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Gestion des morgues
Entre dysfonctionnements et allégations de trafic de cadavres non confirmées
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Gestion des morgues
Entre dysfonctionnements et allégations de trafic de cadavres non confirmées
Le corps de Jean-Noël Thomas n’a été identifié et remis à sa famille que le 27 juin 2026, près de neuf mois après son décès.
Le cas de Jean-Noël Thomas révèle des défaillances structurelles dans la gestion des corps dans les morgues publiques. Admis à l’hôpital Victoria, Candos, le 8 octobre 2025, il y a succombé neuf jours plus tard. Son corps n’a été identifié et remis à sa famille que le 27 juin 2026 – près de neuf mois après son décès – créant un précédent troublant qui a attiré l’attention du Parlement.
Répondant à des questions parlementaires du 7 juillet, le ministre de la Santé, Anil Bachoo, a confirmé qu’environ 100 corps sont actuellement conservés dans les morgues publiques. Cette révélation soulève des inquiétudes quant à la capacité du système à gérer les dépouilles de manière appropriée et opportune. Le ministre a confirmé qu’une nouvelle morgue sera très prochainement opérationnelle à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo.
Obstacles administratifs et identification
Selon Anil Bachoo, les retards dans la remise du corps à la famille résultent de procédures d’identification complexes et de démarches administratives inhabituelles. Dans le cas de Jean-Noël Thomas, l’identification a nécessité l’intervention policière et l’analyse d’empreintes. Après l’autopsie, le corps a été transféré à l’hôpital de Flacq en raison de l’absence de place à la morgue de celui de Candos. Sans famille formellement identifiée, les funérailles n’ont pu être organisées. Ce n’est que grâce à un tatouage sur la poitrine que Stéphanie Léonide, la sœur du défunt, a pu l’identifier en juin 2026.
Allégations de trafic de cadavres
La députée Anabelle Savabaddy a soulevé des allégations concernant un possible trafic de cadavres dans les hôpitaux publics. Le ministre de la Santé a déclaré n’avoir aucune information à ce sujet. Contacté, le Dr Satish Boolell, ancien médecin légiste en chef de la police et actuellement médecin légiste dans le secteur privé, a affirmé ne pas être au courant de tels faits. Il a souligné que quiconque formule des allégations doit les étayer publiquement.
Le Dr Boolell a rappelé un principe fondamental : «La morgue n’est pas un espace pour conserver des cadavres sur une longue durée. Ce n’est pas un espace de stockage, mais un espace transitoire vers le lieu de la crémation ou de l’inhumation.» Il a exprimé son scepticisme face au chiffre de 100 cadavres actuellement conservés, estimant que cette situation nécessite une clarification des autorités. L’expert a précisé que l’administration hospitalière relève de la responsabilité du ministère de la Santé et que la gestion des cadavres doit respecter des normes sanitaires strictes. Le maintien prolongé de dépouilles présente des risques d’infection. Selon lui, une personne au sein du ministère aurait dû prendre la responsabilité de disposer du cadavre de Jean-Noël Thomas. Autrefois, la Sanitary Authority gérait ces arrangements.
Le Dr Boolell a également souligné que la loi encadre strictement les exhumations, ce qui complique davantage la situation. Les défis liés à la récupération de cadavres sont multiples : certains corps restent non réclamés pendant des années, notamment en raison de l’identification incertaine de victimes sans domicile fixe ou socialement isolées.
Le cas de Jean-Noël Thomas illustre une tension entre les capacités administratives limitées et les obligations légales et sanitaires. Bien que les allégations de trafic de cadavres ne soient pas confirmées, la gestion prolongée de dépouilles soulève des questions légitimes sur l’efficacité du système, et la nécessité de réformes administratives pour accélérer les processus d’identification et de remise des corps aux familles.
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Corps non réclamés
Le protocole de gestion des corps non réclamés à Maurice repose sur des étapes administratives, judiciaires et médico-sociales précises. Lorsqu’un patient décède en milieu hospitalier ou qu’un corps non identifié est admis, les services mortuaires enregistrent ses données. Si aucun proche ne se manifeste après un certain délai, le protocole s’active.
Les étapes du protocole
Enquête policière : Tout corps qui demeure non réclamé à la morgue après un délai de trois mois fait l’objet d’un signalement automatique à la police. Une enquête est alors ouverte pour identifier le défunt ou localiser ses proches.
Avis du «State Law Office» (SLO) : Pour disposer légalement d’une dépouille, le ministère de la Santé doit obligatoirement transmettre le dossier complet au SLO afin d’obtenir son feu vert juridique.
Le cadre légal applicable
La «Civil Status Act» : Cette loi encadre l’enregistrement obligatoire de tout décès sur le territoire dans un délai de 48 heures. Pour un corps non identifié ou non réclamé, l’article 45 de la Civil Status Act impose des dispositions spécifiques pour dresser un acte de décès malgré l’absence de déclarant familial.
La «Public Health Act» : Ce texte confère au ministère de la Santé l’autorité sanitaire de la gestion et l’élimination des dépouilles pour des raisons d’hygiène publique. C’est sur cette base réglementaire que le département sanitaire peut ordonner une inhumation administrative si le corps présente un risque sanitaire ou pour désengorger une morgue.
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Anil Bachoo : «Le ministère de la santé n’a connaissance d’aucun cas de prétendu trafic de cadavres»
«Je tiens à réaffirmer qu’à ce jour, le ministère de la Santé et du Bien-être n’a connaissance d’aucun cas de prétendu ‘trafic de cadavres’ dans les établissements de santé publique. Aucune plainte ni information crédible en ce sens n’a été portée à notre attention. Il est profondément irresponsable de lancer de telles allégations sans le moindre élément de preuve. De telles déclarations ne font que semer le doute et l’inquiétude au sein de la population, tout en portant atteinte à la confiance envers nos institutions et nos professionnels de santé. Si une personne, qu’elle soit députée ou simple citoyenne, détient des preuves ou même des informations crédibles concernant des faits aussi graves, son premier devoir est d’en informer immédiatement la police afin qu’une enquête puisse être menée. Ces questions ne doivent en aucun cas être utilisées à des fins politiques.»
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