures. Grâce à cette préparation, les bénévoles médicaux et paramédicaux ont pu travailler sereinement et se concentrer pleinement sur la prise en charge des enfants.
Quel est l’objectif de ce genre de déplacement ?
L’objectif premier de ce déplacement est d’apporter un véritable soulagement aux patients et à leurs familles. Il s’agit de permettre aux enfants d’être soignés chez eux, sans les éloigner de leur environnement naturel. Au-delà de la notion de mission humanitaire, cette démarche nous ramène au rôle fondamental du médecin : soigner, où que l’on soit, avec compétence et compassion.
À cet objectif principal s’ajoutent naturellement d’autres bénéfices essentiels : partager les connaissances et les bonnes pratiques, former le personnel médical et paramédical local, améliorer le dépistage des maladies et poser des diagnostics plus précis, identifier les limites de chaque situation et anticiper les difficultés, les pièges ou les complications possibles.
De ce fait, un autre objectif fondamental qui s’active et qu’on le souhaite : faire gagner l’équipe locale en autonomie. Enfin, il est difficile de mesurer pleinement les bienfaits d’un tel déplacement. Aucune échelle, aussi précise soit-elle, ne peut réellement traduire la satisfaction humaine profonde ressentie, aussi bien du côté des patients que de celui des soignants.
Quelle est la situation au niveau médicale et infrastructurelle à Madagascar ?
Comme on le sait, Mada est un pays pauvre. Je ne serais pas apte à poser un regard sur leur situation médicale globale car je ne la connais pas profondément et ce serait injuste de juger.
Cependant, de ce que j’ai pu voir et vivre, les efforts sont faits par tout le monde avec les moyens du bord. Pour une population estimée à 30 millions, il y a un manque de médecins globalement. Certes, il y a encore beaucoup de retard à rattraper en termes de structuration mais au moins les médecins qui y sont, restent volontaires et veulent le progrès médical du pays.
De toute façon, comme dans tous les pays frappés par la pauvreté, on note un accès aux soins difficile pour les patients, d’autant plus qu’ils habitent loin de la capitale et cette difficulté s’amplifie quand il s’agit des soins spécialisés.
D’un point de vue infrastructure, il est évident que les locaux ne sont pas hi-tech, mais les gens se sont adaptés à travailler dans ces conditions malheureusement. Cela prendra du temps pour faire évoluer les choses, mais ce n’est pas impossible. Par exemple, le local dédié à la chirurgie cardiaque pour notre mission était aux normes quasi-européennes (bloc opératoire, réanimation, accueil), ce qui veut dire que si les moyens sont mis, rien n’est impossible avec le bon personnel.
Peut-on envisager ce genre d’opération pour les enfants à Maurice dans les hôpitaux publics ?
Oui, bien évidemment. Il me semble d’ailleurs que certaines missions sont déjà organisées dans le secteur public. Je ne dispose pas de davantage d’informations à ce sujet, mais c’est une initiative positive pour les enfants concernés et pour leurs parents. Le ministère de la Santé fait au mieux avec les moyens dont il dispose.
À Maurice, beaucoup de choses peuvent être envisagées. J’ai moi-même réalisé des interventions de chirurgie cardiaque pédiatrique sur le sol mauricien, sans aide étrangère, la première ayant eu lieu en novembre 2023.
Cela pose toutefois une question plus large, qui mérite une réflexion profonde et dépasse les clivages habituels. À Madagascar, pays pauvre, les missions humanitaires ont pour objectif d’aider les équipes locales, mais aussi de les accompagner vers une plus grande autonomie dans la prise en charge de maladies complexes.
À Maurice, pays relativement bien doté en matière de développement, des missions médicales sont organisées depuis des décennies et apportent un réel soulagement aux patients. Mais compte tenu de notre position économique intéressante en Afrique, n’est-il pas temps d’envisager un service continu dans ce domaine ?
Je serais le premier à soutenir une telle initiative et à contribuer à sa construction pour mon pays natal. Mais cela suppose de former sérieusement les professionnels à ces spécialités. Comprendre et prendre en charge ces maladies demande des années d’apprentissage, non seulement au bloc opératoire, mais aussi dans le diagnostic, le suivi et l’accompagnement des patients.
Avec les bonnes personnes, motivées par l’amour du métier, dotées de la bonne attitude et animées par une vision globale de bienfaisance et de bienveillance, tout devient possible.
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