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Bien-être animal
L’heure d’agir
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Bien-être animal
L’heure d’agir
■ Fabrice David et Arvin Boolell étaient aux premiers rangs de la bénédiction des animaux à la MSAW, samedi. (Photos : © Rishi Etwaroo)
Il y a 800 ans mourait François d’Assise, le saint dont on raconte qu’il parlait aux animaux. C’est le jour de sa fête, le 4 octobre, qu’est célébrée la Journée mondiale des animaux, sous le thème «Voir le monde à travers leurs yeux». À Maurice, ces yeux sont ceux de quelque 246 000 chiens qui ont un maître, mais dont beaucoup vivent dans la rue, et de quelque 60 000 autres, réellement errants. Un an après l’entrée en vigueur du micropuçage obligatoire, plus de 38 000 ont été enregistrés, selon le chiffre avancé en mars par le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell. Que voient-ils, eux, du pays qui les célèbre ?
Le samedi 3 octobre, à la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW), à Rose-Hill, les chiots se sont jetés sur chaque main qui s’est tendue et ont volé la vedette. Beaucoup ne quitteront pourtant jamais ces murs. La mode est aux chiens de race, disent militants et employés, et l’on préfère acheter plutôt qu’adopter. C’est aussi ce qui pèse le plus sur les équipes. Le directeur de la MSAW, Tinagaren Govindasami, parle d’abandons constants et rappelle que laisser son animal dans la rue constitue une infraction grave. Son message aux propriétaires en difficulté tient en peu de mots : appeler la MSAW plutôt que de se débarrasser du chien sur le bord d’une route.
L’organisme, lui, fait avec ce qu’il a. Tinagaren Govindasami reconnaît que les ressources sont limitées, tout en saluant le soutien du ministre, qui a permis une hausse du budget. La MSAW dispose désormais de plus de véhicules et peut mener davantage d’interventions. Un recrutement est en cours pour trouver des candidats réellement passionnés. Il insiste sur une idée : le bien-être animal est une responsabilité partagée et tout commence par des propriétaires responsables.
Puis est venu le temps de la bénédiction. Quatre chefs religieux se sont succédé devant la statue de Saint-François d’Assise : l’imam Arshad Joomun, l’aya Kovilen, le pandit Ramsoondar Sobhun et le père André Sunassee. Les textes et les prières ont changé, mais le message est resté le même. Chacun a appelé à la compassion envers ces êtres qui ne peuvent exprimer leur soif ou leur douleur. Le thème retenu cette année a trouvé tout son sens ici. Le maire de Beau-Bassin–Rose-Hill, Louis Toussaint André, est revenu sur le sort des animaux laissés dans la rue. Il a indiqué que la mairie cherche un espace dans la région où ils pourraient être nourris dans de bonnes conditions. Il a remercié le personnel de la MSAW pour un travail qu’il juge délicat et appelé à un effort collectif pour «donner aux animaux la dignité qu’ils méritent».
⚫ Rs 2 milliards pour l’école et l’hôpital
Avant de parler de projets, ils ont parlé de leurs chiens. Arvin Boolell a raconté l’histoire de White, le compagnon de son enfance. Le junior minister à l’Agro-industrie, Fabrice David, a évoqué les deux chiens qui partagent sa vie. Samedi, au micro, les deux hommes ont laissé transparaître leur attachement et le ton a été le même lorsqu’ils en sont venus aux annonces. Arvin Boolell semblait ému en détaillant ce qui se prépare, tandis que Fabrice David s’est réjoui de voir un nouveau dossier avancer, pas à pas: Maurice aura son école vétérinaire et son hôpital pour animaux.
Le projet, estimé à Rs 2 milliards, est financé par un don du gouvernement indien. Le terrain est trouvé : environ 11 arpents de terres de l’État ont été réservés à Fiveways, Belle-Rive, et les autorités indiennes ont lancé les procédures pour recruter le consultant qui préparera le rapport détaillé. Les chiens errants et abandonnés ne seront pas oubliés. Le gouvernement veut créer des refuges régionaux, dont la gestion reviendra à la MSAW. Un premier terrain de deux arpents a été identifié à Richelieu, Petite-Rivière. Reste à trouver ceux qui feront fonctionner ces structures. Le pays manquant de vétérinaires qualifiés, le gouvernement se tourne vers des pays amis ainsi que vers la Southern African Development Community, le Common Market for Eastern and Southern Africa et la Commission de l’océan Indien pour en recruter.
⚫ Micropuçage : plus de 38 000 chiens enregistrés en un an
Un an après l’entrée en vigueur de l’enregistrement obligatoire, le 1ᵉʳ octobre 2025, la MSAW fait état de plus de 38 000 chiens enregistrés. «Le bilan est encourageant», explique l’organisme. Cette première année a aussi permis, selon lui, de sensibiliser davantage les propriétaires à l’importance de l’identification de leur animal. Ce chiffre représente environ 15% des quelque 246 000 chiens ayant un propriétaire, selon les estimations de la MSAW. La progression a été plus rapide au début : près de 11 000 enregistrements à la mi-novembre 2025, environ 25 000 en avril 2026, puis 38 000 au total aujourd’hui.
La MSAW reconnaît qu’un dispositif à l’échelle nationale représente «un défi important», qui demande une sensibilisation continue, une bonne coordination entre les acteurs et des ressources suffisantes pour répondre à la demande. Sur le plan légal, tout nouveau propriétaire dispose de 60 jours pour faire enregistrer son chien et de 15 jours s’il s’agit d’un animal classé dangerous dog. Ceux qui ne l’ont pas encore fait sont «encouragés à régulariser leur situation dans les meilleurs délais». La MSAW rappelle que le non-respect de la loi expose aux sanctions prévues, sans préciser à ce stade si des sanctions ont été appliquées.
Depuis le début de l’année, la MSAW s’appuie sur sa caravane mobile, qui s’installe une semaine dans chaque localité, et permet de faire stériliser et enregistrer son chien au même endroit. Des propriétaires disent avoir sollicité une visite à domicile sans l’obtenir, notamment pour des chiens agressifs ou lorsqu’il s’agit de personnes âgées. Pour ces situations, la MSAW indique qu’elle peut, «lorsque c’est possible», faciliter le transport de l’animal jusqu’au point d’enregistrement quand son équipe est présente dans la localité. Elle n’a pas communiqué le nombre de foyers ayant bénéficié du service ni celui des demandes en attente. La situation des propriétaires ayant déjà entrepris une démarche sera examinée «au cas par cas», selon la date et la nature de celle-ci.
Une nouveauté intervient ce mois-ci. Le protocole permettant aux vétérinaires privés d’enregistrer les chiens a été finalisé et approuvé par le conseil de la MSAW. Les vétérinaires inscrits au Veterinary Council pourront le faire après avoir signé un protocole d’accord avec l’organisme. Cette collaboration avait été évoquée dès octobre 2025.
Pour la deuxième année, la MSAW estime que «des ressources humaines supplémentaires seraient nécessaires». Ses équipes interviennent à la fois sur la maltraitance, la stérilisation, l’adoption et l’enregistrement. Un renforcement des effectifs permettrait, selon lui, de réduire les délais d’intervention. L’objectif affiché est de «consolider les acquis de la première année».
⚫ Usha Oodit : 200 chiens, un van et un refuge à construire
Enfant, la présidente de Pink Pony Charity Trust, Usha Oodit, voyait sa grand-mère et son père recueillir les chiens errants. À l’entendre, chaque chien qu’elle a sauvé l’a sauvée un peu, elle aussi. Elle s’occupe d’environ 200 chiens qu’elle appelle ses «bébés». Tous vivent dans sa maison transformée en refuge au fil des sauvetages. Elle les recueille, les nourrit, les fait stériliser, puis cherche à les faire adopter, une tâche presque impossible, selon elle. Un deuxième refuge est en préparation. Usha Oodit a acquis le terrain par ses propres moyens pour que ses chiens aient enfin un lieu à eux. Reste à le construire et c’est là que tout se complique. Les dons se font rares et les fonds sont difficiles à réunir. Elle s’est aussi procuré un van, toujours avec ses deniers. Le véhicule sert au transport de la nourriture et aux allers-retours pour les stérilisations.
⚫ Expérimentation animale : Un an après
Un an après les allégations de tests illégaux pratiqués sur des chiens et des chats, Progress Science Mauritius demande des comptes. La présidente de ce collectif citoyen qui milite pour une science éthique, Jacqueline Talbot, s’étonne qu’aucun rapport des autorités n’ait encore été rendu public, alors qu’une enquête avait été promise par le ministre de l’Agro-industrie. Le collectif formule trois demandes: la publication immédiate des conclusions de l’enquête, une clarification du statut légal des chiens et des chats dans les procédures scientifiques, et un engagement contraignant pour que la supervision des futurs organismes de recherche sous contrat impose des rapports transparents.
Pour Jacqueline Talbot, l’enjeu dépasse une seule entreprise. Elle rappelle que Vision 2050 prévoit le développement d’un secteur de recherche biomédicale et estime que le pays choisit aujourd’hui le type de filière qu’il veut bâtir. «Après un an, le public mérite des réponses, pas le silence.» Sollicité, le ministère de l’Agroindustrie indique que l’enquête policière est toujours en cours.
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