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Buddy
Un projet pour saisir le mal-être à temps
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Un projet pour saisir le mal-être à temps
Sheïla Cheekhoory, présidente de Befrienders Mauritius.
Un enfant de moins de 12 ans qui tente de mettre fin à ses jours… La nouvelle a suffi, cette semaine, à raviver une question : comment un enfant aussi jeune en est-il arrivé là ?
Les chiffres donnent la mesure du problème chez les plus jeunes. Selon le ministère de la Santé et du bien-être, 20 suicides ont été recensés en 2024 chez les 15-24 ans. Les statistiques pour 2025 ne sont pas encore disponibles, mais le cas de cette semaine, concernant un enfant bien plus jeune que la tranche d’âge susmentionnée, rappelle que le mal-être ne touche plus seulement les adolescents. L’express évoquait déjà cette tendance dans un dossier publié en juillet, qui recensait 62 suicides en cinq mois cette année, dont quatre de mineurs.
Selon la présidente de Befrienders Mauritius, Sheïla Cheekhoory (photo), la douleur psychologique résonne chez les enfants d’aujourd’hui presque comme chez les adultes, sauf qu’ils ne mesurent pas toujours la portée de leurs actes. Ce qui les pousse, dit-elle, n’est pas un manque de courage, mais l’intensité d’une souffrance à laquelle ils ne voient pas d’autre issue, faute de trouver autour d’eux une personne en qui ils ont suffisamment confiance pour en parler avant qu’il ne soit trop tard.
C’est précisément ce vide entre l’enfant et un adulte de confiance que le projet Buddy, porté par Befrienders Mauritius, en partenariat avec des jeunes bénévoles et Maurevive, tente de combler depuis plus d’un an.
Qu’est-ce qu’un «buddy» ?
Le principe repose sur l’entraide entre jeunes. Exemple, des étudiants et des élèves du secondaire, formés à repérer les signes de détresse et à écouter sans juger, constituent un groupe de buddies joignables entre eux et par d’autres jeunes en difficulté. Un «buddy» agit comme un facilitateur, quelqu’un qui met l’autre à l’aise et le dirige, au besoin, vers un adulte ou un professionnel. Si l’un n’est pas disponible, l’appel bascule vers un autre membre du groupe, un peu à la manière d’une hotline. L’idée : un jeune en souffrance ose souvent plus facilement se confier à quelqu’un de son âge qu’à un adulte qu’il craint de décevoir ou de voir le juger.
Un modèle pour toutes les écoles
Sheïla Cheekhoory explique que le projet Buddy a été lancé en collaboration avec plusieurs jeunes, dont ceux de l’université de Maurice, entre autres, où un premier groupe d’élèves a suivi une formation complète et a ensuite été mis en situation réelle. La formation, pour un des groupes, est terminée. Ce qui reste à régler pour porter le projet plus loin est une question de logistique : un espace et un système de communication entre buddies encore à finaliser, des charges qu’un groupe d’étudiants ne peut porter seul.
En parallèle, Befrienders a travaillé avec la Middlesex University sur un site opérationnel où se dessine un développement : un lien accessible dans l’anonymat, où un enfant en détresse pourrait signaler sa situation et, s’il le souhaite, indiquer son école. De quoi permettre, selon elle, de repérer les établissements où la détresse se concentre, sans exposer l’enfant lui-même.
Un second volet du projet, destiné cette fois aux plus jeunes enfants, en est à un stade bien plus embryonnaire. Une association a approché Befrienders pour travailler avec ce public, mais «pas trop formée encore», précise-t-elle. Avant que ses membres puissent parler à des enfants, Befrienders doit d’abord les former, et tout contact en centre avec un mineur doit se faire en présence d’un adulte.
C’est là que Sheïla Cheekhoory formule son véritable appel. Elle plaide pour que l’idée soit diffusée à travers tous les établissements scolaires de l’île, en passant par les ParentTeacher Associations (PTA) plutôt que par les administrations. Sa méthode : présenter le projet aux responsables des PTA, demander directement aux élèves et aux parents ce qu’ils en pensent et construire à partir de leurs retours plutôt que d’imposer un modèle unique.
Elle observe au passage une réticence plus marquée dans certains établissements réputés, où admettre l’existence du harcèlement reviendrait, selon elle, à écorner une image de contrôle et de discipline. Une responsabilité qui, selon elle, ne s’arrête pas à la détection : elle regrette que les écoles se contentent souvent de parler à l’élève qui harcèle, sans sanction réelle, ou de renvoyer chez elle la victime pour quelques jours, sans s’attaquer à l’origine du mal.
Elle cite le cas d’une mère ayant récemment raconté qu’elle a préféré garder son fils harcelé à la maison plutôt que de compter sur un soutien de l’établissement. Elle raconte aussi une séance de sensibilisation où elle avait demandé aux élèves s’il y avait du harcèlement dans leur établissement. Avant même qu’ils ne répondent, les enseignants présents avaient répondu par la négation alors que la majorité des élèves disaient l’inverse.
Tarun Dev Dookun, 22 ans, étudiant en deuxième année de bachelor en biologie à l’université de Maurice et bénévole chez Maurevive, fait partie de la première promotion formée au dispositif. La formation couvre le stress académique, les troubles anxieux, mais aussi les situations les plus critiques, avec un protocole de sécurité précis : en cas de danger immédiat, alerter un autre buddy, obtenir la localisation de l’appelant et prévenir les secours. N’importe qui peut devenir buddy, à condition de savoir écouter et mettre l’autre en confiance. Tarun dit avoir lui-même traversé, plus jeune, des difficultés psychologiques sans soutien. Il évoque une réalité qu’il connaît de l’intérieur : dans certains foyers, la santé mentale reste incomprise, et la peur d’être blâmé empêche les jeunes de parler avant qu’il ne soit trop tard.
L’exemple d’ailleurs
Aux États-Unis, le programme Sources of Strength, qui forme des jeunes à devenir des relais positifs pour leurs pairs, a permis une réduction de 29 % des tentatives de suicide chez les jeunes suivis, selon une étude publiée dans l’American Journal of Preventive Medicine. Le programme Hope Squad, où les élèves eux-mêmes désignent leurs pairs les plus fiables pour repérer la détresse, figure dans le registre des bonnes pratiques du Suicide Prevention Resource Center américain.
Une revue scientifique de 2020 tempère toutefois l’enthousiasme : sur l’ensemble des programmes de pairs-aidants recensés dans le monde, seuls trois sur sept disposaient de données d’efficacité solides.
Le principe fonctionne, mais seulement quand il est structuré, suivi et évalué dans la durée. Sheïla Cheekhoory le rappelle : Befrienders se tient prête à former quiconque souhaite porter Buddy en avant.
Befrienders Mauritius est joignable au 800 9393 (ligne gratuite, de 9 à 21 heures, tous les jours) ou via WhatsApp au 5 483 7233.
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