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Le glissement : de l’enfer au super enfer
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Le glissement : de l’enfer au super enfer
• Chocs exogènes ou défaillances de la réponse politique ?
«L’art de l’imposition consiste à plumer l’oie pour obtenir le plus possible de plumes avec le moins possible de cris.»
Jean-Baptiste Colbert,
(Contrôleur général des finances de Louis XIV)
• Devoir de vérité : la porte fermée de l’intérieur
Une nouvelle série inspirée du récent Budget, qui promet à nouveau de tourner la page. Le titre pourrait laisser croire à un écho à la cosmologie chrétienne de C. S. Lewis, d’autant que ce dernier hante déjà ce Budget par une citation qui, paraît-il, ne lui appartient pas. Il n’en est rien : les vocables «enfer» et «super enfer» sont empruntés à la Banque de France, mécanisme de contrôle du crédit démantelé dans les années 1970. Le Budget revendique le devoir à la vérité. Courage du verbe, volonté de l’acte, capacité de l’épreuve. Trois critères, une hiérarchie : sans le premier, les deux autres ne sont que slogans. Parce que le courage du verbe ne se mesure pas à l’annonce mais au regard en arrière, à l’aveu. Un Budget muet sur son passé n’a rien à dire sur son avenir !
• Dans le rétroviseur
‘You can’t go back and change the beginning; but you can start where you are and change the ending.’ Formulation juste comme point de départ, mais elle ne dispense pas d’un préalable essentiel : comprendre pourquoi ce commencement fut ce qu’il fut. Cicéron l’exprimait déjà : Historia magistra vitae – l’histoire, maîtresse de vie. Reconnaître le passé n’est pas s’y complaire, ni condamner ; c’est se donner les moyens d’un diagnostic honnête, sans lequel toute promesse de rupture reste incantatoire. Un quart de siècle de trajectoire économique – choix, renoncements, occasions manquées – exige un bilan lucide, condition sine qua non pour que cette promesse d’un nouveau cap ait une chance réelle d’être crédible et fiable.

• Trajectoire économique 2000-2024
La grille d’analyse s’articule autour de deux paires d’indicateurs qui recentrent la narration du subjectif vers le quantifiable empirique. En abscisse, l’indice de misère (le président Reagan en fit une arme politique en 1980) : la somme du taux d’inflation et du chômage, ce que subit le peuple au quotidien. En ordonnée, la somme des déficits budgétaire et extérieur – le terreau structurel du malaise, les causes, la toile de fond des choix/objectifs de politique économique. Gouverner est un privilège. Décider est une responsabilité. Et la responsabilité se doit une vérité : ne jamais oublier la réalité de ceux pour qui l’on décide. Le diagnostic est sans complaisance : un glissement du quadrant bleu de faible tension – misère modérée (<13,5 %) déficits contenus (<10 %) – vers les zones de forte tension, où l’inflation, le chômage et les déséquilibres explosent, le super enfer. La question : le monde a-til simplement frappé trop fort, ou les choix de politique économique ont-ils amplifié ces coups reçus ?

• Choc exogène ou faute endogène ?
La thèse de la fatalité invoque le démantèlement de l’Accord multifibres (2005), la flambée des matières premières (2007-2008), indice de misère au-delà de 17 %, déséquilibres à 12 % du PIB. Puis la pandémie, qui anéantit le tiers des recettes touristiques et porte les déficits à 26 % du PIB en 2020.
Mais la décennie intermédiaire (2009- 2019) dément l’inévitabilité. Après le nadir de 2011 – indice de misère à 14 % et double déficit à 17 % – l’économie se redresse. 2012-2019 – nuage de points bleus en haut du quadrant bleu : l’indice de misère entre 7 et 13 % et le double déficit entre 5 et 10 %. Cette période de consolidation rejette la thèse de fatalité.
• Verdict : Vide prémédité
Les chocs exogènes ont bien tiré la détente. Mais l’arme est celle que notre politique économique avait elle-même chargée : déficits chroniques, politique monétaire laxiste, et dépendance malsaine sur l’importation. Le vrai verdict est celui-ci : le monde ne nous a pas bannis dans le super enfer, c’est le renoncement aux choix difficiles ; un vide non pas subi, mais prémédité. Préméditation avec circonstance atténuante ? Non, les faits rejettent cette thèse. Circonstance aggravante, en effet : celle qui transforme la faute en système.
À suivre dans la Partie II.
Écouter sur YouTube : Ces gens-là, de Jacques Brel
«Et puis, et puis, et puis…»
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