Publicité

Faits et perception

10 avril 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?individu qui fonctionnait dans un monde dichotomique avec des référents clairs, voire simplistes, n?est plus. L?être moderne est plus complexe. Il a surtout plus d?attentes pour les différents rôles et fonctions qu?il accomplit au sein de la société. En tant que parent, il n?a pas la seule responsabilité d?économiser de l?argent pour réussir l?éducation de ses enfants. Les offres académiques s?étant diversifiées, il se doit de travailler davantage pour pouvoir offrir la crème du système éducatif payant à ses enfants. Il en est de même du système de santé. En tant que salarié, contribuable et actionnaire, il exprime des aspirations de justice et d?équité qui sont des plus légitimes. En tant que consommateur, il revendique ses droits. En tant que citoyen, il réclame son espace d?épanouissement dans un contexte social convenable. Toutefois, la collectivité ne répond pas toujours de façon satisfaisante aux différentes aspirations du citoyen.

Ce dernier n?est plus à l?image de celui d?avant. On se souvient encore de ce politicien, ministre à plusieurs reprises, qui laissait entendre que « enn ti la monnaie dithé » pouvait à peine être interprété comme un acte de corruption. C?était aussi vrai que le système laissait cohabiter corruption à col blanc et petite corruption. Aujourd?hui, les donnes ont changé, d?autant plus que l?arsenal répressif a été alourdi. Et le petit peuple ne peut plus tolérer un système qui laisse filer les grands mafieux. Il se fait alors des représentations. Le sondage réalisé pour l?Icac dresse le canevas des perceptions.

Celui-ci, comme il fallait s?y attendre, est peu reluisant pour les douaniers, les politiques et les policiers : tous ceux qui sont à des postes stratégiques. Ce n?est certes qu?une question de perception. Mais elle traduit la profonde désaffection pour des institutions importantes : la douane, le Parlement, la police. Ceux qui n?ont rien à se reprocher dans ces institutions feront ressortir qu?ils sont victimes de brebis galeuses. C?est la formule consacrée et on s?y est habitué. Ce sont d?ailleurs les termes indiqués pour rester dans les limites du langage correct. Le contrat de confiance entre les citoyens et les institutions est encore à signer et ce n?est pas un sondage qui le fait ressortir. Les faits sont là, même si, assez souvent, ces faits reposent sur des jeux de perception. Les nouvelles mesures prises et les institutions mises en place pour combattre la corruption sont loin de produire les résultats attendus. À leur crédit, il faut faire ressortir qu?elles fonctionnent dans un système vicié par un jeu de pouvoir extrême.

Face à des lois dures et exigeantes, les citoyens font preuve de la même exigence. Toutefois, ils ont l?impression que l?ascenseur ne fonctionne pas toujours dans les deux sens, qu?il y a des inégalités. Sur ce chapitre, il est peu probable qu?on puisse les convaincre que ce n?est qu?une question de perception. Pour sortir de ce piège, nos dirigeants n?ont que les faits pour les absoudre. Or, si la perception persiste, c?est que les faits ne sont pas aussi probants.

Publicité