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Quand Hurnam embarrasse?
Devendranath Hurnam, plus connu sous le nom de Dev Hurnam, demeure une épine plantée dans le pied de son parti, le MMM et partant, du gouvernement. L?avocat-parlementaire a certes vu sa condamnation de six mois de prison cassée à cause d?un point technique. Il avait été condamné pour entente délictueuse par la cour intermédiaire et avait interjeté appel auprès de la Cour suprême. Mais même s?il a échappé à la prison, celle-ci lui a infligé une cinglante gifle en invitant l?Attorney General à voir s?il y a lieu de sanctionner sa conduite professionnelle.
«Laisse li. Ki pou ale fer polémique ar sa aster». Ce sont les seuls commentaires qu?on a pu arracher d?Ivan Collendavelloo, secrétaire general mauve et l?un des avocats de Dev Hurnam. L?affaire Hurnam a été évoquée au cabinet vendredi. Elle est toujours source de gêne entre les deux partenaires de l?alliance. À tel point que le Premier ministre aurait pris position avec fermeté, insistant qu?on ne peut rester les bras croisés après pareil jugement.
D?ailleurs, l?Attorney General a déjà demandé au parquet d?étudier le jugement. ?Le dossier est à l?étude?, a confirmé Emmanuel Leung Shing à l?express-dimanche.
Mais Dev Hurnam, lui, trop content d?être épargné d?un séjour en prison ? ce qui l?aurait contraint de démissionner du Parlement et de ne plus exercer au barreau - a fait éclater des pétards devant son étude. Il organise aujourd?hui un defilé de Port-Louis à Triolet, sa circonscription, où il tient un « meeting de la vérité », au cours duquel il donnera son interprétation du jugement.
Ce meeting en solo illustre bien la personnalité de Dev Hurnam : un agitateur que son parti arrive difficilement à brider. Même quand il avait été suspendu en juillet 2001 du barreau pour indiscipline, le MMM n?avait pris aucune sanction contre lui. Idem après sa condamnation par la cour intermédiaire en août 2003. Le Premier ministre le sait : Hurnam peut provoquer une partielle.
Si le gouvernement se fait tranquille, en revanche, il fallait s?y attendre : l?opposition jubile et ne veut plus lâcher l?os Hurnam. Rama Valayden du MR tient une conférence de presse, dont le thème est : « Dev Hurnam must resign ». Madun Dulloo abonde dans le même sens : « Dev Hurnam, au nom de la moralité, n?a plus le droit de siéger au Parlement. » L?opposition travailliste compte, elle, interroger l?Attorney General pour voir ce qu?il adviendra du dossier.
À bien voir, le jugement de la Cour suprême donne des munitions de choix aux détracteurs du gouvernement. « The evidence actually revealed a conspiracy to fabricate a false alibi so as to exculpate a culprit involved in a hold-up (?) But the prosecution chose to prosecute the appellant for a rather different conspiracy, namely an agreement to hinder the police in their enquiry by fabricating a false alibi », fait ressortir noir sur blanc le jugement de la Cour suprême. En d?autres mots, les juges Eddy Balancy et Saheeda Peeroo donnent raison aux magistrats, à l?effet qu?il y a bel et bien eu entente délictueuse entre l?avocat Dev Hurnam et son client, Soobashing Bholah, pour fabriquer un faux alibi dans l?affaire du braquage de la State Bank de Grand-Bois, le 4 mai 2000. Mais c?est sous le délit de complot pour entraver l?enquête que la police avait choisi de poursuivre Dev Hurnam : « In so doing the prosecution cast upon itself the burden of proving a conspirational object of which it had no evidence ». Ce qui explique pourquoi Hurnam a été acquitté?
Et pour ceux qui pensaient que le Bar Council se pencherait sur le côté éthique de cette affaire, force est de constater que tel ne sera pas le cas. « Le sujet a été discuté mais on préfère que le bureau de l?Attorney General traite le cas puisque nous n?avons pas de pouvoir. Comme vous le savez, nous sommes limités. Et vu le sérieux de cette affaire, c?est à l?Attorney General de prendre les mesures qui s?imposent », déclare Me Sanjay Bhuckory, président du Bar Council. Cet avis ne fait pas l?unanimité dans le milieu du judiciaire. Car en passant la balle à l?Attorney General, le Bar Council « donne l?impression de vouloir protéger l?un des siens? ».
Le parquet, qui a hérité de cette potentielle bombe politique de la Cour suprême, aura à « handle with care » cette affaire.
Mais Dev Hurnam, qui a déjà mobilisé ses partisans, brandit sa carte maîtresse : en cas de sanction, il démissionnerait et infligerait au gouvernement une partielle, encore une autre en région rurale ?.
<I>Le jugement de la Cour suprême donne des munitions de choix aux détracteurs du gouvernement.</I>
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