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Examens de Cambridge : zéro

2 septembre 2026, 10:03

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À l’île Maurice, durant au moins un siècle, l’éducation d’un jeune n’avait qu’un firmament : «la» Senior. Le Senior Cambridge Certificate ouvrait les portes donnant accès aux études supérieures. L’emploi dans ce que le colonisateur anglais appelait «le service civil» (la fonction publique) exigeait «la» Senior. On pouvait devenir enseignant, infirmier ou policier. Bref, Cambridge était le palier vers la réussite d’une vie. Être admis à l’université de Cambridge, en Angleterre, était l’absolu privilège. Seuls les «lauréats» de Maurice pouvaient y aspirer. De nos jours, l’université de Cambridge reste convoitée parmi les dix meilleures universités dans le monde. Incontestablement, elle est no 1 en Angleterre. Et pourtant, Cambridge elle-même vient de faillir à des examens. L’examen de l’opinion publique. L’examen du cas du Dr Arday.

Il s’appelait Jason Arday. Il n’avait que 41 ans. Il était déjà entré dans l’histoire de l’Angleterre. Non pas parce qu’il était de sang royal. Ni champion sportif ni nouvel élu au Parlement de Westminster. Mais parce que le Dr Arday était le plus jeune professeur noir de l’histoire à accéder au rang de professeur employé par la prestigieuse université de Cambridge. D’origine des plus humbles, ayant grandi dans un quartier tendu du Sud de Londres, Jason Arday avait été diagnostiqué autiste. Malgré ses handicaps, de hautes études lui valurent un PhD de sociologie à l’université John Moores de Liverpool.

Le 14 août 2026, le Dr Jason Arday a été retrouvé mort chez lui. Des accusations de plagiat et de mythomanie l’avaient d’abord poussé à démissionner de son poste de professeur à Cambridge. La presse s’était ensuite emparée de son cas pour en faire un interminable scandale. Les péchés de Jason Arday seraient plus graves que les bombardements de Gaza ! Malgré le fait qu’il avait été exonéré de toute tricherie de la part de l’université de Liverpool, pris dans ce terrible ouragan, le fragile Jason aurait mis fin à ses jours.

■ Dr Jason Arday., PhD ■ Dr Jason Arday., PhD (09.05.1985 – 14.08.2026)

Une véritable tragédie a coûté la vie à un homme de valeur. Les chaînes de télévision majeures ont interrompu le flot d’informations pour se pencher sur l’évènement. Des manifestations publiques ont lieu à Londres. L’analyse ne fait que commencer. Les principaux suspects sont évidents : la presse a agi comme un rouleau compresseur dans cette triste histoire ; les réseaux sociaux ont transformé l’opinion publique en une machine à palabres qui peut fabriquer de faux héros et démolir les vrais ; la forte poussée des forces politiques dans les pays avancés se traduit par une extrême droite qui s’acharne contre l’étranger, le demandeur d’asile, le voisin déclassé ; le mantra d’un dieu blond Make America Great Again agit comme une épidémie qui aurait affecté même les institutions comme Cambridge. Si le racisme antinoir ne lynche plus ses victimes au premier arbre, il les pousse à se noyer dans la Manche. Ou à s’éliminer discrètement chez eux. Comme le Dr Arday.

L’acharnement contre le Dr Arday ne tarit pas malgré son apparent suicide. Selon certains nostalgiques d’un Cambridge longtemps réservé à la crème de la crème (comprendre aussi couleur crème), la prestigieuse université aurait été contaminée par le wokisme en octroyant une distinction à un «charlatan». L’autisme n’affecterait pas les maîtres de conférences… L’argument de plagiat s’appliquerait à l’académique d’origine africaine. En 2026, le phénomène technologique IA acclamé comme une panacée messianique, ne serait-il pas une gigantesque machine à plagier ? Le plagiat par excellence ne serait-il pas le robot, copie mécanique de l’être humain ?

Au crédit de l’Angleterre, je ne peux m’empêcher de mentionner le cas sur lequel j’ai travaillé durant une décennie à Croydon : celui de Samuel ColeridgeTaylor, le compositeur-chef d’orchestre noir, qui se distingua tranquillement avec sa musique classique dans l’Angleterre victorienne. Fils d’immigrés du Kenya et de la Tanzanie, et de souche indienne, Rishi Sunak a bel et bien été Premier ministre de la Grande-Bretagne. Le joueur qui marqua trois buts pour hisser l’équipe d’Angleterre à la troisième place de la Coupe du monde de football 2026 porte un nom nigérian – Bukayo Saka. Comment ignorer de telles valeurs supérieures de tolérance et d’intégration ? Hélas ! Une forme de panique forçant le recul du monde dit civilisé et imposant les pires cruautés envers l’autre compte désormais une nouvelle victime : Jason Arday.

Pour en revenir à Cambridge, les résultats d’examens sont au tableau. Discernement – zéro ; humanité – zéro ; cohérence – zéro ; valeurs universelles – zéro ; empathie – zéro ; management du personnel – zéro ; courage moral – zéro. Pour reprendre le commentaire préféré des examinateurs de «la» Senior : Can do better !

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