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L?efficacité dans la discrétion
Ce sens de la mesure propre à Prabha Chinien, 47 ans, née Packiry-Poullé, transpire d?abord dans son physique. Cheveux courts, tailleur marine relevé d?une blouse blanche et d?un foulard, des bijoux discrets? Modération aussi dans la voix et les propos, mais sans langue de bois. Et sa devise est : l?efficacité dans la discrétion.
Ce sens de la mesure, de l?évaluation du poids des mots, des êtres, des choses et des situations dans sa vie professionnelle tient sans doute à sa formation de juriste. Elle tient sa vocation de feu son père, Parama, ancien maître d?école, réputé pour sa légendaire bonté et son sens de l?équité. Il inculque le sens de la responsabilité et du travail bien fait à ses quatre filles et à son fils qu?il appelle «ses quatre perles et son diamant». «Papa disait toujours qu?on n?est rien sans un certificat en poche. Il ne faisait aucune préférence entre ses enfants et il voulait que ses filles deviennent des professionnelles.»
Après son Higher School Certificate au collège Bhujoharry, Prabha s?envole pour Londres. Elle étudie le droit au North London University et obtient sa licence. Elle complète ses études au Middle Temple.
Rentrée au pays pour le mariage de son frère, Prabha effectue son apprentissage chez l?avoué Sachidanand Veerasamy. C?est là qu?elle rencontre Amba Chinien qui deviendra son mari. De leur union, naît Jenya, aujourd?hui âgée de neuf ans.
Sachant qu?en matière de droit, le secteur public est formateur, Prabha entre au Parquet en 1983. Elle y elle côtoie les avocats les plus expérimentés tels que l?ex-juge Vinod Boolell, Dhiren Daby, l?actuel Solicitor General ou encore Ariranga Pillay, alors Solicitor General.
D?emblée, la jeune femme se sent plus portée pour les affaires criminelles que civiles, jugeant ces dernières trop «sèches». «C?est passionnant d?instruire un cas avec un délit précis en tête. Par contre, une affaire civile oppose toujours deux parties et l?Etat n?est pas impliqué. C?est de la routine.»
LE Clic des menottes
Au bout de deux ans, les supérieurs de Prabha lui proposent d?agir comme magistrate. Elle accepte car elle veut découvrir une autre facette du droit. «Quand on est au Parquet, on poursuit au nom du gouvernement. Par contre, en tant que magistrat, on doit être indépendant. Je voulais me retrouver de l?autre côté de la barrière afin de compléter le processus.»
Elle est envoyée en cour numéro 3 à Port-Louis, une des plus actives. Entre les contraventions et les affaires criminelles, Prabha est gâtée. L?affaire la plus difficile concerne un délit de mineurs qu?on entend en chambre. Alors que deux enfants sont à jouer, l?un lance un caillou sur l?autre. Ce dernier en perd un ?il. «C?était un jeu anodin qui a viré au drame. J?étais tiraillée car je savais que l?enfant ne pensait pas à mal. Il ne comprenait pas pourquoi on le jugeait. Heureusement ou malheureusement pour moi, ce n?était qu?une affaire préliminaire.»
Un autre fait qui la marque : le clic des menottes la première fois qu?elle condamne quelqu?un à la prison. «Quand on entend ce bruit, on frémit en se demandant si on a pris la bonne décision. Mais quand on reprend ses esprits, on se dit qu?on a pesé le pour et le contre et décidé en son âme et conscience.»
Prabha acquiert la réputation d?être trop stricte. Mais avant qu?elle ne soit mutée en cour de Curepipe huit mois plus tard, le chef juge la félicite pour ses jugements dont un petit nombre est cassé en appel.
A Curepipe où elle reste deux ans, c?est le même scénario qu?à Port-Louis. Les cas se succèdent. Un jour elle est menacée par un récidiviste, mais elle garde la tête froide en se disant que ce sont les risques du métier.
Le profil parfait
Le Companies Act de 1813 est abrogé et remplacé en 1984 par une nouvelle législation. Le gouvernement décide de créer un poste séparé pour le Registrar of Companies ? responsabilités autrefois cumulées par le Registrar General, Me Veerasamy. Ce dernier rencontre Prabha à un dîner. Il lui assure qu?elle a le profil parfait pour occuper ce poste, mais elle l?écoute d?une oreille distraite.
Ce n?est que quand Me Edwin Venchard, qui a contribué à l?élaboration de la nouvelle législation pour les compagnies, lui dit la même chose que Prabha décide de faire acte de candidature. Elle est recrutée par la Public Service Commission.
Une de ses premières tâches est d?instituer la Companies Division qui emploie actuellement une centaine d?employés dont une majorité de femmes. On peut croire que ces nouvelles fonctions n?ont pas grand-chose à voir avec le droit. Prabha nous détrompe. «Il est toujours question de loi, mais il s?agit de l?administrer sur les compagnies. A la place d?un district, c?est un bureau que je gère. J?arbitre les plaintes entre actionnaires et directeurs à longueur de journée.»
Pour que toutes les parties prenantes soient familières avec la législation, Prabha fait paraître un guide sur le nouveau Companies Act de 1984. Elle fait aussi sa division organiser des ateliers de travail et diverses autres formations. Elle est également derrière la révision de cette législation en 2001. «En 1992, il y a eu quelques amendements apportés du fait qu?en 1984, la Bourse de Port-Louis n?existait pas de même que le secteur offshore. Il a fallu amender la loi en 2001 car celle de 1984 avait fait son temps et les amendements apportés en 1992 ne convenaient plus à un secteur off-shore moderne.»
Ces actions portent leurs fruits car les compagnies, qui sont passées de 2000 à 46 000, commencent à envoyer leurs comptes dans les délais prescrits. «C?est signe que nous nous dirigeons dans la bonne direction».
Prabha n?est cependant toujours pas satisfaite de ce qui a été accompli. Elle veut répondre plus efficacement aux organismes avec lesquels sa division doit interfacer régulièrement, notamment la police et l?Income Tax et informer le public le plus rapidement possible. Pour y parvenir, la Companies Division doit se mettre à l?ère de l?electronique. «J?ai été impressionnée par la Companies Division que j?ai visitée en Nouvelle Zélande. Les bureaux sont vides de tout dossier. Il n?y a que des ordinateurs qui permettent un service ultra-rapide par le electronic filing et le service online. J?aime faire bouger les choses et c?est ce que je veux faire dans ma division.»
Le devis est actuellement finalisé et les appels d?offres seraient bientôt lancés. Prabha espère que le service soit introduit l?an prochain.
Ces 14 dernières années, confie Prabha ont passé à la vitesse de l?éclair. Si elle est consciente que les membres de sa division et elle ont abattu un travail monstre, elle estime avoir encore « mille choses à faire » pour faire de la Companies Division une référence.
A ses yeux, le secteur privé n?a pas le monopole de la qualité. «Plusieurs départements gouvernementaux en contact avec le public se sont nettement améliorés et délivrent un service irréprochable. J?ai eu affaire à quelques sociétés privées dont le service laisse à désirer. Le public a une mauvaise perception du secteur privé et il doit réviser ses jugements.»
Là où Prabha perd tout sens de la mesure, c?est notamment sur les heures passées au bureau. «Le travail ne me quitte jamais. C?est pour ça que je ne prends que quelques jours de congé annuels. Non pas que je me sente indispensable, mais j?ai le sentiment que ma mission est loin d?être terminée. D?ailleurs, Jenya me dit toujours : For you, it?s always work and kitchen ! Elle n?a pas totalement tort». On ne peut être parfait en tout !
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