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Rs 500 000 pour retrouver le tueur de Jonathan Koo Yan Too
Quand l’argent peine à faire parler dans des affaires criminelles
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Rs 500 000 pour retrouver le tueur de Jonathan Koo Yan Too
Quand l’argent peine à faire parler dans des affaires criminelles
■ Jonathan Koo Yan Too ; Nadine Dantier ; Soopramanien Kistnen; La grande évasion à la prison de Grande-Rivière-Nord-Ouest.
Au cours de la semaine, la police a annoncé la mise en jeu d’une récompense de Rs 500 000 pour quiconque fournirait des informations permettant de faire avancer l’enquête sur la mort de Jonathan Koo Yan Too et de mettre la main sur le véritable coupable. La Major Crime Investigation Team (MCIT) a lancé cet appel au public, précisant que toutes les informations reçues seront traitées dans la plus stricte confidentialité.
Jonathan Koo Yan Too, 40 ans, a été retrouvé abattu d’une balle en plein cœur le 11 juin, dans la chasse qu’il gérait. Peu avant 16 h 30, il avait averti ses collaborateurs sur WhatsApp qu’il venait d’entendre deux détonations et qu’il allait vérifier – son dernier signe de vie. Inquiets, quatre de ses collègues ont découvert son corps dans la soirée, gisant dans une mare de sang. Une seconde arme qu’il possédait a finalement été localisée intacte à son domicile à RoseHill. Des officiers de Scotland Yard ont même été dépêchés sur place pour prêter mainforte à la police mauricienne. Si la piste du braconnage a longtemps été privilégiée, celle d’un règlement de comptes est aussi explorée. Malgré plusieurs auditions, l’enquête reste au point mort, au point d’avoir motivé un changement à la tête de la MCIT, et une pétition en ligne réclamant justice a déjà recueilli plus de 3 400 signatures.
Des précédents qui n’incitent guère à l’optimisme
Ce n’est pas la première fois que de l’argent est agité devant le public pour faire parler. L’affaire Soopramanien Kistnen en est l’illustration la plus marquante : cet agent politique du Mouvement socialiste militant avait disparu le 16 octobre 2020, avant que son corps calciné ne soit retrouvé deux jours plus tard dans un champ de canne à Telfair. La thèse du suicide, d’abord privilégiée, a été écartée au profit de celle de l’homicide. Une récompense de Rs 400 000 a été offerte dès janvier 2021, puis une prime allant jusqu’à Rs 5 millions réclamée par l’avocat Rama Valayden. L’affaire reste, des années plus tard, non résolue.
Affaire Nadine Dantier : le mystère reste entier
L’affaire Nadine Dantier, demeure l’un des dossiers criminels les plus marquants à Maurice. Le 25 juin 2003, l’étudiante de 21 ans avait disparu après sa journée de travail au KFC. Son corps a été retrouvé le lendemain sur un terrain à Albion, non loin de son domicile. En 2021, de nouvelles analyses scientifiques avaient été réalisées sur des éléments ADN conservés dans le dossier. En 2023, les parents de Nadine Dantier avaient offert une récompense pour toute information pouvant aider à résoudre cette affaire. À ce jour, le meurtrier court toujours.
Autre dossier resté célèbre pour son dénouement inachevé : celui de Sténio Hervel, surnommé Piou-Piou. Cet ex-cadre de la sucrerie de Medine avait abattu de sang-froid, le 18 janvier 1986, trois hommes : Cyril de Guardia de Ponté, un Field Manager de 54 ans, Raymond Desvaux de Marigny, Assistant Field Manager de 40 ans, abattu à son bureau 20 minutes plus tard, et Aumbicaduth Sooknundun, sergent de police retraité de 62 ans, tué sur la route menant à Baie-du-Tombeau. Son signalement avait été communiqué à tous les postes de police et d’autres membres de l’état-major de Medine avaient dû être placés sous protection. Une récompense avait aussi été proposée. Piou-Piou avait finalement pris la fuite, dans des affaires criminelles qu’il se serait réfugié en Australie. Treize ans plus tard, en janvier 1999, la Cour suprême l’a officiellement déclaré «absent» du pays.
Le mystère de sa disparition demeure entier. Il en va de même pour la mutinerie et l’évasion du 27 juin 2010 à la prison de Grande-Rivière-Nord-Ouest, où une récompense avait aussi été mise sur la table. Ce dimanche-là, les détenus du Bloc C avaient refusé de regagner leurs cellules, agressant et enfermant la quinzaine de gardiens présents pour 150 détenus avant de saccager les locaux. Trente-quatre prisonniers s’étaient évadés, dont Steeve Monvoisin, impliqué dans le hold-up de la Mauritius Commercial Bank de 2005. En fin de journée, 19 détenus couraient toujours.
L’argent, un levier à double tranchant
Pour comprendre pourquoi la question des récompenses divise autant, il faut se tourner vers ceux qui ont eu à gérer ce genre de dossiers sur le terrain. Ranjit Jokhoo, ancien inspecteur à la MCIT, estime qu’une récompense peut être à double tranchant : ce ne sont pas les gens de bureau qui dénoncent, mais souvent de petites gens sur le terrain, proches du milieu de la drogue, qui détiennent des informations sur les meurtriers et la police devait souvent débourser les sommes réclamées. Pour lui, l’essentiel du travail de la MCIT consistait à mobiliser rapidement, dans la semaine suivant un meurtre, tous les effectifs disponibles avant que quiconque ne se sente exposé en tant qu’informateur.
Dev Jokhoo, ancien responsable au sein du National Security Service, se souvient pour sa part du cas de Toorab Bissessur, un des protagonistes de la fusillade de la rue Gorah Issac en 1996, qu’il avait eu la lourde tâche de faire parler. L’homme aurait alors tenté un chantage, réclamant Rs 8 millions en échange de tout dévoiler. Selon Dev Jokhoo, il savait d’avance que la police n’allait jamais accepter de verser une somme pareille sans garantie préalable – illustration d’un obstacle presque aussi tenace que le silence lui-même.
C’est dans ce contexte que le dossier de reward money refait surface : la Financial Crimes Commission aurait finalisé ce dossier et l’aurait transmis au Directeur des poursuites publiques. Ces affaires, aussi différentes soient-elles, partagent un même dénominateur, la difficulté d’obtenir la coopération de témoins malgré l’appât financier.
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