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20ᵉ anniversaire de la South African Women in Dialogue

Surmonter les traumatismes non résolus, le chemin vers la guérison

30 septembre 2023, 11:00

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Surmonter les  traumatismes non résolus, le chemin vers la guérison

La chorale de l’école Viva Foundation, organisation qui agit comme instrument de changement pour les défavorisés, basée à Mamelodi, à l’est de Pretoria, a assuré une partie de l’animation.

Du 18 au 22 septembre, pour célébrer cet anniversaire, la South African Women in Dialogue (SAWID), fondée par Zanele Mbeki, ancienne «First Lady» d’Afrique du Sud, a accueilli près de 1 000 femmes venues de ce pays et des pays de la SADC au «Birchwood Hotel», à Johannesburg. Cette organisation des droits des femmes à but non lucratif, multiconfessionnelle, inclusive et non partisane, a exploré divers thèmes, le plus résonnant étant sans nul doute la guérison des traumatismes non résolus. Pour «l’express», Marthe Muller, la «Chief Operating Officer» de la SAWID, évoque les temps forts de ces 20 ans et évoque les défis à venir pour cette organisation, tandis que Criselda Kananda, vice-présidente du Trust de la SAWID, partage son parcours de guérison.

Marthe Muller, «Chief Operatig Officer» (COO) de la SAWID: «une fois guéries, les femmes africaines dirigeront le monde avec amour et compassion»

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Vous êtes la seule Afrikaner (personne blanche parlant l’afrikaans) au sein de la SAWID. Depuis combien de temps occupez-vous le poste de COO au sein de cette organisation?

J’occupe la fonction de COO de la SAWID depuis 13 ans. Mais j’ai rejoint cette initiative citoyenne dès ses débuts en 2003 en tant que volontaire. J’ai conservé ce statut jusqu’en 2006, date à laquelle j’ai été nommée Documentation and Information Manager. Quand Thabo Mbeki, président de l’Afrique du Sud en 1999, a été poussé vers la sortie en 2008, l’ Independent Development Trust, organisme parapublic et principal bailleur de fonds de la SAWID, a fermé le robinet et cette réduction drastique de financement a poussé la majorité de mes collègues compétentes à s’en aller. C’est là que l’on m’a proposé le poste de COO. En tant que telle, je ne prends pas toutes les décisions. Dans la culture africaine, c’est le collectif qui prime. Et ce que j’aime justement au sein de la SAWID, c’est de faire partie d’un collectif où les décisions sont collégiales.

En 20 ans, quels ont été les temps forts et les succès de la SAWID?

Je dirais qu’il y en a eu trois principaux. Le premier succès, selon moi, est le fait que la SAWID reconnaît la diversité multiconfessionnelle des femmes africaines. La fondatrice et patronne de la SAWID, Zanele Mbeki, le Dr Bringalia Bam, première présidente du comité de direction de la SAWID, de même que Thoko Mpumlwana, la présidente du Trust de la SAWID, sont des femmes profondément spirituelles, des servantes angéliques de l’humanité, qui aiment profondément les autres et cette énergie a toujours été le moteur de la SAWID. Le deuxième temps fort est que la SAWID a toujours été à l’écoute des voix de femmes figurant au plus bas niveau de l’échelle sociale. Ce sont ces voix qui guident l’organisation. Notre rôle est de porter ces voix dans les structures de direction où les décisions affectant les femmes sont prises. Au cours du premier dialogue de ce qui a commencé comme une initiative citoyenne en 2003, toutes les femmes présentes se sont exprimées et nos professeures, docteures d’anthropologie, modératrices, etc. ont rassemblé ces idées et les ont affinées.

Douze idées majeures ont émergé de ce premier dialogue et le thème principal était la pauvreté. Zanele Mbeki et Nkosazana Dlamini-Zuma, actuel ministre de la Femme, de la jeunesse et des personnes en situation de handicap, ont examiné les pays appliquant les Objectifs du millénaire pour le développement et ont réalisé que deux pays ont réussi à alléger la pauvreté, à savoir la Tunisie et le Chili. En 2006, une délégation de la SAWID s’est rendue en voyage d’études au Chili où 45 % de la population vivait dans la pauvreté absolue après le départ du général Pinochet et qui a pourtant réussi à alléger son seuil de pauvreté. Les Chiliens étaient parvenus à le faire car ils avaient embauché de jeunes universitaires qu’ils avaient formés comme travailleurs sociaux et les avaient délégués auprès des familles avec une cinquantaine d’indicateurs dans sept aspects que sont l’identification familiale, le logement, la santé, l’éducation, les revenus, l’emploi et l’identification personnelle.

En nous basant sur les leçons apprises de ce voyage d’études, la SAWID a créé un modèle et formé pendant deux ans un groupe d’une centaine des jeunes, garçons et filles confondus, en tant qu’auxiliaires sociaux, et nous les avons rétribués et envoyés dans les trois provinces les plus pauvres du pays selon l’ Integrated Sustainable Rural Development Plan. Ils avaient une cinquantaine d’indices destinés à sonder les besoins des familles les plus pauvres. C’était un programme de cinq ans, visant à tirer et à ramener les services gouvernementaux vers ces familles. Mais nous avions commis une erreur car nous n’avions pas d’outil de mesure de la pauvreté. Et quand nous avons rencontré des Colombiennes, dont les dirigeants ont repris le modèle chilien et ont réussi à extraire cinq millions d’habitants de la gangue de pauvreté absolue et que nous leur avons parlé de notre modèle, elles nous ont dit que nous étions dans l’erreur et qu’il aurait fallu que nous testions notre modèle dans les provinces et auprès des municipalités les plus fortunées.

En 2014, toutefois, ces jeunes travailleurs sociaux ont manqué de financements, mais Zanele Mbeki a fait en sorte que le Women’s Development Banking Trust reprenne le modèle, rebaptisé SAWID Development Caravan en 2016. Deux ans plus tard, soit en 2016, nous avons trouvé un outil de mesure et c’était le Poverty Stop Light appliqué par la Fundación Paraguaya au Paraguay. Il s’agit d’un outil innovant utilisé dans le monde entier pour aider les individus, les ménages et les communautés en mesurant la pauvreté multidimensionnelle et en prenant subséquemment des mesures pour la combattre, notamment à travers le micro-crédit. Ce Poverty Spotlight , avec ces 50 indicateurs, allait nous permettre de mesurer la pauvreté. Le projet a été renommé Zenzele Family Development Model, et Zanele Mbeki veut mélanger notre modèle à celui du micro-crédit du professeur indien Muhammad Yunus pour ensuite l’appliquer. Nous ne voulons pas le faire avant les prochaines élections générales prévues en 2024. Zanele Mbeki veut d’abord mettre en place des équipes plus nombreuses et pour cela, nous devons les former pour être des Family development workers , et les envoyer vers un plus grand nombre de familles pauvres et ramener vers elles les structures appropriées.

Notre troisième temps fort au fil du temps a été de favoriser l’institution d’un ministère chargé de la femme. Nous avions noté qu’au Chili et en Colombie, il y avait un ministère de la Femme, de même qu’une structure de planification. À notre retour de notre voyage d’études, la SAWID a milité pour la création d’un ministère de la Femme et pour une structure équivalente à un ministère du Plan. Nous avons obtenu le ministère de la Femme, des enfants et des personnes en situation de handicap en 2009, et la National Planning Commission a été mise en place en 2010. Notre force est aussi d’avoir noué des partenariats solides en signant des protocoles d’accord avec l’University of South Africa, l’University of Pretoria, la South African Local Government Associations et l’ONU-Femmes. Ce qui nous a permis de mener des recherches importantes sur la pauvreté et les indigents en condition de Covid-19 et de réaliser que le Zenzele Family Development Model pourra effectivement alléger la pauvreté dans les provinces les plus pauvres.

Quels ont été les revers de ces 20 ans d’existence?

Les aspects financiers. Nous avons perdu bon nombre de personnes compétentes en raison d’un manque de fonds. L’idée était de réussir à mettre en place des structures durables et je crois que nous n’avons pas tout à fait réussi à le faire. Mais je crois qu’avec les partenariats solides noués, nous avançons dans la bonne direction.

Comment entrevoyez-vous l’avenir?

Zanele Mbeki étant très proches des gens a réalisé que ceux-ci portent encore au fond d’eux des blessures profondes liées à l’apartheid.

La Commission justice et réconciliation n’a-t-elle pas réglé cela?

Cette commission était symbolique et n’a pas touché les personnes individuellement. Par exemple, le Khulumani Support Group a recueilli 100 000 histoires d’atrocités commises à l’ère de l’apartheid. Cela me fait penser aux 70 000 dalles de cuivre apposées par un artiste allemand dans plus de 1 200 villes d’Allemagne, d’Europe et de Russie. Chaque dalle représente une victime de l’Holocauste à l’extérieur de sa dernière résidence connue et librement choisie. Ce qui en fait le plus grand monument décentralisé au monde consacré à la Shoah. Le Khulumani Support Group devra décider de ce qu’elle fera de tous ces témoignages. Zanele MBeki estime qu’à côté des pertes et des blessures de l’apartheid, il y a l’absence du père qui pèse très lourd au sein des familles. Et elle croit aussi dans les cercles de guérison. My understanding is that SAWID is taking the healing circles to every ward of the country. Je crois sincèrement que les femmes africaines dirigeront le monde avec amour et compassion une fois qu’elles seront guéries. Je me sens privilégiée en tant qu’Afrikaner d’être exposée à autant de compétences, de sagesse et d’altruisme chez les femmes africaines.

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La poète Jessica Mbangeni dans une de ses interprétations.

Des vecteurs de paix pour pouvoir avancer

Un des thèmes les plus forts de ce 20e dialogue de la SAWID a été la guérison des traumatismes non résolus par le biais d’une technique connue comme les cercles de guérison. Les recherches ont montré que lorsqu’une personne est soumise à un stress ou à un traumatisme, une structure en amande située dans le lobe temporal du cerveau, plus connue comme l’amygdale, réagit et permet à celle-ci de se figer, de se sauver ou de lutter (freeze, fly or fight). Or, quand l’amygdale est activée, elle empêche le cortex, et plus particulièrement sa partie liée à l’apprentissage, de fonctionner. Le pire est que l’amygdale peut être activée par n’importe quel déclencheur: un habit rappelant celui porté par un agresseur, un parfum, un timbre de voix ou une personne rappelant celle qui a causé le traumatisme.

L’épigénétique, science étudiant l’impact de l’environnement sur l’expression des gènes, a prouvé que le traumatisme subi par une personne, et non résolu, est non seulement transmis de la mère à l’enfant mais passe également d’une génération à l’autre. Nomfundo Mogapi, fondatrice et Chief Executive Officer du Centre for Mental Wellness and Leadership, qui animait une session sur la création d’un espace pour la résilience mentale, a précisé que la société sud-africaine comporte un grand nombre de personnes vivant avec des traumatismes résultant de l’apartheid, et de la migration des hommes époux et pères de famille, et que les personnes traumatisées voient et ressentent les autres à travers le prisme du traumatisme.

Cet état peut être aussi collectif car, depuis 2009, il y a une hausse exponentielle de la violence en Afrique du Sud. Tout comme le traumatisme peut être historique. «Nous sommes une nation en colère car nous avons hérité ce sentiment de nos grands-parents.» Le danger, a-t-elle ajouté, est d’avoir du pouvoir lorsqu’on est brisé. «Donnez du pouvoir aux émeutiers qui n’avaient pour armes que des cailloux et en face d’eux des balles. Quand ils arrivent au pouvoir et s’ils ne sont pas guéris, ce sont des balles qu’ils utiliseront contre les autres. Un pays dont l’amygdale fonctionne à plein régime signifie un peuple toujours sur ses gardes.»

Elle ajoute qu’une personne exposée à un traumatisme prolongé aura un système limbique (que l’on nomme aussi cerveau émotionnel car il joue un rôle important dans le comportement et diverses émotions) élargi et celui-ci ne fonctionnera pas correctement au point de s’auto-saboter. «Heureusement que c’est réversible. C’est pour cela qu’il faut investir dans la guérison. Définir son traumatisme est le début de tout», a-t-elle dit, en précisant toutefois qu’une personne traumatisée aura besoin de dix sessions de thérapie pour guérir, un traitement qui coûte 15 000 rands (autour de Rs 36 000). «Nous devons avoir des leaders qui ne soient pas des vecteurs de traumatismes non résolus mais des vecteurs de paix.»

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Criselda Kananda, vice-présidente du Trust de la SAWID: «Healing is a journey, not a destination»

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Les traumatismes sont des choses que Criselda Kananda, 55 ans, vice-présidente du Trust de la SAWID, connaît bien pour les avoir vécues. Cette infirmière et animatrice, pendant de longues années, d’un talk-show radiophonique à succès sur la santé et le bien-être, qui s’est vu attribuer un doctorat en travail social de l’université de Zululand en raison de son travail de guérison auprès des communautés traumatisées, vient de la tribu Xhosa et vit à Boksburg, faubourg à l’est de Johannesburg.

Sa maman est tombée enceinte d’elle alors qu’elle n’avait que 18 ans. C’était encore à l’ère de l’apartheid et les Noirs ne fréquentaient pas les mêmes hôpitaux que les Blancs. L’accouchement s’étant déclenché subitement, la mère de notre interlocutrice n’a eu d’autre choix que de se rendre dans un hôpital pour Blancs où elle a été chassée «for being wrong raced». Prise de pitié pour elle, une infirmière australienne blanche nommée Griselda l’a cachée dans une chambre et l’a fait accoucher. «À l’époque, cette infirmière appelée Griselda n’avait pas le droit de faire cela mais elle a fait quelque chose de grand pour l’humanité. Et moi, je me suis inspirée de sa vie pour savoir qu’il y a de la grandeur en chacun de nous. Ma mère lui a demandé son prénom, et lui a dit qu’elle me donnerait le même prénom et qu’elle veut que sa fille soit infirmière comme elle. I take it as prophecy car je ne savais pas que ma vie serait d’aider les autres. Ma mère pensait que son prénom était Criselda, d’où mon prénom. Et j’ai étudié pour devenir infirmière comme celle qui a aidé à me mettre au monde.»

Mais avant d’en arriver-là, la mère de Criselda en bave. Elle est chassée de la maison de ses parents et suit son petit ami qui refuse de reconnaître la paternité, à condition que l’enfant soit un fils. Sauf que c’est Criselda qui vient au monde. Il trouve alors que le bébé a les traits indiens et n’est pas de lui. Bien que sa mère soit à nouveau en voie de famille et qu’elle accouche cette fois d’un petit garçon, le papa n’est toujours pas satisfait et continue à faire des reproches à sa femme. «Et pourtant, chez ses ascendants à lui, il y a du sang indien, mais ça, il n’a jamais voulu l’admettre.» Il finit par épouser la mère de Criselda. Le couple, qui a démarré sur de mauvaises bases, bat de l’aile. Dans la mémoire de Criselda, qui n’a à l’époque que trois ans, est gravée un souvenir violent, celui de sa mère se faisant tabasser comme du plâtre par son père. «Ce souvenir est resté gravé en moi et j’ai dû guérir de ces traumatismes passés avant de pouvoir aller guérir les autres.»

Le couple finit par divorcer, et le père de Criselda se bat pour obtenir la garde de ses enfants et il l’obtient. «Il s’est battu pour la garde pas parce qu’il nous aimait mais juste pour embêter ma mère.» Le père de notre interlocutrice épouse une autre femme et elle se retrouve avec une marâtre. «Mon enfance a été difficile mais heureuse cependant. You know when you are happy in poverty… Ma belle-mère ne nous nourrissait pas convenablement. C’est à peine si elle nous donnait une tranche de pain à manger.» Criselda aurait toléré cette situation si elle n’avait subi des attouchements sexuels sur sa personne alors qu’elle n’avait que sept ans. Son agressseur est son voisin de 21 ans. «He was the trusted son of a priest and everybody loved him. I was running away from this discomfort for which I did not have a language to explain it. I did not understand what this guy was doing to me but it felt unconfortable» dit-elle et de ce fait, elle fugue et erre dans les rues avec une bande d’enfants des rues. Il en est ainsi pendant deux semaines jusqu’à ce qu’elle retrouve sa mère. «Fortunately or by God’s divine intervention, I had not been introduced to any form of drugs car cela aurait prolongé mon séjour dans les rues.»

Sa mère l’emmène vivre avec elle chez son oncle et là, tout se met en place pour Criselda. Elle complète sa scolarité primaire et secondaire, suit une formation pour devenir infirmière auprès de l’université de Zululand. Cours qu’elle combine avec celui de travailleuse social. Et puis, en 2007, elle se fait embaucher par une radio régionale, Kaya FM, pour animer un talk-show sur la santé et le bien-être, la vie, l’amour et les relations humaines. L’émission est un succès. Criselda travaille pour plusieurs chaînes de radio, notamment pour la South African Broadcasting Corporation, ensuite pour Metro FM qui a un taux d’écoute de dix millions d’auditeurs, puis pour SA FM et même pour des chaînes de télévision. Elle le fait pendant 22 ans.

Criselda surfe la vague de la réussite et épouse un homme d’affaires, en pensant que tous les traumatismes passéssont derrière elle. Sauf qu’ils refont surface quand elle est enceinte. Elle fait une fausse couche et l’année suivante, elle retombe enceinte. C’est là qu’elle découvre que son mari lui a refilé le VIH à son insu. Son mariage vole alors en éclats. «Il était au courant de son statut sérologique depuis dix ans mais n’a rien dit. As part of my healing, I had to acknowledge that I never asked him his status. I had to take responsibility for having exposed myself. Of course, he had betrayed me but I too exposed myself. It is part of the healing. I know it is difficult to understand but for you to heal, you have to recognize the role you played to get you there. Quand je me suis demandée pourquoi je m’étais exposée ainsi, j’ai réalisé que je cherchais une figure paternelle dans mes relations avec les hommes et que j’avais besoin de sécurité.»

Elle n’a pris des antirétroviraux qu’au moment où elle est tombée enceinte pour ne pas transmettre le virus à son enfant. Et sa fille, qui a 25 ans aujourd’hui et qui est mannequin, est séronégative. C’est après la naissance de sa fille Criselda découvre les sessions de guérison. «C’est à travers des interventions de healing que j’ai pu guérir. Autrement, par moi-même, je me serai toujours vue dans la peau d’une victime et je me serais toujours dite pourquoi moi. Healing helped me actually to recognise that these things were happening through me and not just to me. Part of the healing is owing that I am the one choosing these people and to understand why I made these choices.»

Et si elle connaît la SAWID depuis 2003, et en tant que volontaire, elle a rejoint l’organisation en 2007 à la demande de sa fondatrice, Zanele Mbeki, épouse de l’ancien président Thabo Mbeki, qu’elle a interviewée à la radio. «Ce que j’ai aimé avec la SAWID, c’est qu’il s’agit d’un environnement which allows you to just be and openly talk about you.» Et là, elle poursuit ses étapes de guérison avec le Healing Specialist Mike Boon. «He made me understand that healing is a journey and not a destination. It is not something that you can say: today I am fully healed. Chaque jour, vous êtes exposé à des déclencheurs (triggers). So you must just be mindful and aware.»

Le processus de guérison fonctionne-t-il mieux auprès des jeunes ? «No, you are never too old nor too young for healing. Because, remember, the process just equips you to realize when you are in a place of harm and how you then protect yourself, and how you respond. That flee, flight, freeze, it triggers all that. So when you have gone through healing, you are able to process the information at your disposal in a better way because then you know better and you’ll do better.»

À la mi-2000, elle fonde une compagnie nommée Positive Talk Services. Celle-ci se concentre sur le healing et le bien-être, services destinés aux individus hommes comme femmes, qui ont besoin de guérir de leurs traumatismes refoulés, de même qu’aux organisations. «Les gens sont conscients qu’ils ont besoin de guérir. Pour une compagnie fondée depuis une vingtaine d’années et qui tourne toujours, c’est signe que les gens le réalisent.» Mais son emploi alimentaire est celui de Group Executive Corporate Affairs à 3 Sixty, compagnie qui fournit des services d’assurance, d’aide médicale et des produits pharmaceutiques. «Je m’occupe des partenariats stratégiques, des relations avec les acteurs concernés. J’aime beaucoup ce que je fais car cela concerne les gens.» Si Criselda a retenté l’expérience du mariage avec un autre homme, celui-ci a lâché prise au bout de deux ans, la trouvant trop femme de tête et lui se sentant trop faible en sa présence. «La soumission n’est pas pour moi.»

Vu que la société sud-africaine souffre de nombreux traumatismes et que l’épigénétique prouve que le traumatisme passe de la mère à l’enfant, pourquoi la SAWID n’anime-t-elle pas des cours de healing dans les écoles auprès des plus jeunes ? «Le modèle de la SAWID est tel que l’organisation ne veut pas être un jack of all trades et master of none car nous serons débordés. Nous formons les femmes. Une femme ira faire des interventions dans les écoles, une autre auprès des hommes, une autre encore auprès des chefs religieux, etc. C’est ainsi que nous procédons depuis 20 ans. Ces 1 000 femmes invitées cette année devront appliquer ce qu’elles ont appris durant ces cinq jours au sein de leurs communautés.»

Comment la SAWID évalue-t-elle les changements ? «Je peux vous indiquer toutes les Criselda de ce monde. Nous les connaissons et nous disons, celle-ci est une SAWIDienne, celle-là est une SAWIDienne. Elles sont des leaders. Once a SAWIDian, always a SAWIDian. Elles apportent des changements à leur niveau mais les gens ne parrainent pas les bonnes nouvelles. C’est difficile de trouver des gens qui financeraient autre chose que le divertissement, qui financeraient quelque chose qui leur ferait réfléchir et vouloir changer et pour cette raison, la SAWID pense que si nous avions un caring government avec des gens voulant apporter des changements au sein de l’humanité, on aurait fait bien plus et il n’y aurait pas eu de pauvreté avec le Zanele Family Development Model. Mais comme nous ne sommes pas une ONG de divertissement, le rythme de notre croissance est correct mais il aurait pu être meilleur.»

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