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Mo Kiltir
Hôtellerie : le droit au respect des artistes
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Mo Kiltir
Hôtellerie : le droit au respect des artistes
Avec plus de 100 scènes à travers l’île, le circuit hôtelier est la plateforme la plus active dans le domaine du live music. Pourtant, les conditions d’accueil et de travail n’ont jamais été à la hauteur des étoiles de ces établissements hôteliers. Malgré tout, ils sont des milliers à se produire chaque soir pour vivre de leur passion pour la musique et nourrir leur famille. Cette persévérance a permis à ces musiciens et chanteurs de poursuivre leurs rêves, leurs vocations dans la voie musicale et d’émerger sur la scène locale ou internationale. Considérés comme un des socles de la musique d’ici, permettant aux artistes d’avoir un plateau pour exercer et se perfectionner, les hôtels sont toutefois les plus mauvais payeurs, frôlant l’exploitation.
Poser la technique pour une scène acoustique dans un cadre idyllique entre sable, mer et ciel. Un set live de deux heures, composé essentiellement de reprises locales et internationales. Face à une audience captivée ou détachée, en fonction des humeurs du jour. On remballe tout et on prend la route pour la maison. Un schéma quotidien ou hebdomadaire, devenu une routine au fil des années. Un parcours emprunté par bon nombre d’artistes locaux. Ils sont beaucoup, parmi ceux qui brillent sur la scène locale, régionale, dans la diaspora et à l’échelle internationale, à avoir connu le chemin des hôtels, avant les festivals et les salles de concert d’ici et d’ailleurs.
Des répétitions en chaîne. Des heures à valser avec les notes et les accords pour chanter en chœur. Apprendre à chantonner en langues étrangères, autres que l’anglais et le français, pour plaire et séduire l’assistance cosmopolite de nos hôtels. Des kilomètres de route pour atteindre la côte du nord au sud. Un tour de l’île musical pour embellir les soirées dînatoires des milliers de touristes.
Ils sont des milliers d’artistes à se produire dans les hôtels de l’île.
Ces premiers ambassadeurs culturels au contact des touristes à leur arrivée sur notre île. Ces artistes qui apportent la convivialité et la chaleur mauricienne à ces étrangers ne sont pas valorisés comme il se doit par le secteur hôtelier et font face à un manque de considération humaine, mais surtout à des conditions salariales déplorables. Certes, tous les hôtels ne sont pas logés à la même enseigne, toutefois la grande majorité s’oriente vers cette voie, misant surtout sur la valeur monétaire plutôt qu’humaine de ces acteurs culturels.
«Mizisien lotel»
Accepter d’évoluer dans des conditions loin du professionnalisme, ces artistes persévèrent, malgré tout, pour un salaire minimal permettant de roul lakwizinn. Car faute de mieux et d’une stabilité financière, ils sont obligés de se plier aux règles des hôtels pour éviter d’être remplacés sans préavis. Bon nombre reste pour conserver un contrat d’embauche sur une période déterminée, pour éviter les chantiers de construction ou autres petits boulots pour joindre les deux bouts. Souvent, la reconversion apporte son lot de pertes de talents musicaux faute de stabilité et d’ouverture.

Certes, il ne faut pas se voiler la face sur les abus ou les écarts de comportement de certains artistes qui ont contribué à des durcissements des conditions de travail dans les hôtels. Ces points défavorables, couplés à l’inexistence d’un cadre légal pour ces artistes, ont permis aux hôtels d’imposer des conditions parfois jugées humiliantes pour les artistes. Il est temps que ce secteur se réforme ou se refonde. Le ministère du Tourisme et l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM) doivent porter une attention particulière aux conditions de travail de ces artistes. Pour une meilleure condition d’emploi pour les artistes.
Ces mizisien lotel, comme d’aucuns le disent de manière péjorative, sont les premiers contacts avec la culture de notre pays et sont souvent ceux qui émergent pour devenir des têtes d’affiche de la scène locale. Le droit au respect de leur métier ne doit pas être considéré comme une demande de faveur, mais comme un acquis fondamental.
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Renvoi injustifié de Joëlle Coret
Le 21 mai, la chanteuse Joëlle Coret a été licenciée avec deux mois de préavis, mais sans qu’aucun motif ne lui soit fourni. Au nom de la dignité des artistes, Joëlle Coret refuse le silence et se bat pour que les droits des artistes soient reconnus. Elle vient dire tout haut ce que d’autres ne disent pas, par peur de représailles.
«Je prends la parole aujourd’hui à la suite d’une rupture professionnelle qui m’a amenée à me poser beaucoup de questions, car mon combat va au-delà de ma propre situation. Je choisis de parler non seulement pour moi, mais pour ceux qui n’ont peut-être pas la possibilité, les moyens ou le courage de le faire parce qu’après avoir consacré une partie importante de ma carrière à la musique et au secteur culturel, je me retrouve dans l’obligation de défendre un principe fondamental : un artiste, comme tout travailleur, a droit au respect de ses droits et de sa dignité.»
La chanteuse Joëlle Coret.
Au-delà de la rupture elle-même, c’est la manière dont la situation est aujourd’hui qualifiée qui soulève pour l’artiste une question fondamentale : «Peut-on simplement considérer qu’une personne est un “prestataire indépendant” parce qu’elle possède un BRN et émet des factures, alors que la réalité quotidienne de la relation professionnelle peut présenter les caractéristiques d’un véritable lien de travail ?»
«Il faut aussi regarder la réalité du terrain, les conditions dans lesquelles le travail est effectué, les obligations, la régularité et la relation professionnelle qui existe réellement. Je souhaite utiliser cette situation pour poser des questions qui méritent d’être entendues. Quels sont réellement les droits des artistes à Maurice ? Qui protège ceux qui vivent de leur art lorsque leur activité professionnelle s’arrête brutalement ? Comment pouvons-nous professionnaliser davantage le secteur de l’animation dans les hôtels tout en garantissant une véritable protection aux personnes qui y travaillent ? Ce sont des questions qui dépassent largement mon cas personnel. Car demain, cela peut être un autre artiste. Si mon expérience peut permettre à un autre artiste de mieux connaître ses droits, alors cette épreuve n’aura pas été vaine», conclut Joëlle Coret.
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